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Catalogne, Québec, même combat !
N° 315 - décembre 2012
Le Québec sous-traite la vieillesse
Le gouvernement ne peut plus jouer à l’autruche
Maude Messier
Revera, Chartwell, Sedna, Les Résidences Soleil. Ces entreprises recherchent le profit d’abord et avant tout. C’est la principale différence entre les CHSLD publics et les résidences privées. Pour générer des profits, les conditions de travail doivent être les plus basses possibles. La recette est simple. »

Dans une entrevue accordée à l’aut’journal, Jean-Pierre Ouellet, président du Syndicat québécois des employées et employés de service (FTQ), section locale 298 (SQEES-298), explique comment le désengagement de l’État mène à la marchandisation de la vieillesse.

« Il y a un marché, on parle de business. On ne parle plus de petites entreprises familiales. Les joueurs sont de plus en plus gros, ce sont des méga-entreprises avec des milliers d’unités locatives », explique Jean-Pierre Ouellet.

Le SQEES-298 représente environ 6 000 employés dans une centaine de résidences privées pour personnes âgées. Le syndicat a conclu, à la mi-novembre, une tournée provinciale de onze assemblées pour rencontrer ses membres et présenter un plan d’action.

En décembre prochain, le dépôt d’un règlement découlant de la loi 16, sur la certification des résidences privées pour aînés, imposera au personnel de nouvelles obligations. Pour le SQEES-298, c’est le bon moment pour réclamer de meilleures conditions salariales.

Les préposés lavent et habillent les résidants. Ils les aident à se lever et à se nourrir. Ils les accompagnent au quotidien dans leur vieillesse et dans tout ce qui vient avec.

Ce titre d’emploi est le plus important en nombre dans les résidences et il est composé de femmes à 80 %.

Le salaire horaire moyen des préposés aux bénéficiaires dans les établissements privés est de 11,86 $, comparativement à 19 $ dans le réseau public. « Sans compter qu’il n’y a généralement pas d’assurances ni de régime de retraite. »

En vertu du règlement qui sera déposé en décembre, tous les préposés aux bénéficiaires devront avoir en main un diplôme reconnu par le ministère de l’Éducation avant 2015.

Cette formation devra, pour la plupart, être assumée à leurs frais et en dehors des heures de travail. Ceux qui auront accumulé au moins trois années d’expérience à temps complet pourront être exemptés.

S’ajoutent aussi d’autres formations obligatoires plus spécifiques, comme le secourisme général, la réanimation ­cardio-respiratoire et le déplacement sécuritaire des personnes.

Les préposés posent déjà, à l’heure actuelle, des gestes médicaux réservés aux infirmières et infirmières auxiliaires, comme l’administration de l’insuline par exemple, dans des cas très spécifiques.

Or, le règlement prévoit qu’elles pourront désormais le faire pour tous les bénéficiaires, à condition d’avoir reçu une formation et l’autorisation d’une infirmière du centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la localité.

Cette charge supplémentaire doit être accompagnée d’une compensation. Pour Jean-Pierre Ouellet, il est tout à fait inacceptable de demander à un préposé qui ne reçoit que 11,86 $ l’heure de faire le même travail qu’une infirmière qui en gagne 22 $.

« Nous ne sommes pas contre ce qu’il y a dans le règlement. Seulement, pour nous, ces ajustements doivent s’accompagner d’une juste rémunération. Et c’est loin d’être le cas en ce moment. »

À son avis, si l’argent public est transféré vers le secteur privé, l’État a un rôle à jouer dans l’amélioration des conditions de travail de ceux et celles qui y œuvrent. « Le gouvernement ne peut pas continuer de jouer à l’autruche. C’est de la marchandisation de la vieillesse. »

Auparavant, les résidences privées avaient une clientèle essentiellement autonome. Avec le resserrement des critères d’admissibilité en CHSLD, une clientèle semi-autonome a été laissée pour compte.

« D’où la multiplication des résidences privées offrant des soins. Ils ont vu la possibilité d’offrir un continuum de soins à leur clientèle vieillissante, mais ils chargent le gros prix à la carte pour ces services. »

De 2006 à 2010, le nombre d’unités locatives destinées à l’hébergement des personnes âgées dans les résidences privées est passé de 86 000 à 112 000, soit une hausse de 30 %, selon les données du syndicat.

Une telle hausse ne peut être justifiée par le seul vieillissement de la population. Jean-Pierre Ouellet explique que les conditions d’accès aux centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ont été considérablement restreintes depuis environ 10 ans, auxquelles s’ajoutent les fermetures de lits. 7 000 lits ont été fermés depuis 1991.

« Ils coupent des lits dans le réseau public en disant que l’argent sera investi dans les soins à domicile, mais dans les faits, c’est transféré aux ressources intermédiaires. »

Les ressources intermédiaires, ou RI, sont des résidences privées avec lesquelles les CSSS ont des ententes de service. Autrement dit, le réseau public finance la location de lits et de services au secteur privé. « Mais ça coûte cher. Ils offrent le minimum de services requis dans les normes gouvernementales, comme un seul bain par semaine. Et les conditions de travail des employés n’ont rien à voir avec le réseau public. »

Pour le syndicaliste, il est inadmissible qu’une location coûte entre 4 000 $ et 6 000 $ par mois, par exemple, et que les préposés aux bénéficiaires ne gagnent que 9,90 $ l’heure.

De meilleures conditions de travail pour les employés des résidences privées auraient une répercussion positive sur la rétention de la main-d’œuvre (le taux de roulement atteint parfois 50 % par année) et sur la qualité des soins offerts.

Le SQEES-298 a profité de sa tournée provinciale pour présenter un plan d’action à ses membres. L’objectif est d’instaurer une négociation coordonnée des 100 établissements à l’automne 2015. Le syndicat réclame une hausse de 1 $ l’heure en rattrapage pour tous les titres d’emploi. « Nos membres nous disent qu’il était temps. Il faut comprendre qu’ils sont considérés comme des services essentiels et qu’ils n’ont pratiquement pas de rapport de force. »

Le SQEES-298 réclame une table de travail pour étudier la question des conditions de travail dans les résidences privées. « Quand a-t-on fait ce débat dans la société ? », interroge Jean-Pierre Ouellet, inquiet de voir que, dans certaines sphères du réseau de la santé, on ne cache même plus de cette volonté de transférer des services entre les mains du secteur privé.

Le syndicat se dit favorable à l’imposition d’un décret pour l’ensemble des résidences privées, à l’instar de l’entretien ménager dans les édifices publics. « Dans le décret, pour les travaux légers, le salaire horaire est de 15 $ l’heure. C’est considérablement plus élevé que celui des gens qui prennent soin de nos aînés. »

Les négociations s’annoncent ardues. « Ils nous disent toujours qu’ils n’ont pas d’argent, mais dans 90 % des cas, c’est impossible d’avoir accès aux états financiers, ils refusent de nous les montrer. »

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