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Catalogne, Québec, même combat !
N° 315 - décembre 2012
Une visite guidée au pays de la privatisation tous azimuts
Aux States, la santé privée coûte deux fois plus cher
Léo-Paul Lauzon
On connaît trop bien la chanson des affairistes : pour eux, la création de richesse passe obligatoirement par les lois naturelles (qui n’ont justement absolument rien de naturel) du marché qui commande moins d’État et plus de privé.

Ils prétendent, très sérieusement, que la féroce concurrence entre agents économiques fera une utilisation maximale des ressources et aboutira au juste prix qui est toujours le plus bas.

Comme dans la nature, les faibles entrepreneurs seront supposément évacués du marché par les plus forts, les plus novateurs, les plus dynamiques, etc.

Dans leur économie de marché, qui relève de la pensée magique, il y a d’un côté les gagnants et, de l’autre, les perdants qui feront banqueroute. On leur dit bonsoir et on leur souhaite meilleure chance la prochaine fois, si prochaine il y a.

Leur marché réel, pour qu’il s’épanouisse, demande moins d’interventions étatiques, comme des lois environnementales ou syndicales, et aussi beaucoup moins d’impôts et de taxes, qui représentent des irritants et des entraves au marché et qui polluent la nature économique alors qu’elle doit rester vierge.

Moins de lois et règlements donneront plus de souplesse et de liberté au marché, qui sera ainsi en mesure, selon leur conte de fée, de créer de la richesse pour tout le monde.

Oups, j’oubliais, les opportunistes veulent ainsi moins d’État dans tous les services publics (qui doivent tous être privatisés) mais plus de gouvernement pour les subventionner aux mamelles du trésor public. Des assistés sociaux corporatifs quoi, et toutes les entreprises le sont.

C’est drôle, dans leur paradis économiques sur terre qui élimine les perdants (c’est ce qui est colporté par leur légende), eh bien dans le cas des banques, des pétrolières, des pharmaceutiques, des assureurs, des compagnies ferroviaires, etc., il n’y a que des gagnants (et des gros, en plus) qui, chaque année, gagnent le gros lot en arnaquant les consommateurs.

En fait, leur marché, qui n’est qu’une vue de l’esprit, est, dans plusieurs secteurs économiques, un véritable cartel ou un monopole de fait. La notion de « marché » n’est qu’une abstraction. Le marché n’a aucune existence réelle.

Aux États-Unis, tout est laissé aux diktats du marché, même les services publics. C’est le système chéri par l’indépassable candidat à la chefferie du parti libéral du Québec, le très lucide Raymond Bachand, qui met de l’avant le principe de l’utilisateur-payeur, même pour les services sociaux de base.

Ceux qui ne peuvent pas payer n’ont qu’à crever afin de pas alourdir davantage la dette et le déficit de la province.

Dans le domaine de la santé, c’est définitivement aux States. qu’il y a le plus de privé. Des hôpitaux à la Bourse, des cliniques et des médecins qui se font concurrence entre eux.

D’après la théorie économique contorsionnée de leur marché très particulier, la santé privée chez l’oncle Sam devrait donc aboutir à des coûts de soins de santé nettement moins élevés que dans les pays qui font appel principalement à un système de santé public géré par des fonctionnaires syndiqués, à ­priori inefficaces, et qui doit supporter une structure bureaucratique très lourde.

Ça c’est la théorie niaiseuse avancée par les retardés économiques, qui repose sur des mensonges répétés ad nauseam. Les médias, à force de relayer servilement ces mensonges, font que les gens ainsi aliénés et soumis en viennent à les croire ou les accepter par résignation.

La vérité est tout autre. J’ai retracé ces données dans Business Week, la revue d’affaires la plus vendue aux États-Unis.

Ainsi, tenez-vous bien, par habitant, la belle santé privée chez nos voisins américains coûte 8 233 $ par habitant contre 4 445 $ au Canada (qui fait de plus en plus appel au privé), 3 974 $ en France, 2 964 $ en Italie et 3 268 $ en moyenne pour l’ensemble des pays de l’OCDE.

Pourtant, selon les données de l’ONU (Indice de développement humain – 2010), les pays d’Europe comptent beaucoup plus de médecins par 10 000 habitants que les States et le Canada. C’est 19 pour le Canada, 27 pour les États-Unis, 37 pour la France et l’Italie, 40 pour la Suisse et 39 pour la Norvège.

Pourquoi ça coûte beaucoup moins cher en Europe, même s’ils ont plus de médecins, que vous me demandez ?

Parce qu’en Europe, les médecins sont payés beaucoup moins cher, reçoivent des salaires raisonnables (en Amérique du Nord, le monopole syndical des médecins dicte sa loi et exige une rémunération débile) et les pays regroupés là-bas paient des prix nettement moins élevés qu’ici pour les médicaments tant d’origine que génériques.

En Amérique du Nord, les pharmaceutiques en mènent large avec leurs milliers de lobbyistes, souvent d’ex-politiciens, et elles financent intensément les partis politiques.

Cela fait qu’aux States, la santé privée coûte plus du double que la moyenne des pays de l’OCDE avec leur système de santé principalement public.

Ça prend pas une grosse lumière pour comprendre qu’avec le recours à la santé privée, vous introduisez un troisième agent (les assurances privées à but lucratif) dans votre structure économique, ce qui produit une explosion des coûts et de la bureaucratie toute privée.

Dans un système de santé public, il n’y a pas d’assureurs et seulement deux intervenants, soit le patient et l’État pourvoyeur de soins.

De plus, aux States, les hôpitaux et les cliniques inscrites à la Bourse exigent de gros profits pour faire monter la valeur de l’action. Le bénéfice du privé est un autre coût additionnel que doit supporter le patient, contrairement à un système public.

Comme les opportunistes de la santé privée mentent comme ils respirent, ils vous avaient juré que la venue de la santé privée au Québec allait désengorger le système public. Et vous les avez crus encore une fois ! Ça vous apprendra à ne pas vous fier à des faiseux.

Le fait que l’argent soit ainsi drainé par les assureurs, les hôpitaux, les médecins, les cliniques et les pharmaceutiques privés appauvrit d’autres agents économiques d’autres industries (le travailleur est un agent économique), de même que l’État, qui doit canaliser des fonds publics dans le domaine de la santé privée plutôt que dans d’autres secteurs plus rentables.

Ainsi, actuellement, les États-Unis consacrent 18 % de leur produit intérieur brut (PIB) à la santé contre 9 % pour l’ensemble des pays de l’OCDE. Si rien n’est fait, on prévoit qu’en 2037, les coûts de la santé privée aux States atteindraient 27 % de son très gros PIB.

Incroyable. Quand on jumelle cela à leur énorme dépenses militaires, on constate que les States courent à leur perte. Ils perdront, au fil des ans et de plus, leur domination face à des pays qui auront mieux investi leurs fonds publics dans des services sociaux porteurs de croissance et d’égalités tant sociales qu’économiques.

En raison des trop puissants lobbys présents aux États-Unis (militaires, assureurs, pharmaceutiques, hôpitaux), qui militent pour le statut quo, afin de conserver leurs vaches sacrées, les ­

States sont condamnés à régresser et vont, tôt ou tard, frapper un mur.

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