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Catalogne, Québec, même combat !
N° 315 - décembre 2012
Un changement radical de la culture syndicale est nécessaire
Il faut permettre aux jeunes de faire leur apprentissage
Pierre Dubuc
Un an et demi à peine après avoir été élu à la vice-présidence, Jacques Létourneau accède à la présidence de la CSN, suite au départ précipité de Louis Roy. Sa nomination, d’abord pour assurer l’intérim, a été confirmée jusqu’au prochain congrès par le dernier conseil confédéral. Nous l’avons rencontré dans les bureaux de la CSN, avenue De Lorimier à Montréal.

Notre intérêt principal était de savoir quel regard Jacques Létourneau portait sur l’état du mouvement syndical québécois. Au cours des sept dernières années, il a pu prendre la mesure du mouvement syndical mondial, à titre d’adjoint aux relations internationales pour la centrale québécoise.

Létourneau n’y va pas par quatre chemins. Son diagnostic est brutal : « On ne se le cachera pas, le mouvement syndical, au niveau mondial, est en crise. En ce début de XXIe siècle, il y a déclin de la syndicalisation. Les causes sont multiples et connues : ce sont, entre autres, la mondialisation, les changements technologiques. Partout, à travers le monde, ça pose un immense défi aux organisations ­syndicales ».

« Il existe toujours, enchaîne-t-il, des formes organisationnelles traditionnelles, comme dans le secteur public, que je connais bien parce que je suis issu du milieu hospitalier, ou encore dans le secteur manufacturier. Mais, très souvent, on ne les retrouve pas dans le secteur des services où les emplois sont atypiques. Là, il faut de nouvelles formes d’organisation, de représentation et de négociation. »

Jacques Létourneau cite l’exemple des employés des magasins Couche-Tard où la CSN mène une dynamique campagne de syndicalisation. « Ce sont des jeunes, des immigrants, occupant des emplois atypiques avec un fort taux de roulement, qui font face à une multinationale, parce c’est bien ce qu’est devenu Couche-Tard. Et notre code du travail ne prévoit pas des négociations multi-patronales. Il faut donc faire preuve de beaucoup d’imagination. »

Le nouveau président de la CSN donne également l’exemple de Ressources intermédiaires dans le secteur de la santé ; des travailleurs et des travailleuses au statut hybride, ni salariés ni entièrement travailleurs autonomes.

« Il y a un changement de culture syndicale qui est nécessaire. La vieille opposition syndicalisme de partenariat – syndicalisme de combat ne tient plus. Le changement est également générationnel. À 50 ans, je ne suis pas représentatif de la nouvelle génération, d’autant plus que mon éducation syndicale s’est faite auprès des baby-boomers. Mais, je crois être en mesure d’assurer la transition entre les ­générations. »

Jacques Létourneau est optimiste. « Il faut permettre aux jeunes de faire leur propre apprentissage. Ils vont renouveler le syndicalisme. » Pour les y aider, la CSN mise sur son Comité national des jeunes et tiendra, pour une 5e année, une université syndicale d’hiver.

Évidemment, nous ne pouvions pas rencontrer le président de la CSN sans lui demander son appréciation de la situation créée par l’élection d’un gouvernement minoritaire du Parti Québécois.

Il a immédiatement fait le lien avec le sujet dont nous venions de traiter. « Il y a une nouvelle polarisation gauche-droite, qui s’est exprimée lors du printemps érable, avec la victoire des étudiants. Mais, chez les jeunes, la question nationale est absente ! Ça contribue au fractionnement de la mobilisation. »

« À la CSN, poursuit-il, le facteur national est important. Il est lié à notre projet de société. La CSN est souverainiste, parce qu’elle croit que l’émancipation véritable vient avec un pays. »

Ce jumelage entre projets national et social s’incarne, entre autres, à la CSN dans la nécessité de développer l’économie nationale. « Il faut utiliser l’État comme un levier pour imposer, par exemple, la 2e et la 3e transformation dans l’exploitation de nos richesses naturelles. Il ne suffit pas de changer le nom du Plan Nord. »

Jacques Létourneau est bien conscient que le nouveau gouvernement fait face à une droite particulièrement agressive. Les reculs du dernier budget en témoignent. « La droite est drôlement importante. Elle règne à Ottawa. Elle est prête à reprendre le pouvoir à Québec. C’est pour cela que j’incite fortement les partis politiques à se parler, les progressistes à s’entendre, pour éviter la division du vote. Sinon, la droite va revenir au pouvoir. »

Pour combattre la droite, il faut également, selon le nouveau président de la CSN, que les syndicalistes parlent aux autres travailleurs, à la population. « Autrement, on laisse toute la place aux radios et aux journaux de la droite, avec les conséquences que l’on sait. »

« Pendant la grève étudiante, des chauffeurs d’autobus de Québec faisaient circuler une pétition pour signifier leur opposition à l’action politique de la CSN. Ils oubliaient que c’est parce que la CSN a lutté afin que le transport urbain, qui était privé, devienne public, qu’ils ont pu se syndiquer et bénéficier des conditions salariales et de travail qui sont aujourd’hui les leurs », raconte un Jacques Létourneau pas du tout démonté. Il faut dire qu’il a acquis une solide expérience terrain pendant les onze années où il a officié à titre de secrétaire-général du Conseil central de Montréal.

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