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GND brasse la FTQ
N° 325 - janvier 2014
La tragédie des Philippines récupérée par le lobby du commerce du carbone
Le réchauffement climatique a le dos large
Michel Chossudovsky
Haiyan (Yolanda), le typhon tropical le plus puissant jamais enregistré, a frappé les Philippines, entraînant des conséquences dévastatrices pour tout le pays et faisant des milliers de morts. Environ 615 000 personnes ont été déplacées et jusqu’à 4,3 millions de personnes ont été touchées, selon des sources gouvernementales.

La tragédie des Philippines est devenue un sujet de discussion à la Conférence internationale sur les changements climatiques qui se tient à Varsovie sous l’égide de l’ONU. La cause du typhon Haiyan et la détresse qui en résulte ont été attribuées, sans preuve, à l’impact du réchauffement climatique.

Bien qu’il n’existe aucune preuve scientifique que le super typhon Haiyan soit la conséquence du réchauffement climatique, les déclarations d’ouverture au Sommet de Varsovie ont laissé entendre dans des termes sans équivoque qu’il y avait une relation de cause à effet prouvée.

La secrétaire de direction de la Convention cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques (CCNUCC), Christiana Figueres, a affirmé (sans preuves) que le typhon fait partie de la « triste réalité » du réchauffement climatique.

Le représentant des Philippines à la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques, M. Yeb Sano, a déclaré, lors de son discours à la séance d’ouverture :

« Les typhons comme Yolanda et leurs conséquences représentent un triste rappel à la communauté internationale que nous ne pouvons nous permettre de tergiverser sur l’action climatique. Varsovie doit tenir parole en élevant ses aspirations et trouver la volonté politique pour lutter contre le changement climatique. » (UN News Center, 11 novembre 2013)

Ironie amère du sort, la tragédie des Philippines a contribué à renforcer un consensus qui remplit indirectement les poches des entreprises faisant du lobbyisme pour un nouvel accord sur le commerce du carbone.

Le système de plafonnement et d’échange (cap and trade) est une manne de plusieurs milliards de dollars, s’appuyant sur le consensus concernant le réchauffement planétaire. Selon Mme Figueres, chef de la CCNUCC :

« Nous devons clarifier les processus financiers permettant au monde entier d’aller vers une croissance à faible émission de carbone. Nous devons mettre en œuvre un mécanisme aidant les populations vulnérables à faire face aux effets inattendus du changement climatique. »

La manipulation des marchés de « plafonnement et échange » est connue et documentée. L’enjeu constitue le commerce des produits dérivés du carbone, contrôlé par les puissantes institutions financières comme JP Morgan Chase. En 2008, Simon Linnett, vice-président de Rothschild & Sons, a reconnu la nature de cette entreprise multimilliardaire :

« En tant que banquier, je salue également le fait que le système de plafonnement et échange soit devenu la méthode dominante pour le contrôle du CO2. Contrairement à la fiscalité ou à la simple réglementation, le plafonnement et l’échange offrent davantage de possibilités pour la participation et l’innovation du secteur privé. » (Telegraph, 31 janvier 2008)

Le plafonnement et l’échange de crédits transformé en produits dérivés se nourrissent du consensus sur le réchauffement planétaire. Sans ce consensus, ce commerce de plusieurs milliards de dollars serait un cuisant échec.

La crise humanitaire aux Philippines n’a rien à voir avec le réchauffement climatique. Les conséquences sociales du typhon Haiyan sont aggravées par le manque d’infrastructures et de services sociaux, sans compter l’absence d’une politique de logements cohérente. Les personnes les plus touchées par le typhon vivent dans la pauvreté dans des maisons de fortune.

Une réduction des émissions de CO2, comme l’a suggéré M. Yeb Sano lors de son discours à la séance d’ouverture du Sommet sur le climat à Varsovie, n’est pas une solution à la détresse d’une population appauvrie.

Aux Philippines, les répercussions sociales des catastrophes naturelles sont invariablement exacerbées par un cadre politique macro-économique imposé par les créanciers extérieurs de Manille.

Le coup fatal des réformes économiques néolibérales est en jeu. Depuis plus de 25 ans, depuis la disparition de la dictature de Marcos, la « médecine économique » du FMI sous la gouverne du Consensus de Washington prévaut en grande partie, au service des intérêts des institutions financières et des sociétés minières et agroalimentaires.

Le gouvernement de Benigno Aquino s’est lancé dans une nouvelle vague de mesures d’austérité impliquant la privatisation généralisée et la réduction des programmes sociaux.

En revanche, une grande partie du budget de l’État a été redirigée vers l’armée, laquelle collabore avec le Pentagone dans le cadre du « virage asiatique » d’Obama. Ce programme, qui sert les intérêts de Washington au détriment des Philippins, comprend également l’achat de systèmes avancés d’armes d’une valeur de 1,7 milliard de dollars.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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