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Au travail, le français plafonne
N° 193 - octobre 2000

Pleurons en chœur la mort du roi nègre
Jacques Larue-Langlois

Je me souviens



Distant, méprisant, presque dédaigneux à l’égard des siens, c’était, dit-on, un homme bien qui a tant aimé son peuple. Candidat du NPD dans le comté fédéral de Mont-Royal en 1962, il n’aura mis que quelques brèves années à renier l’idéal social-démocrate pour réintégrer le libéralisme, plus susceptible de lui procurer le pouvoir qu’il a toujours convoité.

Anti-nationaliste chez lui, au Québec, il se fit pourtant champion du nationalisme canadien. Admirable abnégation de sa part.

Plus flamboyant que substantiel, PET a rapatrié la constitution du Canada sans l’accord de sa province d’origine, pourtant la première qui, au départ, réclamait cette récupération formelle de l’autonomie canadienne.

Il ne mâchait pas ses mots, a-t-on soutenu. Heureusement pour lui et pour son haleine car, aux syndiqués en grève de Lapalme, il n’a pas hésité à lancer un « Mangez d’la marde » plein de compassion pour les travailleurs.

Quant au célèbre « Fuddle Duddle » masquant mal un plus classique « Fuck You », il ne visait que ses collègues du Parlement et témoignait bien sûr de sa grande foi en la démocratie.

« Brillant et haut en couleur », a-t-on dit de lui, mais capable aussi de profiter d’une insurrection – par lui et ses sbires exclusivement appréhendée – pour mettre en prison ses adversaires politiques, coupables ou non d’un crime de subversion qui n’existait pas aux termes de la loi, au moment où il aurait présumément été commis.

500 Québécois-es emprisonné-es pour leurs idées sans qu’aucun-e ne fut jamais trouvé-e coupable de quelque crime que ce soit. Les trois « colombes » qui, cinq ans plus tôt, s’étaient portées à la défense du Canada menacé par le FLQ se faisaient dorénavant faucons pour briser les reins des méchants séparatistes.

« Le plus grand politicien canadien du XXe siècle », a-t-on encore prétendu. « Une tête exceptionnelle en politique ». Je veux bien le croire, si c’est de « tête à claques » qu’on parle.

Il ne faut pas s’attendre à ce que le peuple québécois tombe en larmes et prenne le deuil de son bourreau. PET ne fut jamais l’ami des siens et s’il faut le comparer à un autre personnage de notre histoire, c’est à Lord Durham qu’on doit penser. Les deux hommes ont partagé le désir d’écraser toute velléité de liberté culturelle chez ce que tous deux considéraient comme un peuple de simples porteurs d’eau. La différence, c’est que si Lord Durham représentait le colonialisme étranger, PET, lui, était issu de ce peuple qu’il s’est efforcé d’humilier au profit du colon, en bon roi nègre qu’il fut.

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