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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

Vas-y, Françoise ! Vas-y !
Pierre Dubuc
Dans ce qui semblait être les premiers éléments du bilan de la Marche mondiale des femmes, la coordonnatrice Françoise David évoquait la possibilité de créer un parti féministe sur la scène politique québécoise. C’est une excellente idée !

Déjà, à l’été 1996, au lendemain de la Marche du Pain et des Roses, nous invitions en éditorial le mouvement des femmes à emprunter une telle voie. Cependant, tout débat sur cette question a été repoussé au profit de la Marche mondiale des femmes en l’an 2000.

Le succès de celle-ci confirme pour plusieurs la justesse de ce choix. Cependant, le mouvement des femmes ne peut continuer indéfiniment à marcher autour de la planète, sinon il tournera en rond, soulignait récemment Riccardo Petrella.

Que faire ?

Françoise David a évoqué comme perspective le recours à la désobéissance civile ou à l’organisation d’une grève générale des femmes le 8 mars 2002. Cependant, on peut imaginer la difficulté d’une mobilisation aussi large pour des actions de désobéissance civile, et mars 2002 est une échéance bien lointaine.

De plus, la question ne manquera pas de surgir 0 qu’est-ce qui nous garantit que la désobéissance civile ou une grève d’une journée permettront d’obtenir plus de 10 sous d’augmentation du salaire minimum et 50 millions de dollars?

À toutes celles et ceux qui s’interrogent sur les résultats concrets de la Marche mondiale, on souligne l’ampleur du travail d’éducation réalisé et la nouvelle solidarité, tout en reconnaissant que les gouvernements n’ont pas répondu aux revendications des femmes. Cela ne saurait satisfaire celles qui vivent dans la pauvreté ou sont victimes de violence.

En fait, le Mouvement des femmes ne pourra repousser à plus tard le débat central sur l’action politique, sinon il risque de s’effilocher.

Profiter de l’expérience du RAP

Le Mouvement des femmes pourra profiter de l’expérience du Rassemblement pour une alternative politique. Le RAP constituait une première rupture politique avec le néolibéralisme et l’engouement soulevé lors du grand rassemblement de novembre 1997 était indéniable. Mais le RAP n’a pas réussi à prendre son envol.

Paul Cliche en résumait bien, au lendemain du colloque de la gauche du printemps dernier, la cause 0 « Le principal obstacle à la création d’une alternative politique, écrivait-il, réside dans l’absence d’un organisme catalyseur. » (l’aut’ journal, no. 191)

Le Mouvement des femmes pourrait combler cette lacune. La Marche mondiale a permis la constitution, autour de Françoise David, d’un noyau central de personnes extrêmement efficaces ayant acquis une expérience inestimable. Le mouvement a aussi réussi à susciter une adhésion très large à une série de revendications qui peuvent constituer l’ossature d’un véritable programme politique.

Vas-y, Françoise ! Vas-y !

En 1984, le pasteur noir Jesse Jackson avait évoqué la possibilité de sa candidature aux élections présidentielles à la tête d’un troisième parti politique aux États-Unis. Une vaste coalition, débordant largement le mouvement noir pour rejoindre le mouvement ouvrier et tous les milieux progressistes, s’était alors constituée pour l’inciter à se porter candidat autour du slogan « Run, Jesse ! Run ! »

Malheureusement, Jackson a renoncé à se porter candidat, préférant les tractations stériles au sein du Parti démocrate. On a bien essayé par la suite de susciter à nouveau sa candidature, mais le momentum n’y était plus.

Il y a des occasions à saisir qui ne se représentent pas.

Alors, Vas-y, Françoise ! Vas-y !

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