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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

Journal d’une semaine extraordinaire
Élaine Audet
Depuis le lancement en 1995 de la Marche mondiale des femmes en l’an 2000 jusqu’à son démantèlement à New York le 17 octobre, on a assisté, d’un bout à l’autre de la planète, à une gigantesque entreprise de sensibilisation, de conscientisation, d’éducation, d’intervention sur la condition des femmes. En dépit de la fin de non-recevoir ou des réponses insuffisantes, indifférentes ou insultantes des instances gouvernementales québécoises, canadiennes, onusiennes et des institutions financières internationales, la Marche mondiale des femmes en l’an 2000 est une réussite incontestable et il faut d’abord en féliciter chaleureusement les organisatrices qui y ont mis le plus clair de leur énergie sans jamais compter leur temps.

Le 9 octobre, la Marche est inaugurée à Jonquière par 3 000 femmes en présence de Françoise David. C’est un rassemblement haut en couleurs avec des ballons et des colombes qui sont lancés dans le ciel pour porter haut notre message en faveur de l’équité, de la justice et de la non-violence. Dans les quartiers des grandes villes, dans toutes les régions du Québec, même dans des petites localités comme Chertsey (Lanaudière) où une cinquantaine de femmes et une dizaine d’hommes ont marché au flambeau, une même scène se répétera durant toute la semaine, permettant aux participantes de se rencontrer pour discuter et porter les revendications de la Marche à travers leur région.

Il faudrait parler de chacune des initiatives suscitées par la Marche et de l’imagination dont elles témoignent. Par exemple, au Bas-Saint-Laurent, un contingent de 75 marcheuses sillonne, à partir du 9 octobre, huit MRC. Même la pluie et la neige ne peuvent arrêter leur élan. En trois jours, plus de 1400 personnes marchent dans les villes et villages qu’elles traversent, de Matane à Cabano en passant par Amqui, Mont-Joli, Rimouski et Trois-Pistoles. Et plusieurs continuent par Pohénégamook, Rivière-du-Loup et La Pocatière jusqu’à Montréal et New York.

À Nicolet, 250 marcheuses et marcheurs partent de la Cathédrale de Nicolet alors que les cloches sonnent à toute volée pour se rendre dans les jardins du Collège Notre-Dame de l’Assomption où les attendent les 530 filles du collège ! Elles reçoivent un accueil extraordinaire suivi d’une cérémonie au cours de laquelle des femmes de plusieurs générations leur transmettent symboliquement la responsabilité de continuer la lutte pour les générations à venir.

Fait assez rare et important, des hommes connus dans le milieu artistique et social ont signé un manifeste d’appui à la marche 0 « Nous marcherons avec toutes les femmes, nos amies, nos collègues, nos conjointes, nos mères, nos sœurs et nos filles, nos amantes et nos confidentes 0 nous marcherons parce que ce projet fou et ambitieux de mondiales solidarités nous enthousiasme nous aussi… » Il s’agit notamment d’Yvon Deschamps, de Michel Tremblay, de Pierre Curzi, de Frédéric Back, de Hubert Reeves, du Dr Réjean Thomas, de Ghislain Picard, chef régional des Premières Nations, de François Saillant du FRAPRU, de Robert Cormier, président de l’Association des ressources intervenant auprès des hommes violents. De son côté, Jacques Languirand a ouvert son émission du 15 octobre en manifestant un appui enthousiaste au mouvement de solidarité mondiale des femmes contre la violence et la pauvreté.

Un grand bout de chemin dans notre histoire

En arrivant au Parc Lafontaine, en ce samedi mémorable, nous ne pouvons nous empêcher d’avoir l’impression que toutes, nous venons de faire un grand bout de chemin dans notre histoire et nos vies. Retrouvailles, bises, jasette sont aussi joyeuses que les pancartes, les kiosques, les affiches et les costumes sont colorés. La musique est également au rendez-vous et des artistes sont déjà sur scène pour quintupler notre plaisir. Nous sommes plus de 30000 au rendez-vous de la solidarité avec beaucoup de jeunes femmes, de mères avec leurs enfants et quelques centaines d’hommes venus nous appuyer.

Tout au long du trajet, il y a des rappels de nos raisons de marcher comme sous le viaduc Berri parsemé de rubans blancs en mémoire de celles qui furent et continuent d’être assassinées par des hommes de leur connaissance, ou le long des rues rebaptisées en rue de la Solidarité, du Travail, de la Diversité. Sur Cherrier, la chanson « Du pain et des roses », jouée au violoncelle et à la guitare électrique, a fait le bonheur des marcheuses ainsi que celui de mon petit-fils Micha qui, à 22 mois, participe à sa première manifestation. À nos côtés, faisant un contraste éloquent, une octogénaire marche tout aussi ravie. Un parcours de trois kilomètres où l’on sent la détermination des marcheuses à faire en sorte « que ça change ».

À l’arrivée à la Place des arts, les Judi Richard, Marie-Claire Séguin et de nombreuses autres chantent les thèmes qui nous tiennent à cœur et les comédiennes Andrée Lachapelle, Francine Ruel, Patricia Pérez, Geneviève Rioux, Sylvie Legault lisent, avec Hélène Pedneault qui en est l’auteure, le Manifeste des femmes du Québec en l’an 2000, dédié à la mémoire de Léa Roback. Une si belle journée n’aurait pas été complète sans la présence de Madeleine Parent qui, à l’instar de Françoise David, considère que le but principal de cette Marche est déjà atteint parce qu’elle nous a rassemblées et nous a permis de créer un réseau féministe planétaire. L’intense solidarité que nous venons de vivre n’allait pourtant pas de soi, nous rappelle-t-on, chacune d’entre nous ayant des conditions de vie et de classe différentes et ayant hérité d’un tas de préjugés véhiculés par la société patriarcale. Cette compréhension de nos différences, acquise en luttant côte à côte, constitue d’ores et déjà une des plus belles réussites de la Marche.

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