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Du pétrole sale au Québec
N° 314 - novembre 2012
L’entente conclue par les Cols bleus ne règle pas le passé, elle concerne le futur
La pérennité des régimes de retraite est atteignable
Maude Messier
Samedi dernier, les quelque 3 000 cols bleus, réunis en assemblée générale au Palais des congrès, ont entériné à 95,4 % l’entente de principe globale intervenue entre leur syndicat et la Ville de Montréal le 11 octobre.

« La priorité, c’était de stabiliser et de maintenir notre régime de retraite. Je voulais que le col bleu qui arrive demain ait droit à la même retraite dans trente ans que celui qui la prendra demain matin », déclare le président du Syndicat des Cols bleus regroupés de Montréal (SCFP 301), Michel Parent, en entrevue à l’aut’journal.

Soulignons qu’en juin 2011, la Ville de Montréal annonçait vouloir réaliser des économies annuelles récurrentes de l’ordre de 50 millions $ sur l’ensemble des caisses de régimes de retraites des employés municipaux. La part d’économie qui incombe aux cols bleus est de 6,3 millions $.

La Ville avançait alors trois pistes de solutions : ramener la proportion des cotisations versées à part égales avec les employés, hausser l’âge de l’admissibilité à la retraite sans pénalité, et partager les risques. « Notre entente touche l’ensemble de ces points. On a trouvé des solutions novatrices adaptées à notre réalité. »

Auparavant, les cols bleus bénéficiaient d’une pleine retraite après 30 ans de service ou dès l’âge de 60 ans. Désormais, un plancher a été fixé à 55 ans. Ce qui signifie, par exemple, qu’un col bleu qui aurait commencé à travailler à la Ville à l’âge de 20 ans ne pourrait pas prendre sa retraite sans pénalité à 50 ans, même s’il a cumulé 30 années de service.

Mais les travailleurs n’y perdront pas au change, selon Michel Parent, puisqu’au moment d’harmoniser les caisses de retraites de l’ensemble des arrondissements et des villes fusionnées, le régime a aussi été déplafonné.

« En gros, ça signifie que, même si un col bleu doit travailler plus longtemps, ça va s’additionner. En bout de ligne, il pourra avoir droit à 75 % ou 80 % de son salaire en prestations, sa retraite venue, plutôt qu’un maximum de 70 %. »

En ce qui concerne les cotisations au régime de retraite, la part des travailleurs, actuellement de 6,3 % jusqu’au maximum des gains admissibles, passera à 9 % en 2015, ce qui se traduit par une hausse moyenne de 60 $ par semaine avant impôt.

Michel Parent précise que cette hausse des cotisations ne sert pas à abaisser celles de la Ville. « Et c’est là, justement, toute la spécificité de cette entente. La hausse de cotisations des travailleurs profitera aux travailleurs. »

De cette hausse de 2,7 %, 2,2 % seront versées dans un fonds de stabilisation pour créer une réserve permettant de parer aux fluctuations des marchés. « Parce que, sans les fluctuations de la bourse, on n’aurait pas de problèmes avec notre régime. À l’avenir, on pourra prévenir les coups durs. »

Dès 2015, 5 millions $ seront versés annuellement dans ce fonds. « L’entente prend fin en 2017, on est donc assuré d’accumuler 15 millions $ et notre part du déficit est de 6,3 millions $. Dans le meilleur des mondes, si le marché se stabilise et que la réserve fait des surplus, l’argent sera retourné aux travailleurs. »

En fait, les sommes permettant de couvrir les coûts du service courant, plus un coussin de 7 %, sont réservées au fonds de stabilisation. L’excédent pourra être rendu disponible pour indexer le régime de retraite et en faire profiter l’ensemble des travailleurs.

Dans le cas inverse, si les coûts du service courant devaient augmenter, ou encore si la réserve n’était pas suffisante pour pallier les fluctuations, le partage du risque et des coûts se fera respectivement entre la Ville et les employés à 55 % et à 45 %.

« Ça met notre régime à l’abri des fluctuations économiques et politiques, sans créer un régime à deux vitesses, et en protégeant les droits de tous, d’indiquer Michel Parent, estimant que les travailleurs font leur part. On a créé un mur de Chine. L’entente qu’on a conclue concerne le futur, elle ne règle pas le passé. C’est la Ville qui est responsable du déficit cumulé du régime et c’est clairement établi dans l’entente. »

Une nouvelle convention collective a également été entérinée pour la période de 2013 à 2017. À ce chapitre, Michel Parent est fier des améliorations apportées, lesquelles profiteront, selon lui, aux services à la population.

Des augmentations salariales de l’ordre de 2 % par année sont prévues pour les trois premières années, puis de 2,5 % pour les deux dernières, grâce aux « économies qui seront dégagées par la création d’une liste centrale de transfert de métiers entre les 19 arrondissements pour faciliter le mouvement du personnel », explique-t-il.

Ainsi, un employé mis à pied, ou encore un ouvrier spécialisé qui n’a pas d’ouvrage lié à ses compétences, pourra postuler dans un autre arrondissement et être priorisé, ce qui n’est pas le cas actuellement. « Une question de gros bon sens, selon le syndicaliste. Les équipes vont pouvoir s’entraider, dégageant ainsi des économies. »

Le développement de l’expertise à l’interne et le rapatriement de certains services en sous-traitance, les opérations de déneigement, l’entretien du matériel roulant et le gardiennage, constituent également une victoire syndicale pour les cols bleus.

« Il y a des économies importantes à faire là. Tout le monde va y gagner. C’est drôle, avec tout ce qui se passe, la Ville s’est finalement rendu compte que la sous-traitance coûte cher et que la perte de l’expertise interne peut mener à de sérieux problèmes. »

Pour Michel Parent, le Syndicat regroupé des Cols bleus de Montréal a fait preuve de maturité dans ces négociations et est arrivé à une entente responsable qui permettra de sécuriser le régime de retraite de ses membres tout en réduisant la pression sur les finances publiques de la Ville. « Pour nous, le fonds de stabilisation constitue une mesure novatrice, adaptée à notre situation. »

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