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Femme et militante
N° 317 - mars 2013
Les infirmières sont en détresse, c’est dramatique !
La structure déficiente du travail au cœur du problème
Maude Messier
Ne pas avoir accès à ses congés, se les voir refuser en raison de la surcharge de travail et de la « pénurie » de personnel, une structure de postes déficiente, des équipes de travail déstabilisées, un climat de travail tendu. C’est le portrait des milieux de travail du réseau de la santé que trace la présidente de la Fédération de la santé du Québec (CSQ), Claire Montour. « Notre personnel est en détresse, c’est dramatique. »

En situation de crise, le réflexe humain, c’est de sauver sa peau. Tous les maux du quotidien, les horaires, les vacances, le climat de travail, « c’est la faute de… du syndicat, des jeunes qui ne veulent pas travailler, des anciennes qui prennent toutes les vacances l’été. Tous les clichés y passent. Mais est-ce que c’est vraiment ça le problème ? »

C’est d’ailleurs ce questionnement qui est à la base d’une large démarche de consultation de la Fédération auprès de ses membres. « On a été saisi de questions, de demandes, de commentaires par nos membres. On s’est dit : mais qu’est-ce qui se passe ? »

Pour Claire Montour, c’est la structure déficiente du travail qui est au cœur du problème. « Quand on écoute ce qu’elles nous disent, tout revient à ça. »

Plus de la moitié des infirmières, infirmières auxiliaires et inalothérapeutes sont à temps partiel, alors que pourtant, le réseau se plaint d’une pénurie de personnel.

« Les employeurs nous disent qu’elles ne veulent pas travailler à temps plein. Bien voyons donc! Les filles sont bouquées, elles se mettent toutes disponibles, elles font du temps supplémentaire, mais elles ne veulent pas travailler à temps plein ? Arrêtez-moi ça ! »

La présidente prend pour exemple une infirmière qui lui disait ne pas vouloir de poste à temps plein parce qu’elle ne pourrait jamais se prévaloir de ses congés en raison des surcharges imposées.

« Je la comprends dans le fond. Elles sont nombreuses à prendre un temps partiel, deux ou trois jours semaine, et à faire du temps supplémentaire pour remplir l’horaire. Le reste du temps, elles ne répondent pas au téléphone. »

Elles ont des enfants, des personnes à charge, une vie en dehors du travail. « Ce n’est pas qu’elles ne veulent pas travailler à temps plein, c’est qu’elles ne veulent pas des conditions de travail qui sont associées aux postes à temps plein. »

Après avoir écouté ce que ses membres avaient à dire, la FSQ se retrouve devant un défi de taille : faire autrement. Pas toujours facile dans un contexte où les mœurs et les pratiques sont solidement ancrées.

Mme Montour fait valoir que les syndicats de la FSQ auraient pu répondre par le maintien rigide des règles de la convention. « Il y a des syndicats qui le font, et c’est légitime. Mais on a préféré se demander si, quelque part, comme organisation, on ne s’était pas mobilisée pour les mauvaises raisons. »

Les jeunes travailleuses souhaitent mieux concilier travail et famille et pouvoir prendre des vacances avec leurs enfants, l’été. Les plus anciennes, qui n’ont jamais pu prendre de vacances l’été pendant des années, couvent jalousement le privilège lié à leur ancienneté.

« Comment on fait pour concilier tout ça ? On ne peut pas faire comme si de rien n’était. Dans certains établissements, il y a des projets pilotes. Par exemple, ne pas prendre plus de trois semaines en ligne en période d’été. Ça en laisse aux autres. Les plus anciennes ont accepté de mieux partager cette période. »

Elle soutient que déjà, dans certains milieux où les employeurs sont ouverts à trouver des solutions, il y a des résultats. « Il n’y a pas de solutions toutes faites, mais c’est possible. Ces discussions éveillent nos membres, suscitent de la créativité. »

Le processus en est encore à l’état de chantier. Un chantier orienté vers les négociations du secteur public, alors que les conventions collectives viendront à échéance en mars 2015.

En se lançant dans cette large démarche de consultation, la présidente de la FSQ ne s’attendait pas à être confrontée de la sorte. « On est bousculé dans nos idées, parce que parfois, les demandes vont à contre-sens des pratiques traditionnelles. »

Elle donne pour exemple certains projets pilotes offrant la possibilité de faire des horaires atypiques avec des chiffres de 12 heures. Des projets qui ont connu du succès, selon elle.

Claire Montour souligne que l’exercice aura aussi permis de briser l’isolement des travailleuses en réalisant qu’une grande part de leurs collègues vivent les mêmes problématiques, les mêmes frustrations.

« Diviser pour mieux régner qu’ils disent, hein ? Si on arrive à trouver des solutions et à faire en sorte de passer de solitaires à solidaires, j’ai le sentiment d’être à la bonne adresse. »

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