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Pas de souveraineté alimentaire sans l'indépendance - Jean Garon
N° 320 - juin 2013
Des négociations à l’américaine à l’usine Silicium : C’est ça ou rien !
Le piquetage à Bécancour, la direction à New York
Maude Messier
145 travailleurs de l’usine Silicium, à Bécancour, sont en lock-out depuis le vendredi 3 mai dernier. L’employeur a déclenché le conflit de travail à 3 heures du matin.

« Ce n’est pas une surprise, on se demandait juste quand ça allait arriver », de déclarer en entrevue René Gauthier, représentant national du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCEP-FTQ) affecté au dossier. Les lock-outés sont membres de la section locale 184 du SCEP.

M. Gauthier affirme que l’employeur a toujours été clair sur ses intentions, à défaut d’arriver à une entente négociée avant l’échéance de la convention collective.

« Ils négocient à l’américaine. Avec eux, c’est no contract, no work. On ne connaissait pas ça ici. Il n’y a jamais eu de conflit de travail avant à l’usine Silicium. »

L’usine de Bécancour a été achetée en juin 2012 par l’entreprise états-unienne Globe Specialty Metals, l’un des plus importants producteurs de silicium au monde. Pour René Gauthier, le changement de propriétaire a aussi marqué un changement des pratiques en matière de relations de travail.

« On a eu quatre ou cinq rencontres au début. Ça avançait bien, on avait réglé des clauses. Puis, il y a eu un avocat au dossier, la partie patronale a demandé la conciliation. On a clairement senti la pression pour conclure tout ça avant, l’échéance de la convention, le 30 avril à minuit. Les menaces étaient là, ce serait un conflit automatique, s’il n’y avait pas d’entente. »

Le représentant syndical explique que le dernier dépôt patronal était final et global. En d’autres mots, « c’est ça ou rien ».

Selon le SCEP, l’employeur est en demande sur plusieurs aspects de la convention, réclamant des concessions majeures aux employés. Une diminution des salaires de l’ordre de 20 %, la prime salariale pour le dimanche passant de 6 $ l’heure à 2,50 $, l’élargissement de la sous-traitance dans l’usine, la terminaison du régime de retraite à prestations déterminées, la diminution de la contribution de l’employeur aux assurances de 50 % et la coupure complète des assurances pour les retraités.

« C’était non négociable. En fait, la volonté de l’employeur, c’est de ramener la proportion des coûts de main-d’œuvre à la tonne à 44,5 %. Présentement, on est à 51 %. Il faut trouver où couper ailleurs, en plus. »

Pourtant, le SCEP fait valoir que l’usine de Bécancour est rentable. Pour René Gauthier, l’explication tient en partie au fait qu’on trouve également sur le marché canadien du silicium en provenance des États-Unis et de la Chine.

« La Chine fait du dumping au Canada. Ce qui signifie qu’ils le vendent moins cher que ça leur coûte pour le produire. On ne peut pas rivaliser avec eux, c’est insensé. » Mais c’est surtout l’influence des États-Unis qui fait mal, selon le représentant syndical, alors que Globe Specialty Metals chercherait à uniformiser les conditions de travail de l’ensemble de ses installations.

« Globe a racheté aux États-Unis des usines qui étaient fermées. Certaines depuis deux ans. Ils arrivent là en sauveurs, parce qu’ils créent des emplois, mais avec de basses conditions de travail, qui ne reflètent pas les prix du marché. Nous, on est pris avec cette pression à la baisse sur nos conditions de travail. On se retrouve avec un lock-out sauvage. »

Un avis que partage le président du syndicat local, Jean Simoneau. « Depuis que Globe est propriétaire, ils nous parlent des coûts de la main-d’œuvre. Mais ils sont satisfaits de la production de notre usine, nous atteignons les objectifs, et même nous les dépassons. »

Rappelons que, voyant se dessiner de plus en plus clairement un conflit de travail, les syndiqués ont voté à 99 %, il y a environ deux semaines, en faveur d’un mandat de grève à exercer au moment jugé opportun. Mais le lock-out aura été décrété avant même qu’ils n’exercent des moyens de pression.

M. Simoneau soutient que le syndicat est entièrement disposé à poursuivre les négociations. « On veut négocier, mais nous n’avons aucun contact avec l’employeur. Les décisions se prennent à New York, il n’y a personne en autorité à Bécancour. Les lignes de piquetage sont là en permanence, mais la direction ne nous voit pas. »

La rencontre de conciliation prévue le 10 mai dernier n’a pas eu lieu, faute d’avoir une ouverture suffisante pour poursuivre les négociations. D’autres dates sont prévues à l’agenda en mai et en juin.

Le dirigeant syndical se dit tout de même confiant. « Même s’ils peuvent pallier le conflit avec la production des usines américaines à proximité, l’usine de Bécancour a tout de même des avantages : les infrastructures et la machinerie, nous sommes dans un parc industriel à proximité du fleuve, sans compter les tarifs d’hydro-électricité avantageux. »

Pour Jean Simoneau, la culture des relations de travail est sans contredit un facteur important dans le conflit. « Ils ne sont pas familiers du tout avec les relations de travail au Québec. Ils semblent dépassés. Le pire, c’est que la majorité des membres avaient une opinion somme toute positive de Global avant les négociations. »

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