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Le non-sens des villes à statut bilingue
N° 318 - avril 2013
La FIQ dénonce la mauvaise gestion et le gaspillage du réseau de la santé
La dispensation et la qualité des soins écopent
Maude Messier
La directrice des soins infirmiers jouait un rôle majeur. Ses recommandations auparavant étaient écoutées. Désormais, elle est confinée à un rôle conseil. C’est la finance qui a le rôle décisionnel central », déclare Régine Laurent, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui soutient que ce glissement dans les pratiques de gestion est à l’origine de bien des maux dans le réseau de la santé.

Dans une entrevue accordée à l’aut’journal, elle déplore que, depuis la création des centres de santé et de services sociaux (CSSS), l’organigramme du réseau a changé, faisant en sorte que « nos vis-à-vis dans les établissements, ce sont maintenant les gens de la finance, pas la direction des soins infirmiers ou la direction des ressources humaines. Et ces gens-là parlent un langage financier, ils ne comprennent pas l’organisation du travail ».

Mme Laurent affirme, par exemple, avoir eu connaissance d’un projet de réorganisation, mené en collaboration avec une firme privée, de pratiques de travail dans une salle d’opération sans que ne soit consultée la direction des soins infirmiers, responsable de la dispensation, de l’organisation des soins infirmiers et du respect des pratiques professionnelles, en conformité, notamment, avec les codes de déontologie.

« Nous avons dû, comme organisation syndicale, faire des représentations pour remédier à ça. Imaginez, ces gens-là ont déjà questionné le fait qu’on consulte, à plusieurs reprises, le bracelet d’identification médicale sur le bras d’un patient. Pour eux, c’est une perte de temps ! »

Difficile dans ces conditions, indique-t-elle, de faire comprendre que c’est l’organisation du travail et la structure des postes qui posent problème. « Personne ne veut vraiment travailler à temps partiel, avec un statut précaire. Il faut cesser d’ouvrir des postes à deux jours par semaine. Il faut plutôt organiser le travail pour offrir des conditions de travail qui favorisent la rétention. Certaines professionnelles, comme les infirmières auxiliaires, sont mal ou sous utilisées. En fait, sur le terrain, tout semble être mis en place pour justifier le recours à la main-d’œuvre indépendante. »

Avant les dernières négociations du secteur public, la FIQ avait entrepris de documenter le recours à la main-d’œuvre indépendante et la part grandissante de l’argent public qui finance des entreprises privées de placement de personnel en soins infirmiers.

Le syndicat a réalisé une importante compilation à partir des données publiées dans l’annexe C des budgets des établissements de santé, où sont notamment ventilés les différents postes budgétaires et les dépenses reliées à la main-d’œuvre indépendante.

« Eh bien ! le ministère [ de la Santé, sous le gouvernement libéral ] a accepté que l’annexe C ne fasse plus partie du budget. Autrement dit, pour avoir accès à ces données, il faudra désormais faire une demande d’accès à l’information et ce, pour chaque établissement de santé au Québec. »

La campagne de la FIQ avait mené à la conclusion d’une entente, lors des dernières négociations, en vertu de laquelle le gouvernement s’engageait à réduire de 40 % l’utilisation du personnel d’agences pour la durée de la convention.

« Nous n’atteindrons pas cet objectif. Il y a deux ans d’écoulés et nous sommes en deçà de 12 % de réduction ! Pire, il y a des endroits où il n’y avait pas de main-d’œuvre indépendante, mais où on en trouve maintenant ! Malgré la circulaire du gouvernement ! »

La circulaire est un rappel, émis par le ministère de la Santé, des politiques gouvernementales concernant le personnel des agences, destiné aux directions des établissements de santé, faisant suite aux alertes de la FIQ adressées au ministère.

« Il n’y a personne d’imputable ! C’est, entre autres, ça le problème. On négocie une entente avec le gouvernement et les établissements ne la respectent pas. Pire, il y a même des établissements qui disent ouvertement qu’ils n’en ont rien à faire de la circulaire du gouvernement. Et il n’y a pas de suivi du ministère, pas de contraintes. »

Après avoir mené de multiples campagnes auprès de toutes les instances concernées, incluant les directions générales, les conseils d’établissements et le ministère de la Santé, pour dénoncer le recours accru à la main-d’œuvre indépendante, les projets d’optimisation menés par des firmes conseils privées (Proaction et Fujitsu), les structures de postes et les pratiques d’organisation du travail déficientes, la FIQ passe à une autre étape.

« On a décidé de parler le même langage qu’eux, celui de l’argent. »

Réunies en conseil fédéral à la mi-mars à Montréal, les déléguées de la FIQ ont adopté un plan d’action qui vise à dénoncer la mauvaise gestion et le gaspillage de fonds publics dans le réseau de la santé.

Le coup d’envoi a été une manifestation, le 21 mars dernier, de quelque 600 professionnelles en soins devant le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), où un plan de compressions budgétaires de 50 millions $ a été annoncé.

« Le CUSM est un bel exemple des problèmes de gestion. Pas moyen de savoir comment seront effectuées les compressions. On ne sait rien. Pire encore, ils ont répondu aux demandes du syndicat local en l’invitant à déposer une requête d’accès à l’information pour connaître les postes touchés par des coupures ! »

Mme Laurent confirme que le ministre Hébert est à l’écoute des récriminations de la FIQ et qu’il est bien au fait des problématiques soulevées par l’organisation. « Nous avons l’oreille du ministre Hébert, mais les résultats sur le terrain ne sont pas là. Les déléguées ont donc décidé que c’était assez. La population doit savoir que tous sont affectés par la mauvaise gestion de l’argent public, parce que c’est la dispensation et la qualité des soins qui écopent, en bout de ligne. »

D’autres établissements de santé feront l’objet de dénonciations sur la place publique au cours des prochaines semaines. « Ils n’auront pas le choix de répondre au public. Si le ministre veut prouver ce qu’il nous dit, il va devoir serrer la vis. Parce qu’actuellement, il n’y a rien qui se passe sur le terrain et la situation continue de se détériorer. »

Pendant que le gouvernement péquiste cherche à atteindre le déficit zéro et demande à tous de faire leur part, les gestionnaires du réseau de la santé dépensent des millions de dollars en octroyant des contrats à des firmes privées pour effectuer des projets d’optimisation qui minent la qualité des soins dispensés, fragilisent les équipes de travail dans les établissements, perturbent au plus haut point les relations de travail déjà difficiles, et exaspèrent les professionnelles en soins.

Régine Laurent rappelle que des solutions aux différents problèmes sont à portée de main. « Tout est une question de gestion, justement », conclut-elle.

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