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Harper va-t-en guerre
N° 328 - avril 2014

Un vote pour le Parti Québécois est un vote contre Harper
Pierre Dubuc
L’automne dernier, dans plusieurs assemblées syndicales, la question d’un vote stratégique pour l’élection fédérale de 2015 était à l’ordre du jour. Des syndicalistes affirmaient qu’ils étaient prêts à se « boucher le nez » et à voter pour le Parti Libéral de Justin Trudeau pour se débarrasser de Harper.

Comment expliquer que la notion du vote stratégique soit absente – à quelques exceptions près – du débat de l’élection en cours ?

Que les syndicalistes et les progressistes se mobilisent et veuillent intervenir sur la scène électorale fédérale est légitime, pertinent et absolument nécessaire lorsqu’on fait le décompte des législations antisyndicales que le gouvernement Harper s’apprête à utiliser pour matraquer le mouvement syndical.

Instruits par l’exemple du Wisconsin et d’autres États américains de tradition démocrate, des syndicalistes ont compris que « Les élections, ça compte ! ».

Dans ces États, les Républicains ont profité de la démobilisation des forces progressistes aux élections de 2010 pour prendre le pouvoir et radier en un tournemain des législations syndicales fondamentales conquises de haute lutte par des générations et des générations d’ouvriers et d’ouvrières.

La leçon est claire. Partout, en Amérique du Nord, le mouvement syndical fait face à une offensive patronale sans précédent et doit envisager des alliances avec des partenaires politiques aux sympathies syndicales hésitantes et timorées.

Aux États-Unis, c’est avec les Démocrates. Au Canada, avec un NPD, dirigé par un ancien libéral, voire avec le Parti Libéral.

Des exemples d’alliances avec des partis politiques, de vote stratégique, l’histoire syndicale canadienne et québécoise en fourmille. Ses principaux gains en sont le résultat.

Ces alliances sont nécessaires parce que, dans l’affrontement entre le patronat et les syndicats, le rapport de force est au départ favorable au patronat à cause de ses ressources financières, son contrôle des médias et son influence sur les gouvernements.

Pour réussir, malgré tout, à faire des gains, les syndicats doivent d’abord miser, bien entendu, sur la mobilisation et la combativité de leurs membres. Mais, en général, celles-ci ne suffisent pas. Le mouvement syndical doit aussi savoir utiliser les contradictions dans le camp opposé.

En 1871, par exemple, à la veille d’une élection, les typographes de Toronto se sont mis en grève pour réduire la durée de la journée de travail de 11 heures à 10 heures et réclamer la reconnaissance syndicale. Pour embêter le gouvernement conservateur de John A. MacDonald, ils ont fait parvenir une lettre aux ouvriers britanniques, qui venaient d’obtenir la reconnaissance syndicale, pour leur dire de ne pas émigrer au Canada parce que les ouvriers n’avaient aucuns droits.

Bien qu’étant un fieffé réactionnaire, le premier ministre John A. Macdonald leur accordera la reconnaissance syndicale pour nuire à son principal adversaire politique, George Brown, propriétaire du Globe dont les typographes étaient en grève. Macdonald avait également compris qu’il avait besoin des ouvriers britanniques pour la construction du chemin de fer.

Les chefs syndicaux monteront sur les « hustings » aux côtés du vieux chef conservateur et l’aideront à remporter, contre toute attente, les élections et à sécuriser ainsi la reconnaissance syndicale.

Au Québec, la formule Rand a été inscrite, avec la loi anti-scab, dans le Code du travail par le Parti Québécois, suite à la grève de la United Aircraft, en échange de l’appui du mouvement syndical à son élection en 1976.

En 1994, suite à la Marche du Pain et des Roses, le mouvement féministe arrachera à Jacques Parizeau la promesse d’une loi sur l’équité salariale, sachant que ce dernier voulait rallier les femmes au camp du Oui, lors du référendum prévu pour l’année suivante.

À chaque occasion, les leaders syndicaux et féministes ont su analyser la conjoncture politique pour en tirer profit.

Comment expliquer que la majorité des leaders syndicaux québécois semblent aujourd’hui figés devant les enjeux de l’élection québécoise, et ne pas saisir l’abc de la politique canadienne et québécoise ?

Pourtant, nul besoin d’un long cours de science politique pour comprendre que l’élection du Parti Québécois, avec la promesse de la tenue d’un référendum « au moment jugé opportun », créerait une crise politique majeure au Canada.

Il serait alors extrêmement périlleux pour le gouvernement Harper d’engager simultanément le combat sur deux fronts, le front syndical et le front québécois, et risquer de les voir fusionner en un seul front contre son gouvernement.

L’histoire nous apprend que le gouvernement fédéral cherchera plutôt à rallier la population canadienne contre le Québec et on peut parier que le gouvernement Harper changera d’attitude à l’égard de l’Alliance de la fonction publique fédérale, qu’il malmène présentement, et qu’il repoussera sur le rond arrière les projets de loi sur la « transparence » syndicale et les modifications à la formule Rand.

La défense des intérêts vitaux du mouvement syndical québécois – et canadien – passe donc par un vote stratégique pour l’élection d’un gouvernement majoritaire du Parti Québécois, même si celui-ci ne témoigne plus du même « préjugé favorable aux travailleurs » qu’au cours des années 1970, tout comme dans le cas du Parti Démocrate américain et du NPD canadien, où le concept de « classe moyenne » a remplacé celui de « classe ouvrière ».

À ces intérêts syndicaux s’ajoutent des questions fondamentales de guerre et de paix, qui nécessitent la plus grande attention des syndicalistes et de leurs alliés environnementalistes et pacifistes.

Stephen Harper est sur un pied de guerre. Sur la question de l’Ukraine, il se montre le plus belliqueux des membres du G-7. Il a été le premier leader occidental à se rendre à Kiev pour apporter son soutien à un gouvernement mis en place par les États-Unis et où des néonazis occupent des postes-clefs (voir page 5).

Avec la droite américaine, Harper plaide pour que l’Amérique du Nord approvisionne l’Europe en hydrocarbures, de façon à ce qu’elle mette fin à sa dépendance à l’égard de la Russie et adopte une attitude plus agressive face à cette dernière.

Le projet de Trans Canada Pipeline de construire un oléoduc pour acheminer, à travers le Québec, le pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta vers les ports de Cacouna au Québec et St-John au Nouveau-Brunswick s’inscrit parfaitement dans cette perspective.

Les environnementalistes et les pacifistes doivent unir leurs efforts pour s’opposer à la réalisation de ce projet et, par le fait même, à la politique étrangère pétrolière du gouvernement Harper qui jette – c’est le cas de le dire – de l’huile sur le feu des relations Est-Ouest et augmente le risque d’un conflit mondial.

Le Parti Québécois n’a pas encore donné le feu vert à ce projet. Dans l’inévitable confrontation avec le gouvernement Harper qui suivrait son élection, cette question pourrait faire l’objet d’une négociation avec les syndicalistes, les environnementalistes et les pacifistes pour obtenir leur appui.

Par contre, l’élection d’un gouvernement Couillard serait un feu vert assuré aux projets pétroliers de Trans Canada Pipeline et à l’offensive antisyndicale d’Ottawa.

De plus, la défaite du Parti Québécois ouvrirait la voie à des gains électoraux du Parti Conservateur au Québec aux prochaines élections fédérales. Les stratèges conservateurs estiment qu’une défaite péquiste entraînerait inévitablement la déconfiture du Bloc Québécois.

Ils calculent qu’ils pourraient s’approprier une partie du 20 % des suffrages que les sondages accordent présentement au Bloc pour remporter cinq autres circonscriptions, dans un axe qui va du Lac St-Jean à la Beauce, et doubler ainsi leur représentation au Québec.

Le vote stratégique contre le gouvernement Harper passe par un vote stratégique pour le Parti Québécois! Et que ceux qui se sentent obligés de « se boucher le nez » le fassent !

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