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Harper et les élections québécoises
N° 327 - mars 2014
Laisser mourir les gens, voilà une façon originale de couper les coûts !
Le racket des pénuries organisées de médicaments
Léo-Paul Lauzon
Avant 2008, il n’y avait pratiquement pas de pénuries de médicaments au Québec, et oups, tout d’un coup ! il y en a eu 80 en 2009, et 207 en 2010. Et ça continue de plus belle sans que nos gouvernements interviennent vraiment afin de régler, une fois pour toutes, ce grave problème.

Tout au plus, le gouvernement fédéral, ne voulant pas les irriter, demande qu’elles fournissent, sur une base volontaire, la description des pénuries anticipées. C’est un peu comme si on demandait à un voleur de banque de fournir à la police, sur une base toujours volontaire, la liste des larcins qu’il prévoit commettre au cours de la prochaine année.

Au Québec, devant cette situation intolérable, l’ex-ministre libéral de la Santé, Yves Bolduc, avait dit « s’inquiéter » des ruptures des stocks (10 août 2011). Rien de plus. Il s’est dit inquiet, mais n’a rien fait.

Le nouveau ministre péquiste de la Santé, Réjean Hébert, pas meilleur que le précédent, a continué à verser dans le cynisme en mettant en place une « cellule de crise », afin de la gérer et non de la résorber. Évidemment, la crise se poursuit sans entrave.

Si on peut voter des lois spéciales pour faire rentrer de force les employés de la Société des postes, du CN et d’Air Canada à des conditions amoindries, afin d’assurer un service supposément essentiel à la population, pourquoi nos élus ne votent-ils pas une loi spéciale obligeant les pharmaceutiques à mettre fin à leurs pratiques morbides ?

Il me semble que la santé des gens est un service pas mal plus essentiel que le transport aérien, le transport par train de marchandises et les Postes. Nos politiciens sont plus gaillards et musclés pour s’attaquer aux chômeurs, aux assistés sociaux, aux étudiants, aux écologistes et aux syndicats de travailleurs ordinaires et varger dans les services publics, pour privatiser les uns et tarifer les services des autres, de ceux dont le privé ne veut pas parce que trop problématiques.

Si seulement les pénuries concernaient des maladies bénignes, ça serait un moindre mal. Mais non, ce sont des pénuries de médicaments qui concernent des maladies comme le cancer, les problèmes cardiaques, etc.

Voici à cet égard le titre révélateur de certains articles récents de journaux : « Des pénuries qui font mal. La rupture de stock d’un traitement de chimiothérapie a chamboulé la vie d’une cancéreuse, mère d’une petite fille de 7 ans » (5 octobre 2011); « Devra-t-on en stocker ? Je n’ai pas de moyens de me prémunir contre une pénurie de médicaments qui sont essentiels à la survie de ma fille de 9 ans » (21 février 2012) ; « De plus en plus de pénuries. Certains médicaments sont en rupture de stock depuis un an » (13 octobre 2011) et enfin « Dix médicaments en rupture de stock. Les gens souffrant de la maladie de Crohn sont inquiets » (13 novembre 2010).

Laisser mourir les gens, voilà une façon originale de réduire les coûts de la santé publique. Faut faire preuve de solidarité : mourir pour la cause des finances publiques déficitaires.

Franchement, il n’y a aucune excuse valable qui peut honnêtement expliquer et justifier ces pénuries de médicaments. Si le problème avait émané d’une société d’État, les mercenaires du privé auraient été prompts à réclamer sa privatisation. Ils ont le culot aujourd’hui de nous chanter les vertus de la concurrence, qui n’est qu’une illusion, et de l’efficacité du privé, qui relève d’un mythe.

Diane Lamarre, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec, l’a bien dit : « Les ruptures de stock sont devenues un mode de fonctionnement normal, et ça, ce n’est pas normal » (8 mars 2013).

Devant la dictature du patronat, la population doit accepter et se soumettre, impuissante, au taxage et aux hausses de prix imposées par les pétrolières, les banques, les aliments, les compagnies de téléphone, etc. Des augmentations de prix planifiées par l’intervention des spéculateurs et des fonds d’investissements (hedge funds). Ils appellent ça les lois naturelles du marché dont la main pseudo-invisible est censée tout réguler.

Pour les incrédules, puis-je me permettre de citer le très à droite Jean-Paul Gagné du journal Les Affaires qui, dans son éditorial du 26 novembre 2011, a dit que : « Les médecins et leurs patients sont de plus en plus affectés par les pénuries de médicaments. C’est maintenant le cas des antibiotiques, des antidépresseurs, des anesthésiants, des médicaments pour le cœur et des traitements de chimiothérapie. L’industrie soutient que cela est dû aux problèmes techniques : difficulté de production, ennuis logistiques, rareté des ingrédients, exigences réglementaires.

Alors que le président Obama et la ministre de la Santé exigent des explications, plusieurs experts donnent une autre explication : les compagnies pharmaceutiques substituent des médicaments plus récents et plus coûteux à des produits plus anciens et moins chers pour accroître leurs profits ».

Bien dit, Jean-Paul. Pour une fois, je suis entièrement d’accord avec ton analyse. Ah ben, tiens donc : « Médicaments : Une nouvelle génération qui gonfle le prix » (22 février 2012). Une nouvelle génération identique à la précédente, ou presque.

Voilà une autre facette des retombées économiques concrètes de la modernisation de l’État, et du moins d’État et du plus de privé. La solution est pourtant simple et elle existe ailleurs. Comme le recommande Québec Solidaire, il faut créer la société collective Pharma-Québec afin de mettre fin à cette exploitation sans nom et réduire les coûts de la santé publique.

Pharma-Québec pourrait, en tout temps, produire et distribuer des médicaments génériques lorsque la situation deviendrait dramatique. Les intérêts collectifs doivent primer sur les intérêts privés mercantiles, le bien commun doit avoir préséance sur l’individualisme tueur de tout projet de société, et protéger contre l’avidité des détenteurs de capitaux.

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