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Le non-sens des villes à statut bilingue
N° 318 - avril 2013
Un prélèvement de 355 millions $ dans les économies des travailleurs
Un budget conservateur anti-Québec et anti-travailleurs
Sylvain Martin*
J’écoutais le ministre Denis Paradis justifier la suppression des 15 % de déduction fiscale supplémentaires accordée aux fonds des travailleurs au nom de la « neutralité fiscale ».

« Le Fonds de solidarité de la FTQ et le Fondaction de la CSN ont bénéficié de cet avantage fiscal pour amasser des actifs de 10 milliards $, c’est assez ! », disait-il en substance.

Parler de « neutralité fiscale » en mettant les 8,8 milliards de $ du Fonds de la FTQ et le milliard de $ du Fondaction sur le même pied que les actifs des banques canadiennes, c’est de la fraude intellectuelle.

Faut-il rappeler que les actifs de la seule Banque Royale sont de 360 milliards de $ et respectivement de 288, 287, 284 et 239 milliards de $ pour les Banques TD, CIBC, Scotia et de Montréal !

Le Fonds de solidarité a été créé lors de la crise économique du début des années 1980 pour fournir du capital de risques aux PME du Québec parce que les grandes banques canadiennes ne voulaient pas leur prêter. C’est toujours le cas, et rien ne nous fera croire qu’elles changeront d’attitude, surtout avec la perspective d’un ralentissement économique qui nous pend au bout du nez.

Depuis sa création, le Fonds de solidarité de la FTQ a permis de créer, de maintenir ou de sauvegarder près de 170 000 emplois tout en injectant près de 6 milliards de $ dans notre économie, depuis 1990.

Il a aussi permis à ses 600 000 actionnaires de contrôler une partie de leurs épargnes et de bénéficier de crédits d’impôt plus importants. Ça veut dire une plus grande accessibilité aux REER pour les travailleurs et plus d’argent pour leur retraite. D’ailleurs, plus de 200 000 travailleurs du Québec ont comme seul véhicule de retraite le Fonds de solidarité de la FTQ.

Avec l’abolition de cette mesure, le gouvernement Harper compte prélever dans nos économies et dans les économies des travailleurs, 15 millions de $ l’an prochain et 65, 115 et 160 millions de $ au cours des années suivantes, pour un total de 355 millions de $. Ce n’est pas rien !

Depuis 1997, le Québec avait récupéré d’Ottawa la formation de la main-d’œuvre. En fait, il serait plus juste de dire : croyait avoir récupéré.

Car le gouvernement Harper veut renégocier l’entente qui vient à échéance l’an prochain pour modifier complètement le programme. Il propose ni plus ni moins que de privatiser la formation de la main-d’œuvre.

Selon le plan proposé, un travailleur devra trouver un employeur prêt à débourser 5 000 $ pour sa formation, un montant qui sera complété par 5 000 $ du fédéral et 5 000 $ de Québec. L’objectif, nous dit le ministre Paradis, est de répondre aux besoins des entreprises.

Il faut mettre cette réforme majeure de la formation de la main-d’œuvre en lien avec les modifications apportées à l’assurance-emploi.

Pour donner une idée des effets escomptés de la réforme de l’assurance-emploi, Ottawa prévoit des surplus de la caisse de l’assurance-emploi de 3,6 milliards de $ en 2013-2014, 4,6 milliards de $ en 2014-2015 et 5,5 milliards de $ en 2015-2016.

Des surplus qu’il utilisera pour réduire son déficit, même s’il ne contribue d’aucune façon à la caisse. Elle est constituée uniquement à partir des cotisations des employeurs et des travailleurs.

Réforme de la formation de la main-d’ouvre, réforme de l’assurance-emploi, tout est mis en œuvre pour faire pression à la baisse sur les salaires des travailleurs québécois et canadiens et des travailleurs appauvris qui deviennent une main-d’œuvre docile, de la musique aux oreilles de nos bons patrons.

Le budget prévoit une hausse des dépenses d’à peine 0,8 %, soit beaucoup moins que la hausse de l’indice du coût de la vie. Cela signifie des compressions budgétaires importantes, d’autant plus que le gouvernement vise à éliminer son déficit pour atteindre le déficit zéro.

Le ministre des Finances Jim Flaherty n’a pas caché la cible de ces compressions : la fonction publique fédérale.

Non seulement veut-il poursuivre son plan qui visait à supprimer 19 200 emplois d’ici 2015 dans la fonction publique, mais il indique qu’il veut négocier avec les syndicats de nouvelles mesures de « gains d’efficience » pour s’assurer que la rémunération dans la fonction publique est « raisonnable et abordable » et qu’elle est « semblable à celle offerte par d’autres employeurs des secteurs privés et publics ».

Après les abolitions de postes, le gouvernement Harper a désormais dans sa mire les relations de travail, la gestion de l’invalidité, les congés de maladie des employés et les avantages sociaux des pensionnés de la fonction publique.

Le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a parfaitement raison lorsqu’il parle d’une « attaque frontale contre le Québec » et d’une entreprise de « sabotage économique ».

Surtout, qu’au même moment, le budget fédéral prévoit près d’un milliard de $ pour l’économie du sud de l’Ontario.

Tant mieux si les travailleurs de l’Ontario peuvent en profiter, mais il devient de plus en plus évident que les travailleurs québécois écopent doublement des politiques fédérales. D’abord, en tant que travailleurs, mais également en tant que Québécois.

Avec la réforme proposée de la formation de la main-d’œuvre, on voit également ce que valent les fameuses « ententes administratives » entre Québec et Ottawa, tant vantées par les libéraux et les caquistes comme substituts à des réformes constitutionnelles.

Le budget fédéral est une nouvelle preuve de la marginalisation du Québec au sein du Canada. Harper sait qu’il peut être reporté au pouvoir à la tête d’un gouvernement majoritaire sans le Québec, à la condition de dorloter sa principale base électorale : le sud de l’Ontario.

Cela est d’autant plus vrai que la refonte de la carte électorale fédérale prévoit l’ajout de 27 nouvelles circonscriptions au Canada anglais et seulement trois au Québec.

Un gouvernement majoritaire sans le Québec, c’est maintenant dans l’ordre des choses. À nous d’en tirer les leçons qui s’imposent.

*Directeur des TCA-Québec

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