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Harper va-t-en guerre
N° 328 - avril 2014
Miron, un homme revenu d’en dehors du monde de Simon Beaulieu
Un batèche de bon film
Ginette Leroux
Avec Miron, un homme revenu d’en dehors du monde, film de clôture de la 32e édition des Rendez-vous du cinéma québécois, le réalisateur Simon Beaulieu poursuit dans la même veine que ses deux documentaires précédents « Lemoyne » (2005) et « Godin » (2011), explorant, cette fois, l’univers poétique de Gaston Miron.

Simon Beaulieu offre une vision exceptionnelle d’un homme hors du commun, un Québécois, attaché par le cœur à son pays, les pieds solidement ancrés à ses racines et l’âme accrochée à l’espoir d’un avenir pour son peuple qu’il transcende dans l’infinie puissance de son écriture poétique.

« J’ouvre un livre et je tombe sur les deux premiers vers : tous les pays qui n’ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid (…) J’ai vu la poésie qui était la mienne; je devais devenir ce pays de légende, lui donner un projet global », déclame Miron.

Une fenêtre s’ouvre, laissant s’échapper une mosaïque d’images du passé, extraites d’œuvres puisées dans le répertoire d’auteurs québécois tels Arthur Lamothe, Jean-Claude Labrecque, Hubert Aquin, Denys Arcand et Roger Frappier, pour n’en nommer que quelques-uns. S’ajoutent 50 000 plans visionnés en ligne dans les archives de l’Office national du film. Du Québec rural des années 1940 et 1950 à celui de la Révolution tranquille, du Québec urbain des années 1970, 1980 et 1990.

« Ouvre-moi tes bras que j’entre au port… Montréal est grande comme un désordre universel ; … le monde entier sera changé en toi et moi ».

Pêcheurs, draveurs, mineurs, cultivateurs, travailleurs, familles, pertes d’emploi, aliénation et misères collectives, l’homme fier, la tête haute, les yeux fixés vers l’avenir, ce cabotin, concasseur de désespoir, le poète fougueux se porte à la défense de son peuple, de sa langue et de sa culture.

« C’est bien beau d’écrire de grandes œuvres en français québécois si dans 30 ans il n’y a plus de Québécois pour les lire, nous avons raté notre coup. Nous allons nous assumer ou nous allons nous autodétruire », déclare Miron à l’emporte-pièce.

Aussi tranchant en matière d’identité nationale, celui pour qui le passeport canadien revêt toutes les apparences d’un faux papier d’identité, cet homme-là n’a pas peur des mots. « Un Italien, un Américain, dit le chantre de la nation québécoise, a sa place dans le monde, se transcende dans le monde. Mais nous, on se transcende dans quoi ? On s’en remet à un continent pour se doter d’une identité. » Ce qui constitue, selon lui, un aveu de l’impuissance à s’assumer.

« Mon grand-père, c’était un géant. Un fondateur de pays, un homme grand format nature. Il m’a dit : moi, je donnerais toute ma vie pour savoir lire et écrire. Ça m’a donné un coup au cœur. Il m’a dit : tu sais quand on ne sait pas lire et écrire, on est toujours dans le noir. Là, tout le noir de ces hommes est entré en moi. Il faut que je dise que ces gens-là n’ont pas vécu en vain, que ces gens-là ont laissé une trace, une grande trace », raconte l’enfant de Sainte-Agathe-des-Monts qui voue un amour profond au pays de ses ancêtres.

« Je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi jusqu’à la complète anémie… », sa « Marche à l’amour » n’est rien d’autre qu’une grande déclaration d’amour à son pays. Le pays dont il rêve, celui qu’il aime du plus profond de son être, celui de ses ancêtres, celui qu’il a attendu toute sa vie durant.

En résulte un film choc, un poème visuel dans lequel notre grand poète national occupe toute la place. Montrer l’homme sans l’entendre serait un crime de lèse-majesté. Miron est une voix, une voix magnifique, grandiose, grave, solennelle.

Ce film n’est pas un biopic. Mais plutôt une murale sur laquelle sont épinglés, ou collés à la manière d’un scrapbook, des photos, anciennes, certaines en partie déchirées, des bouts de pellicule, noir et blanc, d’autres en couleurs, sur un fond de papier crème brûlé à l’acide. Entre le documentaire politique et le cinéma expérimental semblable à l’essai en littérature. Un film original qui peut, à première vue, sembler déroutant.

Portez attention aux premières images. On reconnaît Miron en grand observateur de ses semblables. Une anecdote rappelle qu’il aimait déjeuner au restaurant où il recueillait les expressions populaires.

Les images reviennent en boucle. Comme dans un kaléidoscope, elles défilent, sous nos yeux, à toute vitesse, impressions et sensations confondues. La musique envoutante de Simon Bélair contribue à l’envoûtement.

Miron meurt 20 ans après l’accession au pouvoir du PQ. Il a marché, parlé, récité, professé pour l’Indépendance pendant toute sa vie active. Et nous, toujours vivants, on l’attend toujours.

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