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N° 325 - janvier 2014

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Micheline Lachance
Cours d’histoire 101

Étrange histoire que la nôtre, tout en rendez-vous ratés. Il y a bien eu la Grande Paix de 1701, signée à Montréal entre Français et Amérindiens, mais le traité de Paris de 1763 allait bientôt signer le glas de la Nouvelle-France.

Denis Vaugeois qui évoque cette période sombre ne mâche pas ses mots : le général Wolfe a pratiqué le nettoyage ethnique et Montcalm a multiplié les erreurs. Seul Lévis a eu un parcours parfait. L’historien profite de sa tribune pour fustiger les auteurs de manuels scolaires, ces « jovialistes » pour qui il n’y eut ni conquête militaire, ni abandon ni cession par la France.

Dans ce livre captivant qui couvre quatre siècles, dix experts racontent dix journées qui ont changé le cours des choses, depuis la fondation de Québec, le 3 juillet 1608, jusqu’au référendum du 30 octobre 1995. La petite histoire y trouve aussi sa place.

Prenez Champlain. Je savais qu’il était peut-être le fils illégitime du roi Henri IV, mais Jacques Lacoursière m’apprend qu’en arrivant à Québec, il a échappé à un complot contre sa vie.

Maisonneuve ? Si j’en crois Jean-Claude Germain, il avait un faible pour Marguerite Bourgeois au point de lui faire sa grande demande. La future religieuse lui aurait plutôt recommandé… la chasteté.

S’agissant de la rébellion de 1837, qui prend sa source à l’assemblée des Six Comtés du 23 octobre, Gilles Laporte pose la question qui tue : comment ce peuple d’agriculteurs pauvres et illettrés a-t-il pu répondre au message démocratique et républicain des chefs patriotes au point de se lever comme un seul homme pour aller au-devant des balles anglaises ?

À propos du 1er juillet 1867, force est d’admettre, avec la constitutionnaliste Eugénie Brouillet, que, 150 ans plus tard, les Québécois ont raison d’être déçus : l’Acte de l’Amérique du Nord britannique nie la dimension nationale de leur collectivité.

Les pages consacrées à l’émeute de Québec contre la conscription, en avril 1918, nous réservent quelques surprises, tout comme celles revisitant l’adoption du droit de vote des femmes, en 1940.

Ainsi, durant la crise économique, le travail des femmes mariées était considéré comme l’une des principales causes du chômage. Et si l’Église s’opposait au suffrage féminin, c’est parce qu’il allait à l’encontre de la hiérarchie familiale.

Enfin, en 1960, on scrute à la loupe l’élection de Jean Lesage et la Révolution tranquille en marche. Mais le grand absent de ce beau livre est René Lévesque et je m’explique mal que sa fabuleuse victoire du 15 novembre 1976 n’y figure pas. Un précédent historique qui portait au pouvoir un parti indépendantiste. Tout devenait possible, même la naissance d’un pays. Dommage !

Dix journées qui ont fait le Québec, collectif sous la direction de Pierre Graveline, VLB éditeur, 2013.

Le mensonge d’État

À 82 ans, John Le Carré n’est pas tuable. Le super espion de Sa Majesté britannique — il le fut brièvement, mais assez longtemps pour devenir le maître du roman d’espionnage depuis 50 ans — vante son régime de vie : « J’écris, je marche, je nage et je bois ! » Une bonne recette puisqu’il en est à son 23e roman.

Une vérité si délicate se situe au cœur de la croisade menée par les lanceurs d’alerte pour démasquer les mensonges d’État. On pense évidemment à l’Américain Edward Snowden.

En 2008, à Gibraltar, une opération de contre-terrorisme américano-britannique pour kidnapper un marchand d’armes djihadiste avorte misérablement. Résultat : une femme innocente et son enfant meurent sous les balles du commando.

Dès lors, les services secrets n’hésiteront pas à assassiner des témoins pour cacher leur tragique bavure. Mais les héros de Le Carré, Toby, Kit et Jeb se ligueront pour faire éclater la vérité.

Une vérité si délicate, par John Le Carré, Seuil 2013.

D’où je viens, qui je suis

Tout prédestinait Vania Jimenez à écrire ce roman. Hantée par ce qu’elle a vécu comme médecin chez les Inuit du Nord québécois, et sans doute pour se libérer d’un poids, elle a planté son décor dans ce pays de froidure, où l’on « entend la lune chanter tellement le silence est profond ».

L’auteure, qui est obstétricienne à Montréal, puise aussi dans son expérience auprès des femmes immigrantes enceintes et désemparées — elle a fondé l’organisme d’aide, la Maison bleue —, pour étoffer le destin de ses héroïnes, deux filles adoptées par un couple montréalais.

Élevées comme des sœurs, Lucy et May se ressemblent à s’y méprendre. Inséparables jusqu’à l’âge adulte, elles se perdront ensuite de vue. La première, d’origine inuite, deviendra médecin et la seconde, May, née en Chine, sera sage-femme.

Le lecteur suit Lucy qui poursuit sa quête identitaire au pays de ses ancêtres inuit, d’où elle reviendra troublée et le cœur en charpie. À nouveau réunies, les deux sœurs décident d’aller ensemble à la maternité d’Aquillik, dans le Nord, pour y mettre au monde les petits Inuit. Elles l’ignorent alors, mais la fatalité leur a donné rendez-vous. La suite de cette bouleversante histoire paraîtra en février.

Je suis une pierre brûlante, partie 1, Vania Jimenez, Druide, 2013.

Résister au monde fasciste

« Ils m’ont écartelée sur le mur comme une étoile de mer et se sont amusés à me tirer dessus… » Heureusement pour Ruth, l’une des quatre jeunes juifs allemands qui tentent d’alerter leurs compatriotes aveugles aux dangers que représentent les nazis, il s’agissait de balles de plâtre. Mais la prochaine fois…

La peur fait le lit des régimes totalitaires, écrit Anna Funder, l’auteure de Tout ce que je suis. Avant Hitler, les quatre protagonistes de son intrigue menaient une vie insouciante qui a basculé dans la résistance, la fuite aux États-Unis, l’assassinat, à New York, d’une des leurs, la journaliste Dora, et la trahison de Hans, le bel amant de Ruth aux yeux bleus de Prusse, qui se révélera un espion nazi.

Un roman magnifique, mais terrible, de nature à ouvrir les yeux à tous ces candides aveugles qui, aujourd’hui, vont répétant que le fascisme islamiste ne nous guette pas. Et Anna Funder de préciser encore que l’ignorance aussi fait le lit des totalitaires.

Tout ce que je suis, par Anna Funder, Éditions Héloïse d’Ormesson

Viande à chien !

Claude-Henri Grignon avait raison de dire que son Séraphin ne mourrait jamais. « Il vivra tant que nous parlerons français au Pays de Québec », répétait-il. Quatre-vingts ans après la parution de son célèbre roman, Un homme et son péché, le détestable avare, sa pauvre Donalda, le père Ovide et tous les autres pionniers des Pays d’en haut ressuscitent dans une version datant du début des années 1950.

Le collectionneur Rosaire Fontaine a mis la main sur de vieux exemplaires du magazine Bonnes Soirées destiné à « la femme au foyer » qui contenaient des épisodes inédits de cette série-culte.

Ce roman-feuilleton perdu et retrouvé est d’autant plus précieux que quatre-vingts pour cent des épisodes de la série télédiffusée à Radio-Canada ont été détruits. Comme disait si bien Séraphin, « viande à chien ! ».t

Séraphin, Nouvelles histoires des pays d’en haut, Claude-Henri Grignon, Québec Amérique, 2013.

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