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GND brasse la FTQ
N° 325 - janvier 2014

La lutte étudiante sera longue et nationale
Pierre Dubuc
On attendait avec impatience le livre de Gabriel Nadeau-Dubois, la figure de proue du mouvement étudiant. Fort bien construit, tenant compte que d’autres livres ont relaté en détail la séquence des événements, il ne rappelle que les épisodes charnières de la lutte.

Sa critique des deux idées-clefs de l’argumentaire pour les droits de scolarité, la « juste part » et « l’excellence », témoigne de la profondeur des fondements idéologiques du discours étudiant.

Sur la question de la « juste part », GND rappelle que les Jean Charest, Line Beauchamp, Jean-Marc Fournier et autres ténors libéraux appartiennent à « la génération la plus scolarisée de l’histoire du Québec, en grande partie parce qu’ils ont profité de très bas droits de scolarité ». Mais ces derniers refusaient « de payer des impôts à leur tour pour offrir une université accessible à la génération suivante ».

Pour justifier cette rupture de pacte, « ils invoquent, souligne GND, une nouvelle idée de la justice qui repose sur trois principes : l’augmentation des droits de scolarité, conçue comme la juste part que doivent payer les individus, l’endettement, conçu comme un investissement personnel, et le partage des coûts et non de la richesse ».

GND critique cette approche de la droite néolibérale, également partagée par la « gauche efficace » à la Jean-François Lisée, par des exemples empiriques – plus particulièrement celui de l’Angleterre –, mais aussi avec des arguments philosophiques. « L’économie, comme l’a si admirablement dit Margaret Thatcher, c’est la méthode. Le but c’est de changer les âmes. »

Sa critique de « l’université de l’excellence » va directement au cœur du débat. Quelle est la finalité de l’institution? Il rappelle que la signification originelle du mot latin « universitas » est « être tourné vers l’unité », indiquant que l’institution « vise à former une communauté de savants, et que connaître, c’est toujours connaître avec les autres ».

Cette idée qui « évoque l’universel » et « dénote un intérêt pour l’ensemble des savoirs », GND l’oppose à l’université de l’excellence dont « le plus grand titre de gloire serait d’être une bonne servante de l’économie ».

Sur cette base, il se démarque de Martine Desjardins à qui il reproche de se tromper de cible en reprochant aux recteurs leur « mauvaise gouvernance ». Pour GND, « c’est la bureaucratisation de l’université qu’il faut critiquer, pas ses bureaucrates, c’est l’imposture culturelle et intellectuelle de ‘l’université de l’excellence qu’il faut dénoncer, pas sa gestion. Gratuite, l’université de l’excellence n’en serait pas moins creuse ».

Tout au long du conflit, le Québec a été impressionné par le sang-froid de GND. Son rappel de l’agressivité des médias à son endroit, de l’intimidation exercée par le gouvernement Charest, l’appareil judiciaire et les forces policières confirme que le Québec ne s’était pas trompé.

Au passage, il ne peut s’empêcher de régler ses comptes avec Léo Bureau-Blouin qui « n’a pas hésité à condamner certaines actions, à dénoncer la désobéissance civile, à appeler au respect des injonctions, à souhaiter ouvertement un règlement du conflit, à appeler au compromis et à laisser entendre qu’une hausse réduite pourrait être acceptée par le mouvement étudiant ».

GND n’est pas dépourvu non plus de flair politique. Lors de l’adoption de la loi 12 (projet de loi 78), il est au diapason avec le mouvement étudiant et populaire qui répond au gouvernement par la désobéissance civile et le tintamarre des casseroles.

Il comprend rapidement, aussi, au mois d’août 2012, que le débat se déplace sur la scène électorale et que la chose à faire est de démissionner comme porte-parole. « Tout le monde s’attendait à ce que Jean Charest brandisse le spectre des carrés rouges et de Gabriel Nadeau-Dubois pour gagner ses élections. Je ne pouvais me résoudre à jouer ce rôle ».

Contrairement aux jusqu’au-boutistes de la « Révolution sociale », GND sait reconnaître les gains réalisés. « Même si le mouvement citoyen a formulé des revendications plus larges, il ne faut pas oublier que c’est cette hausse qui a été à l’origine de la mobilisation. Elle a été abolie. Ce n’est pas le Pérou., mais ce n’est pas non plus un détail. »

Quelle sera la suite des choses ? GND invite à poursuivre la lutte, tout en faisant preuve de patience. « Les grands bouleversements sont toujours le résultat d’un long travail de l’histoire », écrit-il.

Quelle orientation politique doit prendre cette lutte ? GND reconnaît le caractère national de la lutte étudiante. « N’en déplaise aux membres des franges plus radicales du mouvement, je crois que notre printemps allait au-delà d’une confrontation traditionnelle entre la gauche et la droite. Il était l’expression d’un attachement à un modèle de société qui fonde notre identité commune et à travers lequel nous espérons encore exister en tant que culture distincte. » Mais il se montre très critique du Parti Québécois parce qu’il ne veut pas d’une indépendance qui ne voudrait que « rejoindre le cercle des pays qui obtempèrent passivement aux injonctions des agences de notations ».

À propos du PQ et d’un éventuel référendum, il faudrait méditer ce que GND écrit, dans le premier chapitre de son livre, à propos du vote remporté avec seulement 12 voix de majorité au Collège de Valleyfield : « Encore aujourd’hui, je ne sais ce qui serait arrivé si nous avions perdu ce premier vote. J’ignore si le mouvement aurait pu prendre son essor ». Il poursuit : « À un moment donné, il y a bel et bien un basculement, un saut qualitatif qui nous a fait entrer dans un espace politique imprévisible, unique ».

Tenir tête, Gabriel Nadeau-Dubois, Lux, 2013

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