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Au travail, le français plafonne
N° 193 - octobre 2000

Quand l’appréhension prend force de loi
Élaine Audet

Les femmes et les événements d’Octobre 70



C’est sous prétexte qu’une insurrection armée était « appréhendée » au Québec que les trois niveaux de gouvernement, dirigés respectivement par MM. Trudeau, Bourassa et Drapeau, ont ordonné, il y a trente ans, l’intervention de l’armée canadienne, le 15 octobre, et proclamé à 4 heures du matin le vendredi 16 octobre, la Loi des mesures de guerre. Une loi, qui déclarait « association illégale » le Front de Libération du Québec, rendait passible de 14 ans de détention toute personne appuyant l’association illégale, permettait de procéder à des arrestations et à des perquisitions sans mandat, et de garder en détention les personnes arrêtées pendant trois semaines sans porter d’accusations.

Il y aura plus de 500 arrestations la nuit même et environ 4500 perquisitions avec saisies et plus de 30 000 lors de ratissages partout au Québec. La plupart des personnes arrêtées appartenaient à des groupes militant ouvertement pour la justice sociale et l’indépendance du Québec. Parmi elles, on comptait une cinquantaine de femmes dont certaines très connues comme la chanteuse Pauline Julien, l’écrivaine et militante indépendantiste Andrée Ferretti, la future présidente du Conseil du statut de la femme, Claire Bonenfant.

Des milliers de femmes et d’enfants ont été à jamais traumatiséEs par l’irruption brutale dans leur maison, en pleine nuit, de policiers anti-émeutes, casqués et la mitraillette au poing, traitant de simples citoyenNEs comme des criminels dangereux. Souvent, les enfants ont vu leurs parents brutalisés et emmenés menottés, avant d’être confiés sans ménagement à des voisins.

Au bout de trois semaines, 90 % des gens arrêtés étaient libérés sans qu’aucune accusation ne soit portée. Sur les 36 personnes accusées d’appartenance au Front de Libération du Québec (FLQ), seules une vingtaine d’entre elles furent appelées à subir un procès dont sept femmes qui furent condamnées de six à 12 mois de prison. Les accusations contre les autres ayant été suspendues par manque de preuves (Nole prosequi) et retirées complètement quelques années plus tard.

Bien qu’aucune mention de la discrimination envers les femmes n’apparaisse dans le manifeste du FLQ, la façon concrète et puissante dont il exprimait les revendications de l’ensemble du peuple québécois a rejoint et touché beaucoup de femmes qui en ont repris plusieurs passages à leur compte. On se souviendra du disque Québékiss de Marie Savard, des prestations de Pauline Julien, Louise Forestier, Michèle Lalonde, Michelle Rossignol, Hélène Loiselle, Nicole Leblanc et Louisette Dusseault lors du spectacle Poèmes et Chants de la résistance, tenu en pleine Loi des mesures de guerre.

Ces jours denses, où trois niveaux de gouvernement, avec une démagogie consommée, ont suspendu les règles démocratiques et déclenché une répression disproportionnée en prétendant mensongèrement qu’ils devaient affronter plus de 3 000 révolutionnaires armés jusqu’aux dents, doivent rester à jamais gravés dans nos mémoires afin que nous ne soyons plus jamais abuséEs par des dirigeants politiques dont les intérêts n’ont clairement rien à voir avec ceux de la majorité d’entre nous.

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