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Le non-sens des villes à statut bilingue
N° 318 - avril 2013
Paul Rose 1943-2013
Un traitement ordurier de Patrick Lagacé et Chapleau
Pierre Dubuc
Dans L’alouette en colère, Félix Leclerc chante J’ai un fils enragé. La journaliste Marion Scott du journal The Gazette a fait le lien entre ce chef d’œuvre et Paul Rose. Dans son article, paru le 14 mars, elle cite même, pour rendre compte du combat de Paul Rose et des felquistes, ces vers de la chanson : J’ai un fils dépouillé / Comme le fut son père / Porteur d’eau, scieur de bois / Locataire et chômeur / Dans son propre pays.

Révolutionnaire ou vulgaire terroriste ?, telle serait la question, nous dit Patrick Lagacé dans sa chronique parue dans La Presse du 15 mars.

Pendant que Lagacé et Chapleau, dans son ignoble caricature du 16 mars, faisaient le choix de « vulgaire terroriste », le Globe and Mail exprimait son respect pour le parcours politique de Paul Rose, sans évidemment l’endosser, en titrant la pleine page qui lui est consacrée dans son édition du 15 mars : « FLQ leader was a separatist to the end. Imprisoned 13 years for Pierre Laporte murder, he renounced violence, but not revolution » (Le leader du FLQ est demeuré un séparatiste jusqu’à la fin. Emprisonné 13 ans pour le meurtre de Pierre Laporte, il a renoncé à la violence, mais non à la révolution.)

Aussi incroyable que cela puisse paraître les meilleurs articles commentant le décès de Paul Rose, mis à part celui de Jean-François Nadeau dans Le Devoir, sont ceux de The Gazette et du Globe and Mail.

Après avoir rappelé que les autres membres du FLQ se sont à toutes fins utiles retirés de la politique, le Globe and Mail, tout comme The Gazette d’ailleurs, rappellent l’implication de Paul Rose à l’aut’journal, à la CSN et sur la scène politique avec le Parti de la Démocratie socialiste.

Marion Scott rend compte du fait que plus de 400 personnalités publiques avaient signé une pétition, publiée dans Le Devoir en 1978, qui réclamait la libération des prisonniers politiques du FLQ, y compris Paul Rose.

Au nombre de ces personnalités, Marion Scott cite Yvon Deschamps, Paul Piché, Michel Rivard, Richard et Marie-Claire Séguin et Gilles Vigneault, qui ont tous participé à un spectacle-bénéficie pour cette cause. Jean-François Nadeau rappelle également cet événement.

Alors que le public anglophone a droit à ces comptes rendus honnêtes, les lecteurs de La Presse se font servir la salade dégoûtante de Patrick Lagacé.

Lagacé compare l’action du FLQ à celle des « barbus salafistes », du Sentier Lumineux et de la Fraction armée rouge, évacuant toute référence à notre lutte de libération nationale et il se réfugie, pour son interprétation finale, derrière une déclaration de René Lévesque, sortie de son contexte, condamnant l’action du FLQ.

À l’époque, Lévesque n’avait pas le choix. Il voyait bien que le fédéral, à la faveur de la Loi des Mesures de guerre, planifiait d’utiliser les événements d’Octobre pour détruire le Parti Québécois.

Mais, par la suite, il s’est avéré que la Crise d’Octobre a été un facteur important de la politisation de la population québécoise. Par exemple, c’est à partir, et à cause de la Crise d’Octobre que Félix Leclerc s’est radicalisé, a cessé de chanter les p’tits oiseaux sur le bord d’un ruisseau, et a écrit dans L’alouette en colère :

Mon fils est en prison / Et moi je sens en moi / Dans le tréfonds de moi / Pour la première fois / Malgré moi, malgré moi / Entre la chair et l’os / S’installer la colère

La Crise d’Octobre a donné d’autres chefs d’œuvre comme Le Tour de l’île de Félix ou Octobre de Claude Gauthier, mais surtout, au plan politique, la victoire du Parti Québécois en 1976.

Un des plus grands regrets de Paul Rose aura été de ne pas avoir eu la chance de rencontrer Félix Leclerc après sa sortie de prison. À la mort de ce dernier, Paul s’est rendu à l’île d’Orléans déposer une rose dans sa boîte aux lettres en bordure du chemin. Pour lui rendre hommage, il a donné à son fils le prénom de Félix.

Ayant été mandaté par la famille de Paul Rose pour m’occuper des relations de presse suite à son décès, j’ai pu apprécier l’extraordinaire intérêt que l’événement suscitait, mais également la différence d’attitude à l’égard du personnage, selon les médias.

Tous les journalistes de TVA, de LCN, du Journal de Montréal, avec lesquels j’ai été en contact, m’ont prié de transmettre leurs plus sincères condoléances à la famille. Ce fut le cas également d’une journaliste du Soleil. Rien de tel cependant, chez les journalistes de La Presse et de Radio-Canada.

Des chroniqueurs et caricaturistes comme Lagacé ou Chapleau posent en « gauchistes » à l’occasion, pour asseoir leur crédibilité auprès d’un certain public aux sensibilités de gauche. Mais, dès que la question nationale est en jeu, ils redeviennent les chiens de garde des intérêts de leur patron, l’empire Desmarais. En bons molosses bien dressés, ils ne mordront jamais la main qui les nourrit.

Mais, puisque Lagacé veut parler de « terroristes », relevons le défi. Nous pourrions d’abord lui souligner que d’autres pays ont une appréciation différente des « terroristes ». Deux anciens « terroristes » des années 1960 sont à la tête du Brésil et de l’Uruguay.

En Uruguay, le président est Jose « Pepe » Mujica, l’ancien guérillero des Tupamaros, dont s’inspirait le FLQ. Comme Paul Rose, il a passé 13 ans en prison, dont deux au fonds d’un puits, et a été torturé.

Au Brésil, le pays le plus important d’Amérique latine, la présidente Dilma Roussef a été membre du mouvement de libération nationale VAR-Palmares, ce qui lui a valu trois ans de prison et d’être torturée.

Mais, comme les médias québécois ne s’intéressent pas à l’Amérique latine, référons-nous plutôt à l’Irlande.

D’ailleurs, le Globe and Mail cite à cet égard Paul Rose : « Le nationalisme québécois, j’ai le regret de le dire, est un nationalisme de libération. Le peuple québécois est un peuple, dont on nie l’existence, et qui cherche sa place au soleil, tout comme la Palestine et l’Irlande ».

L’Irlande, d’où venaient ses ancêtres Rose, a toujours été une source d’inspiration pour Paul Rose. En prison, il a fait une grève de la faim en appui à la grève de la faim de Bobby Sands.

Bobby Sands, un républicain irlandais membre de l’IRA provisoire, est décédé en prison au terme d’une grève de la faim de 66 jours. Au cours de cette période, il avait été élu député à Westminster. Sa mort a été à l’origine d’émeutes en Irlande du Nord et d’une manifestation rassemblant plus de 10 000 personnes. Margaret Thatcher a commenté sa mort par des propos similaires à ceux de Lagacé à l’égard de Paul Rose. « Bobby Sands est un criminel », a-t-elle déclaré.

Lors d’une visite à Montréal, Gerry Adams, le chef du Sinn Féin, considéré comme le bras politique de l’IRA provisoire, a remercié publiquement Paul Rose, lors d’une conférence de presse, pour son geste de soutien à Bobby Sands. À l’occasion d’une autre visite à Montréal, Gerry Adams a tenu à s’entretenir une nouvelle fois avec Paul Rose.

L’été dernier, Paul Rose s’est rendu en Irlande avec son fils Félix. Ce fut son seul voyage en Europe. Il a été alors pris en charge par des militants du Sinn Féin et il a eu l’honneur d’être invité dans un pub privé, où seuls sont admis les révolutionnaires irlandais qui ont fait de la prison pour la cause.

Avec une fierté bien légitime, Paul était heureux de nous raconter qu’il fut reçu avec les plus grands hommages par ses camarades irlandais.

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