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Maison Rose et carré rouge
N° 322 - septembre 2013
Le Canada pointé du doigt par un tribunal populaire colombien
Tout est orchestré pour empêcher la syndicalisation
Maude Messier
La compagnie Pacific Rubiales Energy (PRE) a été condamnée pour violation de nombreux droits humains dans le cadre d’un Tribunal populaire sur les politiques extractives en Colombie, le 18 août dernier.

Violation du droit d’association syndicale, militarisation du champ pétrolier, violation des droits constitutionnels, des droits collectifs et non-respect des législations environnementales minimales ne sont que quelques-unes des accusations portées contre la pétrolière canadienne.

Une délégation canadienne et québécoise de 19 personnes, issues d’organisations sociales, syndicales et politiques, était sur place pour l’audience populaire destinée à l’examen des pratiques de PRE en juillet dernier.

Pour le député de Québec solidaire, Amir Khadir, membre de la délégation, l’implication et l’influence politiques indues de certaines entreprises multinationales et la complicité des gouvernements doivent être dénoncées.

Le député de Mercier a même tracé un parallèle, en conférence de presse, avec la tragédie de Lac-Mégantic. « Ce sont des situations différentes, mais des manifestations du même problème, au fond. Pour Lac-Mégantic, il faut placer les évènements dans un cadre de dérèglementation. Le gouvernement n’encadre pas les pratiques de ces compagnies, il les couvre. »

Était également présent à la conférence de presse, Alain Denault, l’auteur de Paradis sous terre et Noir Canada, un ouvrage retiré de la vente suite aux pressions judiciaires de la minière canadienne Barrick Gold. « On inscrit des sociétés extractives au Canada, peu importe d’où elles viennent et où elles opèrent. Le Canada est un paradis fiscal du domaine minier, c’est la Suisse ou le Libéria des sociétés extractives. »

L’auteur soutient que le gouvernement canadien offre des conditions facilitantes, à la fois financières, diplomatiques et législatives, pour ces compagnies. « Pour les avantages fiscaux, on est carrément dans une logique offshore » Quant à l’encadrement, le Canada ne possède aucun cadre règlementaire pour contrôler les activités des entreprises canadiennes à l’étranger.

« Le Canada a cédé sa souveraineté politique à un secteur qui doit pourtant être encadré parce que capable du pire. Il y a un lien à faire entre tous ces cas parce que ce système est l’œuvre du gouvernement canadien. »

Les membres de la délégation réclament donc que le gouvernement canadien prenne ses responsabilités à l’égard des travailleurs colombiens qui subissent les conséquences directes des pratiques déplorables de Pacific Rubiales Energy, une société canadienne, enregistrée à la Bourse de Toronto.

La sociologue Leila Celis, membre du Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC), indiquait que PRE est la plus importante pétrolière étrangère en Colombie et que la majorité des crimes et violations aux droits humains imputables au conflit armé colombien se concentrent dans les régions où il y a des investissements miniers et pétroliers étrangers. Elle fait valoir que le rôle des entreprises canadiennes est à remettre en question, spécialement celui de PRE.

Dans une entrevue accordée à l’aut’journal au printemps dernier, des dirigeants syndicaux colombiens de la Union Sindical Obrera (USO), syndicat pétrolier national, de passage à Montréal, témoignaient de la dangerosité de mener des activités syndicales et militantes, de même que du cas particulier de PRE.

Si intimidation et discrimination riment avec violence et répression armée en Colombie, la situation a atteint un point culminant avec l’assassinat, le 11 décembre dernier, de Milton Enrique Rivas Parra, syndicaliste et ouvrier pour une entreprise sous-contractante de Pacific Rubiales Energy.

Le département du Meta, dans la région de Puerto Gaitán, est une zone de haute intensité d’activités pétrolières. Quelque 14 000 travailleurs œuvrent pour l’une ou l’autre des entreprises sous-contractantes de PRE et vivent aux abords des installations, dans des habitations de misère. La ville de Puerto Gaitán a été happée par le «développement» de la région, désormais hautement sécurisée par l’armée, la police et les milices privées. 6 000 hommes armés veillent à la protection des installations des entreprises pétrolières.

Un conflit de travail, qui remonte à juin 2011, catalyse à la fois les manifestations et la mobilisation des travailleurs colombiens et la répression armée, les violences et l’intimidation. PRE refuse de reconnaitre la légitimité de la USO, qui a pourtant accrédité quelque 3 300 travailleurs, et nie le droit à la liberté d’association. Elle a fait fi à deux reprises d’ententes collectives avec la USO, brimant les travailleurs de leur droit à la négociation collective.

Guy Martin, de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), explique que les sympathisants de la USO sont ciblés, fichés sur une « liste noire », et qu’il leur est impossible de trouver du travail. C’est aussi ce que dénonçait Rodolfo Vecino, président de la USO, en parlant des travailleurs qui avaient choisi d’être représentés par le syndicat : « Tous ont été mis à pied depuis. Aujourd’hui, s’ils veulent travailler à nouveau dans l’industrie du pétrole, ils doivent renoncer à leurs droits syndicaux sur tout le territoire de la Colombie. »

C’est ainsi que ça se passe dans le Meta : les compagnies font la loi et l’ordre. « Un État dans l’État, expliquait-il alors. C’est une véritable catastrophe politique, économique, sociale et environnementale. C’est presque un camp de travail forcé. Les salaires sont plus bas qu’ailleurs, les conditions de travail, de santé et de sécurité sont déplorables. Le droit d’association et la liberté d’expression n’existent pas. »

C’est aussi ce qu’ont appris les membres de la délégation, lors de l’audience sur PRE. Guy Martin indique qu’en plus des conditions précaires de travail, tout est orchestré pour empêcher toute organisation ouvrière. Les contrats limités à 28 jours et la sous-traitance à la chaîne rendent les travailleurs vulnérables et peu enclins à dénoncer leurs conditions de travail.

Le Canada est le pays d’origine d’investissements miniers privés qui contrôlent les plus importantes réserves de pétrole de la Colombie. L’accord de libre-échange entre le Canada et la Colombie, en vigueur depuis 2011, devait notamment permettre de protéger la population colombienne des abus et des violations des droits humains. Sur le terrain, la situation est tout autre, selon le rapport des membres de la délégation canadienne et québécoise.

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