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Du pétrole sale au Québec
N° 314 - novembre 2012
Si la pertinence du syndicalisme est démontrable, sa légitimité doit être défendue
La nouvelle présidente de la CSQ fait part de ses attentes
Pierre Dubuc
C’est au lendemain de sa rencontre avec Stéphane Bédard, le président du Conseil du Trésor, et tout juste avant une réunion avec le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) pour préparer les demandes qui seront acheminées au gouvernement avant le Discours inaugural de Mme Marois, que nous avons rencontré, dans les locaux de l’aut’journal à Montréal, Louise Chabot, la nouvelle présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

Encore peu connue du grand public, Louise Chabot est devenue, en succédant à Réjean Parent, la première présidente de la CSQ qui ne provient pas du milieu de l’enseignement, très fortement majoritaire au sein de cette centrale. C’est une belle marque de confiance pour cette infirmière qui compte 30 ans de militantisme.

« Au départ, je militais dans un syndicat indépendant de la région de Trois-Rivières », précise celle qui tire beaucoup de fierté d’avoir présidé le premier syndicat indépendant d’infirmières à rallier une centrale syndicale.

Tout juste avant l’entrevue, Louise venait de prendre connaissance des déclarations incendiaires du patronat et de François Legault contre la réouverture du Code du travail pour modifier la loi anti-scab.

« C’est la même offensive qui se poursuit » , commente-t-elle, en faisant le lien avec la levée de boucliers contre l’abolition de la taxe santé, de ce tout ce que le Québec compte de porte-parole officiels et « officieux » du monde patronal, appuyés par ce qu’elle nomme « le duopole médiatique Gesca-Québecor ».

Dans leur mire, il y a, bien sûr, le Parti Québécois – dont le recul sur la taxe santé l’a « grandement déçue » – mais également les organisations syndicales.

« Toutes ces attaques, auxquelles il faut ajouter celles en provenance d’Ottawa avec le projet de loi 377 sur la transparence syndicale, ont pour objectif, selon Louise Chabot, de remettre en question la pertinence et la légitimité du mouvement syndical. »

Pour elle, la pertinence du syndicalisme est inattaquable. Elle me cite une récente étude de l’Institut Broadbent qui prouve, chiffres à l’appui, que « la présence de syndicats forts dans une société est l’un des principaux éléments qui contribuent à réduire les inégalités ».

« Il n’y a qu’à constater l’augmentation de l’écart entre les riches et les pauvres, et la dégradation des services publics, aux États-Unis et au Royaume-Uni, deux pays où le taux de syndicalisation a dégringolé au cours des dernières années », enchaîne-t-elle.

Si la pertinence du syndicalisme est démontrable avec des données objectives, sa légitimité est plutôt du domaine politique. Elle doit être défendue face aux ennemis déclarés du syndicalisme, mais également devant ses propres membres.

« Aujourd’hui, le salariat est moins homogène. On assiste à une baisse de participation dans nos instances, à un recul de la mobilisation. C’est devenu plus difficile de formuler un projet commun, rassembleur », admet-elle.

Lors de son congrès du mois de juin dernier, la Centrale a réactualisé son projet de société. « On a beau avoir un magnifique projet de société, mais comment le faire partager à nos membres ?, ont demandé avec raison des délégués, raconte la nouvelle présidente. Par exemple, la CSQ appuie la décision de fermer Gentilly 2. Certains de nos membres se demandent – et nous demandent – pourquoi nous intervenons sur ce sujet. »

C’est pour débattre de cette question – et de plusieurs autres concernant l’avenir du mouvement syndical – que la CSQ vient de mettre sur pied une commission spéciale sur le renouveau syndical.

Mais, en attendant le résultat de ses travaux, la CSQ va continuer à intervenir sur la scène publique et à syndiquer de nouveaux membres.

Au cours des dernières années, la Centrale a fait une importante percée chez les responsables des services de garde en milieu familial. « Nous en avons syndiqué plus de 15 000 », lance, sourire aux lèvres, Louise qui pilotait le dossier à la CSQ, tout en décrivant l’immense champ d’action à investir pour les organisations syndicales dans des domaines connexes.

« À peine 30 % du personnel des centres de la petite enfance sont syndiqués. Il y a également tout le secteur de l’économie sociale, des organisations communautaires », constate-t-elle.

Au plan politique, la présidente de la CSQ se félicite de l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois. « Deux visions se sont affrontées au cours de la campagne électorale. Et on doit reconnaître que les valeurs du nouveau gouvernement sont plus proches des nôtres que celles du gouvernement précédent. »

Quelles sont ses attentes, à quelques jours du discours inaugural ?

« D’abord et avant tout, je m’attends à ce qu’on annonce un développement des services publics. Finie l’ère des compressions ! Il faut considérer l’argent qui y sera alloué comme un investissement plutôt que comme une dépense. »

« Deuxièmement, un changement d’attitude est nécessaire sur la fiscalité. Plutôt que de toujours agir sur les dépenses, il faut augmenter les revenus de l’État. Exiger des redevances des minières pour une plus grande justice sociale. S’attaquer aux paradis fiscaux et à l’évasion fiscale. »

« Troisièmement, nous voulons qu’on accorde priorité à l’emploi. Pas à n’importe quel type d’emploi. Mais à des emplois de qualité, stables, bien rémunérés. Sans jamais oublier les femmes. »

D’ailleurs, la présidente de la CSQ s’inquiète de la situation de l’emploi dans le cadre du Plan Nord. « Les entreprises embauchent des jeunes qui n’ont pas terminé leur Secondaire 5. C’est une approche à courte vue », déclare-t-elle en faisant remarquer que, selon différents pronostics, 70 % des emplois nécessiteront, dans un proche avenir, un diplôme d’enseignement supérieur.

Tout naturellement, cela nous amène au Sommet sur l’enseignement supérieur. « Nous avons rencontré le ministre Pierre Duchesne pour lui faire part de nos positions. Nous voulons, entre autres, une accessibilité financière, mais également géographique. Faut que les gens des régions puissent fréquenter les institutions d’enseignement supérieur », nous confie-t-elle, tout en précisant que la CSQ est favorable au maintien du gel des droits de scolarité jusqu’à la tenue d’États généraux sur l’éducation.

Sur la question de l’accessibilité, la CSQ a une approche plus large que les seules études universitaires. « Il y a beaucoup d’écueils, bien en amont. Une sélection s’effectue par les collèges privés, financés à 60 % à même les fonds publics. Et on peut remonter jusqu’à la petite enfance », souligne-t-elle.

Que Mme Malavoy s’attaque à la sélection des élèves par les écoles privées n’est pas inintéressant à ses yeux, mais soulève bien des réserves. « Le privé va-t-il demander davantage de ressources pour s’occuper des élèves en difficulté ? Notre position est simple et directe : mettre fin aux subventions publiques aux écoles privées. »

Avec la ministre Malavoy, elle a également discuté de l’enseignement de l’anglais. « Nous avons toujours été contre l’idée de saupoudrer des cours d’anglais à partir de la première année. Nous sommes d’accord avec l’enseignement intensif, mais que fait-on des élèves qui connaissent déjà des difficultés ? Nous nous opposons au mur à mur. Cela fait déjà 6 ans que nous avons des cours d’anglais en première année. Faudrait peut-être en faire le bilan avant d’aller plus loin. »

Nouvelle présidente, nouveau gouvernement, des conditions favorables pour établir des relations sur d’autres bases entre la centrale syndicale et le gouvernement. Mais, bien que Louise Chabot ait salué le partage de « valeurs communes » avec le gouvernement Marois, elle promet d’exercer une vigilance de tous les instants au nom des 190 000 membres qu’elle représente.

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