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Au travail, le français plafonne
N° 193 - octobre 2000

L’infatigable Nader poursuit la lutte malgré l’indifférence des médias
Saël Lacroix

Le candidat présidentiel de la démocratie



Le 21 février dernier, Ralph Nader annonçait officiellement sa candidature à la course présidentielle américaine sous la bannière des Verts. Véritable alternative dans cette pseudo-démocratie dominée par deux partis identiques à la solde de l’entreprise privée, Nader dénonce les injustices grandissantes du système néo-libéral américain et remet en question le pouvoir du citoyen dans cette ploutocratie démesurée. Soucieux de protéger leurs intérêts, les grands médias nationaux se sont efforcés d’ignorer le candidat aux idées nouvelles. Malgré la faible couverture médiatique, la campagne Nader va bon train et pourrait bien en surprendre quelques-uns le 7 novembre prochain.

Nous pouvons avoir une société démocratique ou nous pouvons avoir une concentration des richesses entre les mains de quelques-uns. Nous ne pouvons pas avoir les deux. » Cette citation du célèbre juge de la Cour suprême américaine, Louis Brandeis, exprime bien le fondement du discours de Ralph Nader. « Trop d’intérêts privés commandent les intérêts publics pour leur propre profit », a déclaré ce dernier à un journaliste. « Il s’agit de décider dans quel genre de société nous voulons vivre. »

Rappelons que cet avocat, qui a été considéré par le magazine Newsweek comme l’un des cent hommes les plus influents de notre siècle, avait mené une croisade dans les années soixante contre la compagnie General Motors parce qu’elle ne respectait pas les normes de sécurité de base. D’ailleurs son best-seller Unsafe at Any Speed, publié en 1965, s’inscrit parmi les ouvrages les plus déterminants pour la protection des consommateurs.

À présent engagé dans une longue lutte pour dénoncer les effets néfastes de la mondialisation, il a été l’animateur du regroupement Public Citizen qui, avec la centrale syndicale AFL-CIO, avait organisé les manifestations anti-OMC de Seattle. Il avait alors déclaré 0 « Nous subissons un système oligarchique placé sous l’égide des multinationales géantes dont l’OMC est la matrice. »

Un revenu minimum garanti

Cette année, Ralph Nader se présente aux élections présidentielles. Certes, il avait fait campagne en 1996, mais il n’avait pas investi l’énergie et l’argent nécessaires (à peine 5 000 $, soit l’équivalent de 10 secondes de publicité télévisée), ce qui avait abouti à un décevant résultat de 1 % des voix. Cette fois, par contre, il est bel et bien actif et compte quintupler son dernier score, ce qui lui permettrait de bénéficier d’une subvention fédérale aux élections de 2004. Soutenu par une équipe mieux structurée qu’il y a quatre ans, Nader parcourt les quatre coins des États-Unis et peut compter sur l’appui de plusieurs artistes de renom comme Susan Sarandon, Linda Rondstadt et Paul Newman.

Les idées défendues par les Verts de Nader reposent sur cinq grands domaines problématiques aux États-Unis 0 les conditions minimales des citoyens, les soins de santé, les campagnes de financement politiques, la défense nationale et l’environnement. Il préconise l’établissement d’un revenu minimum garanti, un système de santé universel et accessible à tous les Américains, un financement public pour des élections publiques, une réduction des dépenses militaires pour une redistribution dans les domaines sociaux tels la santé et l’éducation, et la stricte application d’une législation dans la défense de l’environnement.

La chasse gardée des débats télévisés

Les médias se sont évidemment fait extrêmement discrets sur la campagne de Nader. Peut-être que celui-ci ne correspondait pas au profil du politicien vide, superficiel et servile tant valorisé par la propagande médiatique. Cette complicité entre « gros partis » et «gros médias » a atteint son apogée en septembre. La Commission on Presidential Debates, un organisme fondé par les deux partis dominants, a alors décidé qu’un troisième candidat devait avoir recueilli au moins 15 % des intentions de vote dans les sondages pour pouvoir participer au débat télévisé. Bien entendu, cette commission est consciente que dans la structure politique actuelle, aucun parti ne peut réussir à soutirer 15% de l’électorat aux deux partis en place sans couverture médiatique à grande portée, comme le débat, justement, peut le permettre (l’indépendant Jesse Ventura était passé de 8 % à 38 % des voix pour devenir gouverneur du Minnesota grâce aux débats télévisés). « On ne peut grimper dans les sondages sans les médias de masse et on ne peut profiter des médias de masse sans avoir grimpé dans les sondages », a lancé Nader. Mentionnons que les réseaux CBS, NBC et ABC ont tous contribué massivement à la levée de fonds des campagnes démocrates et républicaines. Ces corporations, pas aussi désintéressés qu’elles le laissent entendre, profitent pleinement du système établi et sont prêtes, à prendre les mesures nécessaires pour le maintenir tel quel. Après tout, l’information n’a jamais été aussi rentable...

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