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GND brasse la FTQ
N° 325 - janvier 2014
Trop facile pour les matamores de réclamer le droit au lock-out
Régis Labeaume préconise la négociation inflexible
Léo-Paul Lauzon
Disons-le d’emblée : Régis Labeaume, le maire de la ville de Québec, est de la même graine idéologique que le Wildrose Alliance en Alberta, qui trouve les conservateurs de Stephen Harper trop à gauche, et que le Tea Party aux États-Unis, qui qualifie de socialistes les républicains américains et de communistes les démocrates de Barack Obama.

Le courage manifesté par Labeaume et ses semblables s’apparente davantage à de la lâcheté. Tellement facile pour ces politiciens, du genre représentants de commerce, de s’en prendre aux travailleurs, aux étudiants, aux chômeurs, aux assistés sociaux, aux groupes communautaires et écologistes.

Ceux-ci n’ont malheureusement pas les moyens et les possibilités de financer les partis politiques, les élus par de gros salaires après leur « louable » mission politique, de se payer des centaines de lobbyistes et de relationnistes, et de débourser des millions en campagnes de « désinformation » dans les médias.

Des politiciens comme Labeaume, il y en a eu et il y en a encore des centaines au pays qui sont inféodés aux « entrepreneurs », aux notables, et à leur agenda politique et économique.

Des politiciens trop « peureux » pour s’attaquer aux excès et aux vaches sacrées de la classe dominante, qui s’enrichit outrageusement ainsi en toute légitimité avec leur complicité.

Des pleutres démagogues comme Labeaume, je pourrais vous en citer plusieurs. Tiens, à titre d’exemple, Jean Charest a déjà déclaré : « Seul un gouvernement libéral peut tenir tête aux syndicats, selon Charest » (Le Journal de Montréal, 17 octobre 2005).

Je complèterais les propos du frisé à Charest en disant : « Seul un gouvernement libéral peut être aussi affranchi et peut donner autant d’argent des contribuables aux opportunistes ». C’est en plein pour ça que plusieurs ex-ministres libéraux ont été embauchés par leurs « créateurs de richesse ». On n’a qu’à penser à Charest lui-même, Normandeau, Beauchamp, Jérôme-Forget, Gignac.

Il y a eu aussi Mario de l’ADQ : « Dumont dit qu’il ne laissera pas les syndicats mener le Québec » (Le Devoir, 22 septembre 2002). Et puis, Legault, le grand chef qui a dit clairement : « La CAQ ne répugne pas à affronter les syndicats » (Le Devoir, 17 avril 2012). Très, très courageux.

Ah ! oui, il ne faut surtout pas oublier le social-démocrate de droite, Lucien Bouchard, qui a entonné : « Les syndicats sont trop gourmands » (Le Journal de Montréal, 29 avril 1999). Oh, mamma mia ! Gourmands et avides, les travailleurs, mais jamais le patronat, qui est toujours un modèle de solidarité. Tout le monde sait ça, voyons donc. C’est en fait une lapalissade.

Lulu a aussi claironné audacieusement, à ses propres risques et périls, que : « Bouchard ne négociera pas avec ceux [les syndicats] qui affament le Québec » (Le Journal de Montréal, 8 octobre 1999). Vraiment rien à son épreuve.

Les transnationales milliardaires, comme les pétrolières, les détaillants et les « fast food » qui paient leurs employés au salaire minimum ne sont pas du tout ceux qui affament le Québec, selon l’évangile de Lucien Bouchard, même si en plus elles « shippent » des milliards dans les paradis fiscaux afin d’esquiver l’impôt.

J’en ai plein d’autres sur le lucide Lucien Bouchard, mais terminons avec le titre de cet article : « Plus de fermeté avec les syndicats », dixit monsieur Bouchard (La Presse, 25 novembre 2000).

Trop facile pour des matamores comme Labeaume de réclamer le droit au lock-out et à la sous-traitance, comme le rappellent ces manchettes : « Nouvelle charge antisyndicale du maire Labeaume » (Le Devoir, 31 mai 2012). Et, « aussitôt élu, Labeaume lance un message aux syndicats » (Le Journal de Montréal, 4 novembre 2013).

L’innocent a dit à la télé, le soir de son élection, qu’il était prêt à « négocier » avec les syndicats de la ville, tout en étant « inflexible ». Pas fort, le monsieur issu du merveilleux monde des affaires.

Toutes les villes de la province et le gouvernement du Québec sont impliqués et sont victimes d’un vaste racket de collusion et de corruption qui dure depuis au moins 15 ans et qui a coûté aux contribuables entre 30 et 50 milliards $. Je suppose qu’il n’y a rien de ça à la ville de Québec ?

Mais, pour certains maires, la collusion et la corruption dans nos cités, il y a rien là et il n’y a pas matière à en faire tout un plat. Pour ces derniers, le problème a toujours été et sera toujours les travailleurs syndiqués.

D’ailleurs, le président du conseil du patronat, le bienveillant Yves-Thomas Dorval, a salué l’audace de Labeaume dans un texte d’opinion publié dans La Presse du 5 novembre 2013 intitulé : « Le courage d’agir » contre les titanesques taureaux sacrés des travailleurs de la ville.

De toute façon, c’est fini la collusion et la corruption puisque les entreprises ont, de façon volontaire, élaboré un code d’éthique « rigoureux » pour leurs entreprises et se sont dotées d’un « vertueux » programme de responsabilité sociale.

Moins aliénés qu’à Québec, les résidents de New York, la plus importante ville américaine, ont élu, avec une vaste majorité de 73 %, quelques jours suivant la réélection de Labeaume à Québec, soit le 6 novembre 2011, le démocrate Bill de Blasio qui, lui, a eu le véritable courage de s’attaquer aux puissants et aux exploiteurs en affirmant : « Le nouveau maire promet de rectifier les inégalités » (Le Devoir, 7 novembre 2013).

Il va pour ce faire hausser l’impôt des riches, comme l’ont fait Barack Obama et le gouverneur de la Californie Jerry Brown, qui l’a augmenté de façon rétroactive. Pauline Marois a reculé rapidement sur ses promesses de taxer davantage les nantis et s’est même excusée de les avoir « assaillis » fiscalement.

Ah ! que j’aime Francis Vailles de La Presse. Un autre « courageux » chroniqueur, dont les écrits devraient être enseignés dans nos écoles. Vailles aime beaucoup Labeaume, comme en fait foi le titre de ses quelques papiers très relevés sur le plan de la pensée critique, comme « La révolution Labeaume » (22 octobre 2013). S’attaquer aux conditions de travail des employés, c’est donc révolutionnaire et Labeaume serait un émule de Fidel Castro et Che Guevera.

À La Presse, la consigne est de bûcher sur les régimes publics de retraite afin de promouvoir les régimes privés de filiales de Power, la compagnie mère de La Presse.

Malgré le fait que la vaste majorité des Québécois soient favorables aux syndicats, les profiteurs et leurs milices de tout poil, incluant évidemment leurs élus, leurs chroniqueurs et leurs universitaires, continueront tout le temps de s’attaquer par intérêt égoïste aux syndicats afin de faire diversion et d’intoxiquer le monde afin de poursuivre de plus belle l’exploitation et de creuser le fossé des inégalités économiques.

« Les inégalités de revenu progressent plus vite au Canada qu’aux États-Unis » a mentionné le Conference Board, un organisme patronal canadien (Le Devoir, 14 septembre 2011). Et il y a cette recommandation de l’OCDE : « L’OCDE engage les États à stimuler la reprise économique tout en réduisant les écarts entre riches et pauvres » (Le Devoir, 24 janvier 2012). En 2013, l’OCDE a récidivé : « Lutte contre les inégalités et l’évasion fiscale pour rétablir la confiance » (Le Devoir, 11 juin 2013). Me semble qu’il y a là matière à réflexion pour des élus et que ça devrait guider leurs actions.

J’ai bien dit « réfléchir », mais faut pas trop en demander à des politiciens comme Régis Labeaume, qui préfèrent fonctionner sur le pilote automatique réglé et activé par ceux qui, justement, profitent des inégalités économiques.

Ces derniers préfèrent normaliser les conditions de travail des employés vers le bas et jamais vers le haut, qui leur est strictement réservé. Encore bravo aux citoyens de Québec pour avoir osé choisir un maire aussi « courageux ».

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