L'aut'journal
Le lundi 21 janvier 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Au travail, le français plafonne
N° 193 - octobre 2000

Pour faire changer les choses
Caroline Perron

Entrevue avec Ann McBrearty



La Marche mondiale des femmes, ambitieux projet amené par la Fédération des femmes du Québec, voit venir son aboutissement dans la semaine du 14 au 18 octobre où des milliers de femmes provenant de 5 161 groupes de femmes issus de 157 pays viendront marcher et présenter 17 revendications aux représentants du FMI, de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nation Unies. Un tel consensus de revendications est chose rare. Nous en avons parlé avec Ann McBrearty, agente de liaison pour la Marche, secteur international, qui voit enfin venir avec enthousiasme l’aboutissement de beaucoup de travail au sein de l’organisation de cet événement planétaire.

Les revendications mondiales de la Marche

Parmi les revendications mondiales qui seront déposées conjointement dans chacun des pays participants – le 16 octobre prochain à Washington auprès de la Banque mondiale et du FMI, et le 17 à New York auprès de Koffi Annan, secrétaire général des Nations Unis – six revendications portent sur l’élimination de la pauvreté et 11 sur l’élimination de la violence faite aux femmes. Cependant, de ces 17 revendications, trois n’ont pas fait l’unanimité et ont été plus difficiles à faire passer, deux portant sur le droit des lesbiennes et l’autre sur le trafic sexuel. « Dans certains pays, comme ceux du Moyen-Orient par exemple, on peut courir de graves dangers juste à prononcer le mot homosexualité; alors on comprend que les femmes de ces pays n’appuient pas haut et fort ces revendications », de nous dire Anne McBrearty.

Des actions partout dans le monde

Les activités de la Marche ne se limitent pas à des manifestations, c’est aussi un vaste mouvement d’éducation populaire. Depuis le 8 mars dernier, les femmes ont organisé des ateliers de sensibilisation, des forums, des rencontres, des manifestations aussi. Que cela se passe au Gabon, en Croatie ou en Suisse, les revendications sont identiques. « Sous un arbre ou dans un centre de femmes, le message reste le même », d’ajouter Mme McBrearty.

Cependant, il sera intéressant de voir comment se manifestera concrètement la Marche des femmes dans d’autres points du globe. Par exemple, les Mexicaines organisent une caravane qui partira du Chiapas et d’autres endroits du pays pour se rendre à New York. Au Brésil, les femmes marcheront dans tous les États et il y aura une marche nationale à Brasilia, où les revendications des femmes seront présentées au parlement.

En Colombie, les femmes ont déposé leurs revendications auprès de la guerilla afin que le mouvement révolutionnaire considère les revendications des femmes du peuple. Au Gabon, un livre d’or regroupant les doléances des femmes sera remis au Président de la République le 7 octobre, jour de la marche nationale au Gabon. Les Européennes, quant à elles, en plus de manifester dans leur pays respectif, concluront leurs activités le 14 octobre dans une grande manifestation à Bruxelles.

Après la Marche

Après tant de travail, de sueurs, d’énergie, nous sommes en droit de nous demander ce qui va se passer après le 17 octobre ? Ann McBrearty espère sincèrement que les femmes de la Marche et toutes celles qui appuient ces revendications, soit des millions de personnes, seront écoutées et pourront influencer les décideurs. « C’est certain que nous ne nous attendons pas à ce qu’il y ait de l’eau potable pour tous au lendemain du 17 octobre, ou encore que la dette des pays du tiers monde soit abolie, mais nous voulons qu’il y ait une véritable volonté de faire changer les choses. On a regardé quelles revendications sont les plus réalistes à court terme, et c’est sur celles-là bien sûr que les femmes à New York et à Washington vont appuyer plus fortement. Il faudra également se poser la question suivante 0 la FFQ qui a joué un rôle prédominant dans ce projet mondial va-t-elle remettre le flambeau à un autre groupe ? Ce sont toutes des question dont il faudra débattre après le 17 octobre, mais pour l’instant, nous avons encore beaucoup de pain sur la planche », conclut l’agente de liaison de la Marche mondiale.

Nous sommes donc toutes et tous invités à porter ces revendications et à manifester, que ce soit dans nos régions, à Montréal ou à New York. Ce n’est pas le lieu qui importe, mais c’est plutôt la direction vers laquelle diriger nos demandes bien légitimes.

Nous vous invitons à signer la carte d’appui en ligne sur le site Internet de la Marche. Toutes les carte vont être envoyées à M. Koffi Annan.

Six revendications pour l’élimination de la pauvreté

1- La mise en place par tous les États d’une loi-cadre et de stratégies visant l’élimination de la pauvreté.

2- L’application urgente de mesures comme 0

a)- la taxe Tobin, les revenus de cette taxe seront versés dans un fonds spécial 0 dédié au développement social; géré démocratiquement par l’ensemble de la communauté internationale; selon des critères de respect des droits humains fondamentaux et de démocratie; avec une représentation paritaire des femmes et des hommes.

b)- l’investissement de 0,7 % du produit national brut (PNB) des pays riches dans l’aide aux pays en voie de développement.

c)- le financement adéquat et la démocratisation des programmes des Nations Unies essentiels à la défense des droits fondamentaux des femmes et des enfants, tels UNIFEM (Programme pour les femmes), le PNUD (Programme pour le développement) et UNICEF (Programme pour les enfants).

d)- la fin des programmes d’ajustement structurel.

e)- la fin des compressions et coupures dans les budgets sociaux et les services publics.

f)- le rejet du projet d’Accord multilatéral sur les investissements (AMI).

3- L’annulation de la dette de tous les pays du tiers monde en tenant compte des principes de responsabilité, de transparence de l’information et d’imputabilité.

4- L’application de la formule 20/20 entre pays donateurs et pays récepteurs de l’aide internationale. Ainsi, 20 % de l’argent versé par les pays donateurs doit être dédié au développement social et 20 % des dépenses de l’État qui reçoit des dons doit être consacré aux programmes sociaux.

5- Une organisation politique mondiale, non monolithique, ayant autorité sur l’économie, avec une représentativité égalitaire et démocratique entre tous les pays de la terre (s’assurer d’une parité entre pays pauvres et pays riches) et avec une représentativité paritaire entre les femmes et les hommes.

6- Que soient levés les embargos et les blocus décrétés par les grandes puissances à l’égard de plusieurs pays et qui affectent principalement les femmes et les enfants.

11 revendications pour éliminer la violence faite aux femmes

1- Que les gouvernements qui se réclament des droits humains condamnent tout pouvoir politique, religieux, économique ou culturel qui exerce un contrôle sur la vie des femmes et des fillettes, et qu’ils dénoncent les régimes qui ne respectent pas leurs droits fondamentaux.

2- Que les États reconnaissent dans leurs lois et actions que toutes les formes de violence à l’égard des femmes sont des violations des droits humains fondamentaux et ne peuvent être justifiées par aucune coutume, religion, pratique culturelle ou pouvoir politique. Ainsi, les États doivent reconnaître aux femmes le droit de disposer de leur vie et de leur corps et de maîtriser leur fécondité.

3- Que les États mettent en œuvre des plans d’action, des programmes et des projets efficaces assortis des ressources financières et des moyens adéquats pour mettre fin aux violences faites aux femmes.

4- Que l’ONU fasse de véritables pressions pour que tous les États ratifient sans réserve et appliquent les conventions et les pactes relatifs aux droits des femmes et des enfants 0 notamment, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la Convention sur les droits de l’enfant, la Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale et la Convention sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants.

5- Que soient adoptés dans les plus brefs délais des protocoles et des mécanismes de mise en œuvre 0 à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes; à la Convention sur les droits de l’enfant.

6- Que la Convention de 1949 pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui soit assortie d’un mécanisme d’application qui tienne compte des documents récents, dont les deux résolutions de l’assemblée générale de l’ONU (1996) concernant le trafic des femmes et des fillettes et la violence à l’égard des femmes migrantes.

7- Que les États reconnaissent la juridiction de la Cour criminelle internationale et souscrivent aux dispositions selon lesquelles, notamment, les viols et les agressions sexuelles constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

8- Que tous les États mettent en œuvre des politiques de désarmement, autant en ce qui a trait aux armes classiques qu’aux armes nucléaires et biologiques.

9- Que soit adoptée dans les plus brefs délais la possibilité du droit d’asile pour les femmes victimes de discrimination et de persécutions sexistes et/ou de violences sexuelles.

10- Que l’ONU et les États de la communauté internationale reconnaissent formellement, au nom de l’égalité de toutes les personnes, que l’orientation sexuelle ne doit priver personne du plein exercice des droits prévus dans les instruments internationaux que sont 0 la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes.

11- Que soit adoptée dans les plus brefs délais la possibilité du droit d’asile pour les personnes victimes de discrimination et de persécution en raison de leur orientation sexuelle.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.