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Une Charte pour la nation
N° 323 - octobre 2013
Ça vient du printemps érable, au moment où la grève était plus qu’étudiante
Le Deuxième Frontde la CSN ressuscite
Maude Messier
La CSN lançait officiellement sa campagne « Et si on avançait, le progrès social dépend de nous », à l’occasion de son Conseil confédéral, qui se tenait à Québec, le 24 septembre dernier.

Refusant de laisser les débats économiques, sociaux et politiques entre les mains des organisations patronales, des politiciens et des cercles de réflexion de droite, la CSN s’investit dans une campagne d’idées autour de quatre grands thèmes et invite ses membres à y prendre part activement : sécuriser le revenu tout au long de la vie; miser sur un développement économique et durable ; maintenir et développer les services publics ; et renforcer la démocratie et la participation citoyenne.

À la CSN, la conjoncture de différents événements a mené à une prise de conscience. « Ça vient du printemps érable, au moment où la grève n’était plus seulement étudiante. Il a fallu faire le débat à l’intérieur de la CSN : Est-ce qu’on fait plus ? Est-ce qu’on se commet davantage dans la mobilisation ? On a alors fait le constat que le travail d’éducation politique et populaire dans nos rangs s’était perdu quelque part. Que la capacité de déplacer le syndicat sur un autre terrain que celui de la convention collective n’est pas si évident », d’expliquer le président de la CSN, Jacques Létourneau, dans une rencontre avec l’aut’journal.

L’influence des politiques « right to work » américaines et la volonté de sortir le mouvement syndical du champ de l’action politique ont fait leur chemin jusqu’à Ottawa. Les projets de loi

C-377 et C-525 ne sont peut-être que le prélude d’une transformation radicale du monde du travail à la sauce conservatrice.

Jacques Létourneau est catégorique : « Dans les milieux de travail, on est sur la défensive et, souvent, on tente surtout de sauver des acquis. Ce n’est pas évident d’ouvrir le Deuxième Front dans ce contexte. Mais en période difficile, je suis de ceux qui pensent que l’action sociopolitique est une nécessité ».

Le Deuxième Front est celui des luttes sociales qui font déborder le syndicalisme en dehors des conventions collectives, au bénéfice de l’ensemble de la société : salaire minimum, assurance-maladie, assurance-automobile, régime québécois d’assurance-parentale.

C’est celui qui fait prendre conscience aux travailleurs que leurs conventions collectives n’existent pas en vase clos, mais bien dans une société, qui a aussi une emprise sur leurs conditions de vie. Que par leur rapport de force, ils peuvent être un moteur de changement, pour tous.

« Il ne faut pas laisser les choses comme elles sont et nous contenter d’en parler. Il faut mobiliser la misère pour combattre la misère, la pauvreté pour combattre la pauvreté, les endettés pour combattre l’endettement, les trahis pour éliminer la trahison, les exploités pour vaincre l’exploitation. Et il nous faut d’abord nous mobiliser nous-mêmes », disait Marcel Pepin dans le Deuxième Front, en 1968, alors qu’il présidait la CSN.

C’est précisément à ces mots que se réfère Jacques Létourneau lorsqu’il évoque l’ouverture du Deuxième Front.

La CSN compte 300 000 membres. De ce nombre, certains écoutent Radio X, ne veulent pas que leur syndicat soutienne financièrement les « carrés rouges », estiment qu’un syndicat n’a qu’un rôle à jouer, celui de les représenter.

« Oui, c’est vrai. Et nous n’avons pas peur des débats. Il faut rencontrer ces gens et discuter avec eux, déconstruire ce discours de droite. Il y a des réponses à donner, des propositions à faire. C’est une campagne d’éducation populaire et, à la CSN, on a choisi d’outiller notre monde pour les appuyer là-dedans. »

Quelle est la différence entre cette campagne et nombre d’autres menées auparavant ? « Ça vient de notre base. Cette campagne là doit être enracinée, chaque membre, militant ou salarié, est un multiplicateur. Collectivement, on a un rôle important à jouer dans la société québécoise et, comme mouvement, on doit prendre part aux débats qui animent le Québec. L’action politique, ce n’est pas un concept abstrait. Cette campagne est un pari, pas une commande. »

Vidéos et brochures ont été produites par la centrale, qui a également débloqué un budget pour appuyer l’organisation d’assemblées, d’événements. Les structures organisationnelles se font par régions. Bien entendu, la campagne sera aussi déployée sur les réseaux sociaux.

Les quatre thèmes constituent, au final, une façon d’amorcer le débat. Il conviendra à tous de les arrimer avec les réalités socioéconomiques propres à leur milieu. « C’est d’ailleurs ce qu’il faut faire. Nous pensons qu’il est possible d’avoir une société solidaire, démocratique, juste, équitable et durable. Qu’il faut déconstruire les mythes enracinés par la droite économique. Même des chantres du néolibéralisme, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, appellent à la prudence et soutiennent que les politiques d’austérité intensifient les crises. »

Le dirigeant syndical, fier de compter parmi les nouveaux salariés de son organisation quelques têtes issues du mouvement étudiant, croit que le volet sur le développement durable pourrait bien constituer une sorte de pont intergénérationnel avec les jeunes.

« Ça veut dire quoi, faire du développement durable ? On sait que le mouvement syndical a parfois été frileux dans des dossiers environnementaux, au nom des emplois. Malgré tout, entre 2002 et 2011, il s’est perdu 160 000 emplois dans le secteur manufacturier au Québec. Les redevances minières sont ridicules. Il faut se poser des questions. »

Mais Jacques Létourneau aime particulièrement amorcer le débat par la sécurisation du revenu et le prendre de front. « Le discours de la droite repose sur le préjugé voulant que les syndiqués soient des privilégiés de la société. C’est drôle, nous on pense que le mouvement syndical doit s’occuper des travailleuses et des travailleurs non syndiqués et des conditions de travail en général. Il y a un nœud important là. »

La CSN propose notamment de hausser le salaire minimum et de modifier la Loi sur les normes du travail pour enrayer les disparités de traitement sur la base du statut d’emploi (travailleurs atypiques, occasionnels, agences de placement).

Elle propose aussi de légiférer pour que l’ensemble des travailleurs puissent être couverts par un régime de retraite (bonification des régimes publics, arrêter le démantèlement des régimes à prestations déterminées, favoriser la mise en place de modèles innovateurs tels que des régimes sectoriels).

Le terrain des non syndiqués suscite aussi l’intérêt d’autres organisations syndicales. Unifor a annoncé dès sa création la mise sur pied de secteurs communautaires visant à apporter du support aux salariés non représentés collectivement. Les TUAC 500, à l’instar de leurs confrères états-uniens, mènent une lutte en soutien aux employés de Walmart, non syndiqués.

Est-ce dire qu’il s’agit d’un nouveau terrain de confrontation où les grandes organisations syndicales rivaliseront en vue d’éventuelles adhésions ? « Le pluralisme syndical implique des oppositions, mais nous avons la responsabilité comme mouvement de réfléchir à la perspective de convergence. Plus on est dans la rivalité, moins on avance. Pour l’avenir du syndicalisme, il va falloir en parler sérieusement. »

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