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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

Mickey Mouse et Ronald McDonald vont sauver l’ONU
André Maltais
L’ONU, seul contrepoids d’envergure internationale à la mondialisation, se lance dans la coopération avec le secteur privé international. Verrons-nous bientôt, devant les sièges sociaux des agences onusiennes, flotter les drapeaux de Nike et de McDonald’s entre ceux du Brésil et de la Tanzanie ? Entendrons-nous, lors d’un prochain Sommet de la Terre, un haut-fonctionnaire du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) donner la parole au représentant de Shell après que le délégué de l’Inde aura exprimé la position de son pays ?

Un rapport intitulé Tangle up in blue et signé Kenny Bruno et Joshua Karliner de l’organisme Corporate Watch nous apprend que, le 26 juillet dernier, à New York, Kofi Annan lançait officiellement le Pacte global (« Global compact ») par lequel toutes les agences de l’ONU sont encouragées à nouer des partenariats avec les plus grandes entreprises mondiales.

Ces agences comprennent le Bureau international du travail, le PNUE (environnement), le Haut-Commissariat pour les droits humains, le Programme pour le développement (PNUD), l’Unicef (enfance), l’Organisation mondiale de la santé, le Haut-Commissariat aux réfugiés et l’Unesco (science et culture).

Les entreprises « partenaires » n’auront qu’à publiciser leur allégeance à neuf principes (voir encadré) dérivés des accords des Nations Unies en matière de protection environnementale, de droits humains et de normes du travail sans qu’aucun mécanisme de contrôle ne soit prévu par le Pacte. L’ONU admet ne pas avoir les moyens d’exercer cette nécessaire surveillance ni d’imposer des sanctions à ses « partenaires » coupables de tricherie.

Viol, violation, violeurs !

Quelques jours à peine après avoir déclaré « non-éligibles à des partenariats avec l’ONU » les entreprises complices de violation des droits humains, Kofi Annan violait lui-même ce principe en invitant Shell (dont les « exploits » au Nigéria sont bien connus) à faire partie de l’Accord global.

En plus de Shell, Nike, McDonald’s, Walt Disney, Novartis et Aventis (génie génétique), BP Amoco et Chevron (pétrole), Rio Tinto plc (mines) et DuPont (produits chimiques), sont officiellement au nombre de la cinquantaine d’entreprises désireuses de se refaire une vertu en finançant les « bonnes causes » des Nations Unies.

Qui plus est, la Chambre de commerce internationale (organisme de défense des intérêts des plus grandes multinationales de la planète) constitue le principal appui au projet. Or, cette même Chambre travaille jour et nuit à affaiblir le moindre accord international visant à civiliser ses membres, accord à l’origine duquel on retrouve souvent l’ONU ou l’une de ses agences.

Des organismes tels Amnistie internationale et la Confédération internationale des syndicats libres appuient aussi le Pacte global, mais avec de plus en plus de réserves.

Le meilleur adoucisseur d’images, c’est l’ONU

Tout commence en janvier 1999, lors d’un discours prononcé par Kofi Annan devant les leaders du monde des affaires au Forum économique mondial de Davos. Le Secrétaire général de l’ONU met au défi les grandes multinationales « d’adoucir » leur image dans le monde sans quoi, dit-il, elles ne pourront « éviter les menaces qui planent sur le marché global ».

L’ONU, ajoute Annan, peut non seulement « humaniser » les multinationales en leur permettant de financer ses projets, d’utiliser ses logos, etc., mais elle s’engage aussi à créer des marchés pour les entreprises « converties » par l’entremise de ses activités partout dans le monde. Sur un plan plus général, Kofi Annan promet que l’ONU, si le Pacte global devient réalité, se fera l’avocate du libre-échange et des grands marchés ouverts.

Bref, « faire le beau » pour montrer aux États-Unis qu’ils n’ont plus aucune raison de retenir les centaines de millions en cotisations qu’ils doivent à l’organisme mondial !

Les neuf principes onusiens que doivent respecter les partenaires

1. Appuyer et respecter les droits humains à l’intérieur de leur sphère d’influence.

2. S’assurer qu’elles-mêmes ne sont pas complices d’abus contre les droits humains.

3. Reconnaître la liberté d’association et le droit à la négociation collective.

4. Éliminer toute forme de travail forcé ou coercitif.

5. Abolir le travail des enfants.

6. Éliminer toute discrimination à l’embauche et sur les lieux de travail.

7. Appuyer le principe de précaution en matière environnementale.

8. Mettre sur pied des initiatives pour promouvoir une plus grande responsabilité environnementale.

9. Encourager le développement et la diffusion de technologies respectueuses de l’environnement.

Les mauvaises pommes du baril

Haut-Commissariat aux réfugiés et Unocal 0

L’ancien haut-commissaire Sadako Ogata a co-parrainé deux rencontres du Forum des affaires humanitaires en compagnie de John Imle, président d’Unocal. Cette compagnie, partenaire de la junte militaire birmane dans le projet de construction du pipeline Yadana, bénéficie d’une main-d’œuvre forcée. Ses activités chassent des populations de leurs terres et valent à ceux qui résistent emprisonnement, torture et meurtre.

Unesco et Walt Disney 0

L’Unesco a permis à Disney d’utiliser son nom et son logo pour une cérémonie de remise de trophées aux « Jeunes rêveurs du millénaire » qui a eu lieu au printemps dernier, à Disneyland (Floride). Disney dont les films sont pleins de stéréotypes à caractère racial et sexuel, est la championne du « cheap labor » en Haïti.

PNUD et Chevron 0

La pétrolière Chevron finance un « Centre des affaires » au Kazakhstan dans le cadre d’un projet de « développement durable » du PNUD. Chevron s’est opposée à la convention de l’ONU sur le climat et le réchauffement global et provoque des dommages environnementaux au Texas, en Californie, en Indonésie et au Nigéria. Dans ce dernier pays, elle est poursuivie pour complicité de violations des droits humains.

UNAIDS et l’industrie pharmaceutique 0

UNAIDS (parrainé entre autres par l’Unicef et l’OMS) s’est associée à cinq géants pharmaceutiques (Bristol Myers Squibb, Glaxo Wellcom, Boehringer Ingelheim, Hoffman-LaRoche et Merck) pour officiellement faire baisser les prix des médicaments pour les Africains victimes du sida, prix que ces mêmes compagnies ont pourtant élevé à leur niveau actuel ! Mais des militants accusent ces compagnies de vouloir en réalité devancer les gouvernements africains et asiatiques pour s’emparer des brevets sur ces médicaments.

Pour le texte complet du rapport intitulé Tangle up in blue, voir le site web de Corporate Watch 0 (http0//www.corpwatch.org)

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