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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

Les typographes de The Gazette ont gain de cause en Cour suprême après une bataille qui a duré sept ans
Jacques Larue-Langlois

Une victoire qu’on a pris soin de taire



Dans une décision majeure rendue publique à la mi-octobre et dont les grands médias n’ont pas cru bon de se faire l’écho, la Cour suprême du Canada a donné raison aux typographes du quotidien montréalais The Gazette, privés de travail depuis sept ans et que le journal devra réembaucher.

Le tribunal maintenait ainsi la décision de deux instances inférieures en refusant d’entendre l’appel de l’employeur qui contestait des sentences arbitrales rendues en faveur des syndiqués, en 1996 et en 1997. « Il s’agit d’une grande victoire pour ces travailleurs, sans emploi depuis le 17 mai 1993 », a déclaré Michel Handfield, président de la section locale 145 du Syndicat des communications, de l’énergie et du papier, affilié à la FTQ (près d’un demi-million de membres).

Victoire historique, pourrait-on ajouter, du plus vieux syndicat en Amérique, fondé en 1870. Les syndiqués ont maintenu les lignes de piquetage de façon quasi continue pendant sept ans en plus de participer à des centaines d’autres manifestations destinées à cimenter leur solidarité et à publiciser le conflit. Ils sont parvenus à tenir tête à un patron méprisant grâce à ce puissant syndicat, qui a pu verser des indemnités de subsistance à ses membres pendant tout ce temps.

Le journal, partie de la chaîne Southam News, contrôlée par le groupe Hollinger, propriété du nabab exploiteur Conrad Black, n’a pas cessé d’afficher des profits faramineux dépassant les dizaines de millions de dollars par année, depuis le lockout qui affectait les 63 typographes à son emploi, en 1993. La partie patronale invoquait alors les progrès technologiques lui permettant de se dispenser de ces ouvriers spécialisés dont le salaire moyen se situait alors autour de 55 000 $ par année.

Pour épargner 22 millions de dollars en salaires (55 000 x 57 typographes x 7 ans) ce qui constitue moins d’un tiers des profits nets réalisés par l’entreprise au cours de la seule année 1994, The Gazette a embauché du nouveau personnel, à des conditions de travail et de salaire réduites de moitié, violant la garantie de sécurité d’emploi prévue à la convention collective signée avec ses employés. Ce document, signé en 1982 alors que le journal employait quelque 200 typographes, assure « un emploi régulier à temps plein dans la salle de composition, jusqu’à l’âge de 65 ans ».

Des 63 lockoutés initiaux, dont l’âge moyen était de 57 ans en 1993, au moment où a éclaté le conflit, 52 ont pris leur retraite ou accepté des plans de compensation concoctés par l’employeur. Quant aux onze qui ont tenu le coup durant ces années, le journal devra, par suite de cette décision, les réintégrer dans leurs fonctions et respecter la garantie d’emploi, ou les dédommager entièrement pour les pertes de revenu subies par suite du conflit.

Cette lutte des typographes montréalais constitue une bataille exemplaire et son issue aura nécessairement des effets d’entraînement sur la sécurité d’emploi de plus de 2 000 autres typographes et salariés de journaux, au Québec et au Canada. On peut imaginer que les discussions devant mener à une entente finale dureront quelques semaines encore et que le richissime patron devra se faire tirer l’oreille pour accepter de se soumettre à une décision pourtant irrévocable du plus haut tribunal du pays.

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