L'aut'journal
Le jeudi 24 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Une Charte pour la nation
N° 323 - octobre 2013
3 000 organismes communautaires autonomes en santé et services sociaux
Un manque à gagner de 225 millions $ par année
Maude Messier
Un organisme d’aide alimentaire qui offre aussi des cours d’anglais ou encore d’informatique, ça paraît étrange ? C’est pourtant la réalité de bien des organismes communautaires qui, sous la contrainte financière, doivent jouer au caméléon pour assurer leur financement.

Certes, la diversification des services et des activités a ses vertus, mais pas nécessairement quand un organisme communautaire doit modifier son mandat initial en fonction des orientations et priorités gouvernementales.

« Ces organismes ont des ressources très limitées. Pourtant, ils sont essentiels et les services qu’ils offrent à la population sont d’une grande importance. Les gens qui y travaillent sont souvent très qualifiés, et diplômés, mais gagnent de petits salaires et leur travail n’est pas reconnu. Il est souvent difficile d’assurer la pérennité d’un organisme, perpétuellement en recherche de financement », d’expliquer Gaétan Châteauneuf, chargé de projet à la mobilisation pour la campagne « Je tiens à ma communauté. Je soutiens le communautaire. »

Les organismes communautaires autonomes œuvrant en santé et services sociaux (OCASSS) réclament la stabilité, la récurrence et le rehaussement du financement public pour combler le manque à gagner de 225 millions $ par année. Ils réclament aussi la mise en place d’un programme national de financement.

Autrement dit, le financement public des OCASSS, alloué par le gouvernement via les Agences de la santé, est sujet aux modifications des orientations et des priorités gouvernementales, même si les agences ont, en principe, une certaine marge de manœuvre.

Gaétan Châteauneuf explique que les revendications financières de la campagne permettraient d’assurer une permanence dans les organismes, ce qui n’est pas toujours possible, et d’offrir une rémunération comparable au solaire horaire moyen du Québec, soit 22,18 $ de l’heure.

« Malheureusement, le milieu communautaire est bien souvent un tremplin vers d’autres horizons pour des jeunes qu’on voudrait pourtant avoir les moyens de garder. »

Gaétan Châteauneuf insiste sur le fait que ces organismes ne constituent pas un dédoublement des services offerts dans le réseau public, pas plus qu’ils ne cherchent pas à remplacer la fonction publique.

« Ces organismes ont leur originalité propre et offrent des services complémentaires. Mais à défaut d’avoir un programme de financement national, avec des balises claires et une récurrence pour permettre un développement conséquent, on les force à modifier constamment leur mandat pour aller grappiller un petit bout de financement ici et là. »

« Consolider », c’est le mot clef de Claudelle Cyr, qui travaille au Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM). « Pour assurer la base de leur financement, certains organismes doivent se tourner vers le secteur privé pour obtenir des subventions récurrentes. Mais, à ce moment, ces gens siègent au conseil d’administration. Ce qui n’est pas un mal en soi, mais ils n’ont pas toujours la même vision que le milieu communautaire et sont tournés vers la rentabilité et le développement. »

Une situation qui préoccupe le milieu communautaire, particulièrement avec la présence de plus en plus importante des fondations privées. Secteur public ou secteur privé, l’action communautaire autonome ne veut être l’« appendice » de personne.

Pour Gaétan, la précarité financière des OCASSS empêche leur fonctionnement et leur développement optimal. « Le gouvernement transfère progressivement des offres de services vers le communautaire, mais ne fait pas suivre les enveloppes budgétaires qui doivent y être associées de façon à assurer le fonctionnement de ces organismes et à fournir des conditions de travail décentes. »

Mise en branle en novembre dernier, la campagne de mobilisation, « Je tiens à ma communauté. Je soutiens le communautaire. », culminera le 24 octobre prochain avec une manifestation à Québec à laquelle quelque 3 000 personnes sont attendues.

Parallèlement, le comité de coordination des OCASSS et le ministère de la Santé et des Services sociaux sont en pourparlers depuis mars dernier. « Le 24 octobre constitue un bon moment puisque les travaux avec le ministère doivent s’achever et qu’on entrera dans la période de la préparation du budget 2013-2014 du gouvernement du Québec. »

Cette campagne nationale est une initiative de la Coalition des tables régionales d’organismes communautaires et de la Table de regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles. Nationale, parce qu’elle sollicite l’appui de tous les groupes d’action communautaire autonome. « La solidarité est primordiale puisque les enjeux de financement et de reconnaissance du travail réalisé sont étroitement liés. »

En mai dernier, suite au dépôt d’une pétition de près de 73 000 signataires, une motion reconnaissant l’apport des OCASSS au développement économique et social du Québec et réclamant le rehaussement de leur financement a été adoptée à l’Assemblée nationale.

L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal appuie également, par une proposition adoptée par son conseil d’administration en juin 2013, le rehaussement du financement de ces organismes.

Le Québec compte quelque 3 000 organismes communautaires autonomes œuvrant en santé et en services sociaux. 553 ont pignon sur rue à Montréal. De ce nombre, le RIOCM en représente 280.

Pour informations et détails sur la campagne : jesoutienslecommunautaire.org/

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.