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Une Charte pour la nation
N° 323 - octobre 2013

L’information n’est pas gratuite
Pierre Dubuc
Depuis quelque temps déjà, la tendance s’inverse. De grands médias, comme le New York Times, le journal Le Monde ou le Globe and Mail au Canada, qui offraient gratuitement sur Internet le contenu de leur publication, rendent maintenant l’accès à leur site payant, en tout ou en partie.

Ils espèrent ainsi sauver leur publication du sort qui a frappé tant d’entreprises de presse, au cours des dernières années : la faillite.

D’autres publications, comme le magazine Harper’s aux États-Unis, se félicitent d’avoir résisté à cette mode du « tout gratuit » et font état de leur bonne situation financière. Dans son édition du mois d’octobre, l’éditeur John R. MacArthur du Harper’s – qui signe une chronique mensuelle dans Le Devoir – rappelle quelques vérités élémentaires. Une publication de qualité, présentée avec soin et bien écrite coûte de l’argent. Les imprimeurs, les distributeurs, les éditeurs et les journalistes ont besoin de revenus pour vivre.

La bonne santé financière du Harper’s repose sur ses 150 000 abonnés, ses dizaines de milliers de lecteurs fidèles qui achètent chaque mois le magazine en kiosques. Dans ce marché de 300 millions d’habitants, des publications « marginales » comme Harper’s, The Nation ou Mother Jones peuvent faire leur frais.

Mais comment faire vivre une publication « alternative » dans ce marché « marginal » de 7 millions de francophones qu’est le Québec ? C’est le défi qui se pose à l’aut’journal depuis sa fondation, il y a 30 ans.

Aujourd’hui, l’aut’journal a un tirage mensuel de 20 000 exemplaires, dont 15 000 sont distribués gratuitement dans l’ensemble du Québec, au moyen de présentoirs dans des maisons de la culture, des bibliothèques, des cafés, des locaux syndicaux et d’organismes communautaires.

Il y a plusieurs années, après avoir expérimenté sans grand succès la distribution commerciale en kiosques, nous avons fait le choix d’une distribution gratuite pour la majeure partie de notre tirage.

Ce choix s’est imposé à cause de la culture de l’information gratuite qui avait cours au Québec, bien avant l’explosion du phénomène sur Internet. Des journaux comme Voir, d’abord à Montréal, puis dans d’autres villes, ont imposé ce modèle avec une distribution gratuite massive.

D’autres publications ont emboîté le pas. Le Journal de Montréal et le Journal de Québec sont accessibles gratuitement dans tous les restaurants du Québec. Des camelots distribuent quotidiennement les journaux Métro et 24 Heures aux usagers du métro. La Presse procède régulièrement de la même façon et a décidé de remplacer progressivement son édition papier par une version gratuite sur Ipad.

Toutes ces publications gratuites tirent leurs revenus de la vente de publicités et, indirectement, de subventions gouvernementales, puisque les corporations bénéficient d’une importante déduction d’impôts pour la publicité.

L’aut’journal, rappelons-le, ne touche aucune subvention gouvernementale et, pour employer un euphémisme, n’est pas le véhicule privilégié des grandes corporations pour annoncer leurs produits. Cela lui permet une grande indépendance éditoriale, mais ne l’aide pas à payer ses fournisseurs.

Comment, alors, l’aut’journal arrive-t-il à boucler son budget ? D’abord, avec le militantisme de ses collaborateurs et collaboratrices, qui acceptent de ne pas être rémunérés pour leurs écrits. L’entente tacite est la suivante : en échange de cette collaboration gratuite, l’aut’journal leur offre le lectorat de ses 20 000 exemplaires et d’une moyenne de 7 000 visites quotidiennes sur son site Internet.

Les revenus du journal proviennent des abonnements individuels et de groupe, de la publicité, essentiellement des organisations syndicales, des contributions des AmiEs de l’aut’journal, de la vente de livres, de l’organisation d’activités, comme dernièrement, la projection du film La langue à terre, etc. Pour l’année financière 2012-2013, les revenus ont été approximativement de 185 800 $.

Ils ont servi à payer, entre autres, l’imprimerie, la poste, la distribution, le loyer, le téléphone, les fournitures de bureau, l’hébergement du site Internet, le transport, la documentation, les frais de représentation et autres frais fixes, qui se sont élevés à près de 110 000 $.

De plus, l’aut’journal compte deux salariés, Louis Bourgea, son secrétaire qui assure la permanence et, depuis trois ans, la journaliste Maude Messier, qui se consacre exclusivement à couvrir les affaires syndicales.

Autrefois, les quotidiens, comme La Presse, avaient un journaliste attitré spécifiquement à la couverture du monde du travail. Aujourd’hui, l’aut’journal est le seul journal à assurer ce service ­essentiel.

En plus de ces deux salaires, des honoraires sont aussi versés à des collaborateurs pour des tâches techniques comme le montage, la gestion quotidienne du site Internet, la correction d’épreuves, l’achat de photos, la comptabilité, le tout pour un montant d’environ 83 300 $. Le grand total des dépenses de l’année dernière s’est donc élevé à 193 300 $.

Il s’ensuit que nous avons terminé l’année financière 2012-2013 avec un déficit de 7 500 $. Le déficit a pu être épongé à même le surplus de 30 000 $ de l’exercice financier de l’année précédente. Ce surplus pour 2011-2012 est attribuable au congé de maternité de Maude Messier et avait été mis en réserve précisément pour défrayer son salaire pour l’année 2012-2013.

Pour boucler notre budget cette année, il est donc impératif que nous augmentions nos revenus. Cela est nécessaire pour faire face à nos obligations envers nos fournisseurs et respecter nos engagements à l’égard de notre personnel. Des changements technologiques assez coûteux s’imposent également, comme la création d’une application pour téléphones intelligents.

Nous avons aussi en chantier la production de trois livres cet automne. Un livre signé Marc Laviolette et Pierre Dubuc et intitulé « Le SPQ Libre et l’indépendance du Québec » avec comme sous-titre « Dix ans de lutte au sein du Parti Québécois ». Il paraîtra à la fin du mois d’octobre.

Nous publierons également au cours des prochains mois un troisième recueil d’articles sur la question linguistique de Charles Castonguay sous le titre « La langue commune, un projet inachevé » et un nouveau recueil d’articles de Louise Mailloux, faisant suite à son premier volume « La laïcité, ça s’impose ! ».

Nous espérons, bien entendu, que ces publications connaîtront un beau succès de librairie et nous rapporteront quelques dollars mais, avant de toucher ces revenus, nous devrons payer les frais de montage, de correction d’épreuves et d’imprimerie.

En somme, pour assurer la continuité de ses activités, réaliser les projets en cours et procéder aux nécessaires développements technologiques, l’aut’journal a besoin d’un financement accru. Celui-ci ne peut provenir de la tarification généralisée de nos contenus à cause de notre marché trop « marginal » et par l’habitude bien ancrée de la distribution gratuite des journaux au Québec. Nous ne voulons pas non plus augmenter le coût de l’abonnement, sachant que plusieurs de nos lecteurs et nos lectrices sont à faibles revenus.

Alors, quelle est la solution ? D’abord, nous invitons ceux qui se procurent gratuitement l’aut’journal à s’abonner ou à faire un don, et nos abonnés à augmenter, s’ils le peuvent, leur contribution. Nous lançons également un appel aux individus et aux organismes pour qu’ils adhèrent aux AmiEs de l’aut’journal. La contribution minimale est de 100 $ pour les individus et 500 $ pour les organismes.

Enfin, invitation est faite aux AmiEs actuels du journal – ceux qui ont permis que ce journal batte tous les records de longévité pour une presse indépendante et progressiste avec ses 30 ans d’existence – afin qu’ils augmentent leur contribution et incitent leurs proches, individus et organisations, à joindre les rangs des AmiEs de l’aut’journal.

Pour plus d’informations, contactez Louis Bourgea au 514-843-5236 ou au info@lautjournal.info

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