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Catalogne, Québec, même combat !
N° 315 - décembre 2012
Soirée débat sur l’avenir du syndicalisme à la FTQ
Quand ton quorum est à 10 %, t’as un problème !
Maude Messier
Une soirée débat organisée par le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain (CRMM), dans le cadre de la Semaine de la relève syndicale, a donné lieu à des échanges empreints de pragmatisme et de sincérité entre militants syndicaux.

Bien que le thème de la soirée était « l’impact de l’anti-syndicalisme sur la relève », les discussions ont porté plus sur la relève et le renouveau syndical que sur les effets de l’anti-syndicalisme comme telles. Rapidement, les propos ont dépassé la sempiternelle question des « jeunes », de leur prétendu manque d’engagement et de la difficulté à les attirer dans le mouvement syndical.

Dans un contexte post « printemps érable », alors que les étudiants ont su mobiliser des milliers de personnes, rallier la société civile à leur cause et en faire une lutte sociale, il apparaît évident que le mouvement syndical doive faire un travail d’introspection.

Bien entendu, les attaques antisyndicales alimentent les perceptions négatives à l’endroit des syndicats, ce qui n’aide en rien pour attirer la relève. Pourtant, plusieurs participants ont précisé que, si elles ont autant de répercussions, c’est que le mouvement est affaibli de l’intérieur.

Préjugés, méconnaissance et déclarations fortuites sur le syndicalisme, « si on était sur la coche et vraiment bien organisés, on s’en foutrait », de résumer un intervenant.

Sur l’engagement syndical et le manque de participation, un participant soulignait que ce n’est pas que le lot des jeunes ou de la relève. « Quant ton quorum est à 10 % et qu’il est difficile à atteindre pour une assemblée, il y a un problème. »

Plusieurs s’inquiètent aussi du virage que choisissent de prendre certaines organisations et de se concentrer sur l’offre de service, délaissant leur rôle d’acteur de changement social.

« C’est comme une compagnie d’assurances. Pour les salariés, ils se paient un service auquel ils feront appel quand ils en auront besoin. Qui s’implique ou se mobilise pour une compagnie d’assurances ? C’est une logique individualiste. Collectivement, moi je vous le dis, des fois je nous trouve bien loin de nos valeurs syndicales profondes. »

Ce qui ramène à l’attrait du militantisme. Une femme a témoigné de son expérience syndicale. « Quand je me suis engagée pour la première fois, c’était aussi pour faire partie d’un groupe, pour avoir du fun. J’étais dans l’action, en train de vivre mes valeurs. »

Et ce n’est plus le cas maintenant ? La réponse est venue d’un militant : « La langue de bois, les tabous, les non-dits dans le mouvement syndical, la bureaucratisation, la judiciarisation, les structures rigides sont des éléments de mauvaise perception », déclare-t-il en spécifiant qu’il milite dans différentes organisations. « Le syndicat, c’est là où je me sens le moins en phase avec mes valeurs. »

Sur le fond, la nécessité d’un projet social qui sort du cadre des conventions collectives revient comme une nécessité pour redorer le blason du mouvement syndical.

« On négocie nos conditions de travail et, comme syndicat, dans le contexte actuel, on tente de sauver les meubles, mais c’est d’un projet de société dont on a besoin, pas juste de défendre nos retraites à la pièce. Un projet social peut changer la perception de la population envers les syndicats. »

Plusieurs participants se sont référés au texte de Michel Coutu publié dans Le Devoir, le 30 octobre dernier. Le professeur titulaire de droit du travail à l’Université de Montréal soutient que la capacité d’action et d’investir le terrain politique des carrés rouges doit être une inspiration pour le mouvement syndical.

Il souligne également le fait que leur lutte a trouvé écho auprès de la population et de différents groupes sociaux, conférant une plus grande légitimité à leur bataille.

De toute évidence, la mobilisation du printemps dernier a alimenté les réflexions de plusieurs syndicalistes. Par exemple, si la structure démocratique ultra consultative de la CLASSE lui a attiré des reproches quant à son efficacité, elle a aussi mis en relief les lacunes des structures de certaines organisations syndicales et posé la question du rôle des dirigeants syndicaux.

« Parfois, les directions syndicales semblent vouloir éviter l’opposition, les débats, les élections. Certains pensent que tout est plaqué d’avance, ils ne veulent pas s’engager, ils pensent qu’ils ne pourront rien changer. Alors les gens se mobilisent ailleurs dans la société civile. »

Michel Coutu indique, dans son texte, que le dynamisme du mouvement lancé par les étudiants a surtout révélé « l’attentisme et la timidité des centrales syndicales » et leur incapacité à véritablement joindre les rangs de ce mouvement social.

Dans les rues, c’est la relève syndicale qui s’exprimait et qui indiquait la voie qu’elle entend prendre pour changer les choses. Si les centrales syndicales n’ont pas emboité le pas, plusieurs syndicalistes ont pourtant compris et réfléchissent au sens à donner au renouveau syndical.

C’est ce qui transpirait des discussions qui se sont déroulées à l’occasion de cette soirée qui, de l’aveu même du CRMM, n’est que partie remise.

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