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PKP : L’aberration fait son entrée dans la gouvernance souverainiste
N° 319 - mai 2013
Les conservateurs ont la formule Rand dans leur mire
1 500 syndicalistes discutent d’action politique à Toronto
Sylvain Martin*
Au cours du mois d’avril, j’ai assisté à la présentation d’un rapport sur une conférence organisée par le Congrès du travail du Canada (CTC) les 22, 23 et 24 mars derniers à Toronto, sur l’action politique.

Plus de 1500 syndicalistes de tout le Canada y participaient. En provenance du Québec, il y avait, en plus des syndicats membres de la FTQ affiliés au CTC, des représentants de la CSN, de la CSQ et de la CSD.

Qu’autant de syndicalistes se déplacent jusqu’à Toronto et participent pendant trois jours à une Conférence sur l’action politique n’est évidemment pas étranger aux menaces que le gouvernement Harper fait peser sur les droits des travailleurs et le mouvement syndical.

Après la réforme de l’assurance-emploi, les lois spéciales imposées aux travailleurs relevant du Code canadien du travail, la loi C-377 sur la « transparence syndicale », différents indices laissent croire que les conservateurs ont dans leur mire la formule Rand.

Cette menace est même une possibilité bien concrète pour nos collègues de l’Ontario. Le chef du Parti conservateur ontarien, Tim Hudak, promet de l’abolir s’il est porté au pouvoir lors des élections qui doivent se tenir prochainement. Hudak veut transformer l’Ontario en « Right to Work State », imitant ainsi le Michigan et les États du sud des États-Unis.

Dans ce contexte, que 1500 syndicalistes se rassemblent pour discuter, débattre et écouter des discours sur l’action politique est une nouvelle rafraîchissante.

Le thème des discours et des ateliers avait aussi de quoi réjouir. On a traité de sujets comme : « À quoi ressemble la vie des militantes et militants et des membres dans le contexte des lois du droit du travail », ou encore « Établir des stratégies et des tactiques pour rétablir les liens avec nos membres et les inciter à s’engager afin de bâtir des syndicats forts ».

Mais le plus intéressant, selon moi, est le rapport présenté concernant l’expérience australienne.

Rappelons d’abord les faits. Lorsque, en 1996, les travaillistes sont chassés du pouvoir et que le gouvernement libéral de John Howard est élu, le taux de syndicalisation est de 31 %. Howard est réélu en 1998, 2002 et 2004. Lors de sa réélection en 2004, le taux de syndicalisation n’est plus que de 22 % !

Entre 1996 et 2004, il modifie les conditions de la reconnaissance syndicale, remanie les règles de la conciliation et de l’arbitrage et instaure le « contrat de travail australien », une forme de contrat individuel pouvant l’emporter sur les conventions collectives.

Après son élection à la tête d’un gouvernement majoritaire en 2004, Howard fait adopter, sous l’étiquette WorkChoices (choix au travail), des lois qui, entre autres, interdisent la retenue à la source des cotisations syndicales.

Dans un cahier remis aux participants à la conférence de Toronto, on relate la forme et les caractéristiques de la riposte syndicale.

On y apprend que le Conseil australien des syndicats (ACTU), l’équivalent du CTC, a procédé à de vastes enquêtes afin de savoir comment gagner l’appui de l’électorat. Le résultat en a étonné plusieurs. Il fallait non pas mettre l’accent sur le libre choix, la productivité de l’économie ou la défense des syndicats, mais il fallait plutôt axer la campagne sur les droits des gens. Les syndicats ont donc lancé, en avril 2005, une vaste campagne sous le thème « Vos droits au travail », visant à faire abroger les lois WorkChoices du gouvernement.

Les messages de la campagne étaient axés sur les droits des travailleurs et des travailleuses et les besoins des familles ouvrières et non pas sur les répercussions de WorkChoices sur les syndicats.

Je n’entrerai pas dans les détails de la campagne menée par les syndicats australiens (budget, publicités, journées d’action, soutien de personnalités religieuses, d’artistes), mais je tiens à souligner qu’ils n’ont pas, dans un premier temps, donné des mots d’ordre pour qui voter.

Ils ont d’abord cherché à politiser leurs membres en leur faisant prendre conscience que, comme travailleurs, ils avaient des droits et pas seulement des obligations, que c’était possible de provoquer des changements en élisant des personnes qui avaient les mêmes valeurs que les travailleurs.

Une fois cette campagne de sensibilisation et politisation en marche, ils ont ciblé 24 circonscriptions « girouettes » où il était possible d’entrevoir une défaite des candidats du Parti libéral de Howard. Ils ont libéré des organisateurs à plein temps qui ont mobilisé les travailleurs, leurs familles, les retraités et les jeunes.

Aux élections de novembre 2007, les libéraux ont été défaits et John Howard a même perdu son siège. Tous les sondages ont indiqué un rejet, par la majorité de l’électorat, du programme WorkChoices du gouvernement et que les relations de travail avaient été le thème dominant de la campagne électorale.

J’ai l’impression, lorsque je regarde la situation politique, que nous nous apprêtons à jouer dans le même film que les syndicats et les travailleurs australiens au tournant des années 2000. À cette différence près que nous pouvons apprendre de l’expérience australienne.

La conférence organisée par le CTC sur l’action politique, la mobilisation autour de la réforme de l’assurance-emploi, le discours que j’entends de plus en plus concernant la nécessité de politiser les travailleurs, tout cela me semble de bon augure.

Je dis souvent que je suis un éternel optimiste et que je fais confiance aux travailleurs, que nous représentons, pour leur bon sens.

À nous, comme dirigeants d’organisations syndicales, d’assumer notre rôle de leader et de poser les actions nécessaires à un renversement de la situation.

À mon avis, il faut être fier d’être syndicaliste, ne pas avoir peur de parler d’action politique avec nos membres, être les artisans du changement, et faire en sorte que les attaques de Harper et de son gouvernement contre les travailleurs soient la cause de sa perte.

*L’auteur est directeur québécois des TCA-Québec

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