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On se retrousse les manches et on se crache dans les mains
N° 329 - mai 2014
Si le Québec est un enfer pour les minières, pourquoi sont-elles milliardaires ?
Changer de cassette une fois de temps en temps
Léo-Paul Lauzon
Toujours la même rengaine usée à la corde afin d’endoctriner le monde. Pas par des sophismes, mais par de vrais mensonges pour qu’ils se soumettent à leurs diktats. C’est la règle d’or préconisée par le patronat dans tous les secteurs d’activités allant des minières aux alumineries, en passant par les banques.

Tous des milliardaires qui veulent s’enrichir outrageusement, toujours d’avantage, et par tous les moyens légaux, immoraux et même illégaux, avec la complicité des élus, des médias et de leurs appendices du pouvoir.

Au cours des dix dernières années, les minières faisant affaire au Québec n’ont pratiquement rien payé en redevances et en impôts sur le revenu, même si elles ont réalisé des milliards en profits, tout en bénéficiant de milliards en aide publique par le biais de subventions, de prêts sans intérêt, de tarifs d’électricité outrageusement avantageux, d’infrastructures et de programmes de décontamination des sites miniers défrayés par des fonds publics.

En 2013, le Fraser Institute avait brandi l’épouvantail à moineaux : « Le Québec perd du terrain, selon l’Institut Fraser ». (1er mars 2013). Faut pas inquiéter et angoisser les minières, les banques et les riches, ils sont très sensibles.

Voici d’autres perles pathétiques pondues par la chorale patronale :

« Le Québec s’enlise ». Valérie Fillion de l’Association de l’exploration minière du Québec. (18 mai 2013). Il est minuit moins deux ! On est déjà enlisé jusqu’aux épaules. Au secours ! À l’aide !

« Ressources naturelles. Québec doit dissiper l’incertitude » La Chambre de commerce de Montréal. (19 janvier 2013). Dissiper l’incertitude en maintenant tels quels tous leurs privilèges de ne rien payer, mais plutôt de se faire vivre par l’État. Mieux vaut inquiéter le monde ordinaire qui a la couenne plus dure.

« Le directeur de l’Association minière du Québec, Jean-Pierre Thomassin, s’en va fâché et quitte son poste, fatigué de l’opposition aux projets miniers » (26 novembre 2010). Pôvre petite crotte. Il s’en va avec une prime de départ de combien ? Ça, on ne le sait pas.

Quelle triste nouvelle et quelle énorme perte pour le Québec. Ça, c’est de la faute à des énergumènes comme le poète-chanteur Richard Desjardins. Jean-Pierre, si ça peut te consoler et sécher tes larmes, viens pleurer sur mon épaule.

« Secteur minier. Hausser les redevances ne serait pas plus payant, selon le cabinet Secor-KPMG ». (1er août 2012). Ah ! Mon doux Jésus ! On doit donc conclure que baisser les redevances, comme diminuer les impôts des riches et des compagnies, serait plus payant !

On connaît très bien la chanson pour l’avoir entendue un million de fois. Changez de cassette une fois de temps en temps, les boys ! Même si ça pogne encore et toujours auprès des ignares.

« Le Québec n’est pas seul. Si ses mines ne sont pas compétitives, elles seront les dernières à être exploitées et les premières à cesser leurs activités » (22 mai 2012). Pierre Duhamel, un autre porte-queue de la caste supérieure. Là, j’ai vraiment peur. Après le dernier dinosaure, après le dernier des Mohicans, après l’homme de Cro-Magnon, après le dernier hot-dog au stade olympique, vous venez d’assister à la dernière minière au Québec.

« Le gouvernement Marois ne devrait pas taxer davantage le gain en capital et les dividendes, ni exiger plus de redevances minières » (19 septembre 2012). Texte signé par Martin Coiteux anciennement des HEC Montréal et maintenant député libéral, et probablement futur ministre.

Ben non, Martin ! On sait fort bien que des gens dans ton genre préfèrent taxer le monde ordinaire en augmentant les taxes à la consommation et les tarifs des services publics.

Le principe de l’utilisateur-payeur est pour vous autres à géométrie très variable. Faut l’appliquer seulement aux 99 % de la population formée de la classe moyenne et des pauvres. Martin, tu as dit qu’il ne fallait pas exiger plus de redevances minières. Mais, Martin, elles n’en paient tout simplement pas !

« Landry plaide en faveur du déficit zéro. L’ancien premier ministre applaudit au recul gouvernemental sur les redevances minières » (25 mai 2012). J’ai gardé les lucides et courageux propos de mon idole pour la fin.

Bernard a aussi applaudi à l’exploration pétrolière à Anticosti, au gaz de schiste au Québec, aux hausses des frais de scolarité à l’université, et autres bonnes mesures progressistes qui aboutiront peut-être, qui sait, a un rétrécissement des inégalités économiques. Félicitations pour ton programme, Bernard !

J’ai oublié de vous dire que Bernard était en faveur de la privatisation d’Hydro-Québec et de la SAQ et de la taxation du bien-être social. Un vrai social-démocrate, comme on les aime. Même un peu communiste sur les bords.

Je m’excuse, mais faute d’espace, je n’ai pu citer dans cette chronique les courageuses interventions pour venir en aide aux minières « oppressées » au Québec de mes amis journalistes et chroniqueurs Alain Dubuc et André Pratte de La Presse, et de Jean-Paul Gagné et de René Vézina du journal Les Affaires. Soyez miséricordieux, mes amis, et pardonnez-moi.

Mais, soyez assurés que je reparlerai de cette injustice en revenant sur leurs plaidoyers éclairants dans ma prochaine chronique. Pour eux, instaurer un véritable régime de redevances minières n’est pas un geste courageux, mais de lâcheté.

Pour ces larbins, le courage de nos élus se mesure seulement aux milliards qu’ils coupent dans les services publics et aux milliards qu’ils vont chercher dans la poche de la population en haussant la TVQ et l’électricité de 30 %, et en tarifiant tous les services sociaux.

Alors pourquoi donc y a-t-il surenchère pour acquérir Osisko ? Osisko est une minière au Québec, fondée il y a environ 10 ans seulement, dont le principal actif est sa grosse mine d’or à Malartic, en Abitibi.

Si le Québec est, selon ce que certains colportent, un enfer pour les minières, pourquoi donc alors les propriétaires et fondateurs d’Osisko sont-ils devenus multimillionnaires et en voie de devenir milliardaires peut-être ? N’ont-ils pas été saignés par les immenses impôts et redevances supposément supportés par elles ?

Et pourquoi donc, depuis trois mois, les minières Goldcrop et Yamana Gold s’entredéchirent-elles pour acquérir Osisko, si ce n’est pas rentable d’exploiter une mine au Québec ?

Je ferai remarquer à mes amis faire-valoir qu’en 2014 Goldcorp offrait 2,6 milliards $. Offre qu’elle a bonifiée d’un milliard en avril 2014. Tout de même bizarre. Et, tout de même curieux.

Chuck Jeannes, le président de Goldcorp, a dit : « Nous sommes heureux de proposer un investissement au Québec, un des environnements les plus favorables au monde » (Le Devoir, 14 janvier 2014). Pas seulement au Canada, mais au monde qu’il a dit ! Faudrait m’expliquer. Comptez-vous chanceux que le ridicule ne tue pas !

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