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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

Le Lac Saint-Jean prend la rue
Gabriel Sainte-Marie

La colère des sans-emploi déborde



Trois mille personnes, en grande majorité des travailleurs de la construction et des travailleurs forestiers, mais aussi des femmes et des enfants, ont marché quatre kilomètres dans les rues d’Alma au Lac Saint-Jean le 4 octobre dernier pour protester contre le régime d’assurance-chômage. À signaler que la manifestation était organisée par le comité de chômeurs du coin.

Deux mille cinq cents personnes dans les rues d’Alma, c’est l’équivalent d’au moins 50 000 personnes dans les rues de Montréal. Mais, pour tout reportage, le journal local, Le Quotidien, s’est limité à une photo en page 16 avec une vignette ! Une honte ! Une insulte à la population de la région !

Pour contourner ce boycottage médiatique, des membres du Comité des chômeurs sont venus manifester à Montréal le vendredi 6 octobre. L’aut’ journal a rencontré un de ses porte-parole 0 Bruno Lévesque.

Lévesque était sidéré par le traitement journalistique du Quotidien. « Ils ont mis un petit médaillon représentant trente personnes dans la page des décès, alors qu’on était plus de 2 500 personnes. » Pourtant, le journal ne pouvait invoquer la surprise. Une semaine plus tôt, trois mille personnes défilaient dans les rues de Chicoutimi pour la même raison.

De plus, les chômeurs ont fait en sorte que le ministre Cauchon ne puisse pas annoncer un investissement de 90 000 $. Bruno Lévesque raconte 0 « On était 90 personnes à lui crier0 “ Chez vous ! Chez vous ! Tu reviendras dans la région quand t’auras fait tes devoirs. ” »

Les chômeurs ont également empêché que se tienne la conférence de presse du député Harvey – celui que Chrétien appelle Tremblay – prévue pour annoncer qu’il virait capot et passait des conservateurs aux libéraux.

Vendu, Le Quotidien est à vendre

D’ailleurs, certains soupçonnent un lien entre cet événement et la piètre couverture de la manifestation d’Alma par Le Quotidien.

D’autre part, Le Quotidien, propriété de Conrad Black, est à vendre et l’acquéreur probable est Paul Desmarais. Les liens de ce dernier avec le Parti libéral sont bien connus (le fils Desmarais a marié la fille de Jean Chrétien). La question se pose alors 0 la direction du Quotidien veut-elles trouver grâce aux yeux de Desmarais afin de pouvoir conserver ses postes ? Minimiser tout ce qui pourrait nuire aux chances de réélection du nouveau candidat libéral, le député André Harvey, irait en ce sens.

La colère des sans-emploi

Parties de la Gaspésie, pour s’étendre ensuite à la Côte-Nord, à Charlevoix et maintenant au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les manifestations des sans-emploi trouvent leur source dans le nouveau zonage défini par le gouvernement. Par exemple, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, des travailleurs œuvrant dans un autre secteur que celui délimité par la zone Chicoutimi – La Baie – Jonquière, voient le nombre d’heures nécessaires pour se qualifier au régime passer de 420 à 525 heures de travail. Plusieurs travailleurs de la construction et salariés saisonniers se verront ainsi privés des prestations d’assurance-emploi.

En fait, la colère est profonde parce que seulement quatre chômeurs sur 10 ont maintenant droit à l’assurance-chômage. Une colère d’autant plus justifiée que le ministre des Finances Paul Martin se vante de s’être accaparé des surplus de 30 milliards $ de la Caisse de l’assurance-emploi.

C’est du vol qualifié, car le régime fonctionnant sur le principe de l’assurance, les surplus devraient servir à augmenter les prestations. D’ailleurs, le mouvement des chômeurs place au sommet de sa liste de revendications l’établissement d’une commission autonome chargée de gérer le régime.

De plus, le mouvement réclame de ramener le taux de prestation à 60 % du salaire, de revenir aux critères d’admissibilité de 1996 et que le nombre d’heures nécessaires pour se qualifier soit le même partout.

« Le peuple n’est solidaire que lorsque confronté aux difficultés, comme lors du déluge au Saguenay ou du verglas », nous dit Bruno Lévesque. « Dans deux ans, on va être solidaires, parce qu’il va y avoir pas mal de monde dans la misère. C’est le gouvernement qui fabrique les révolutionnaires et c’est vers ça qu’on s’en va ! », nous a-t-il déclaré.

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