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Du pétrole sale au Québec
N° 314 - novembre 2012
Le Comité Nobel norvégien a violé les conditions du testament d’Alfred J. Nobel
L’Union européenne n’est pas une « personne »
Michel Chossudovsky
Le prix Nobel de la paix a été décerné cette année à l’Union européenne (UE) pour sa contribution acharnée à « l’avancement de la paix et de la réconciliation, à la démocratie et aux droits humains en Europe ».

Alors que la contribution de l’UE à la paix est discutable, la question clé consiste à savoir si une union d’États-Nations formant une entité politique, économique, monétaire et fiscale constitue un « candidat admissible » au prix Nobel de la paix, conformément au mandat du Comité norvégien.

Les Jeux olympiques sont « décernés » à des pays. Toutefois le prix Nobel de la paix ne peut en aucun cas être octroyé à un État-Nation, encore moins à une union d’États-Nations.

Le Comité Nobel norvégien a la responsabilité de garantir « l’admissibilité des candidats » conformément au testament d’Alfred Bernhard Nobel (Paris, 27 novembre 1895).

« … Tout le reste de la fortune réalisable que je laisserai en mourant sera employé de la manière suivante : le capital placé en valeurs mobilières sûres par mes exécuteurs testamentaires constituera un fonds dont les revenus seront distribués chaque année à titre de récompense aux personnes qui, au cours de l’année écoulée, auront rendu à l’humanité les plus grands services.

« Ces revenus seront divisés en cinq parties égales. La première sera distribuée à l’auteur de la découverte ou de l’invention la plus importante dans le domaine de la physique; la seconde à l’auteur de la découverte ou de l’invention la plus importante en chimie ; la troisième à l’auteur de la découverte la plus importante en physiologie ou en médecine ; la quatrième à l’auteur de l’ouvrage littéraire le plus remarquable d’inspiration idéaliste ; la cinquième a la personnalité qui aura le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion ou à la propagation des congrès pacifistes.

« Les prix seront décernés : pour la physique et la chimie par l’Académie suédoise des Sciences, pour la physiologie ou la médecine par l’Institut Carolin de Stockholm, pour la littérature par l’Académie de Stockholm, et pour la défense de la paix par une commission de cinq membres élus par la Storting norvégienne. Je désire expressément que les prix soient décernés sans aucune considération de nationalité, de sorte qu’ils soient attribués aux plus dignes, scandinaves ou non… » (Testament d’Alfred Bernhard Nobel, 27 novembre 1895, c’est l’auteur qui souligne.)

On a violé les conditions formulées dans le testament d’Alfred Nobel.

Celui-ci est très clair : les cinq prix doivent être attribués à des « personnes ».

Depuis sa conception, plusieurs prix ont cependant été remis à la fois à des personnes et à des organisations ou institutions auxquelles elles sont affiliées comme dans le cas de Henry Dunant (Croix-Rouge) ou Mohamed El Baradei de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Dans d’autres cas, le prix a été alloué à des organisations composées d’un collectif de personnes (par exemple, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU).

L’attribution du prix Nobel à l’Union européenne, une entité politique, constitue visiblement une trahison éhontée de la volonté d’Alfred Nobel. En vertu du traité de Lisbonne, l’Union européenne a acquis un statut de « personne légale ». Néanmoins, une « personne légale » n’est pas une « personne » comme l’entendait Alfred Nobel dans son testament.

Il est inimaginable que l’on puisse considérer l’UE comme une « personne » ou un « groupe de personnes », voire comme une « organisation ». De plus, Nobel indique dans son testament que les candidats doivent être des citoyens sans égard à leur nationalité : « Je désire expressément que les prix soient décernés sans aucune considération de nationalité, de sorte qu’ils soient attribués aux plus dignes, scandinaves ou non. » (Ibid.)

L’UE est une union d’États-Nations composés de citoyens.

L’UE n’est pas un citoyen en soi et n’a pas non plus de nationalité.

Les citoyens de l’UE sont des « candidats admissibles », mais l’UE ne peut pas être un « candidat admissible ».

Par ailleurs, il est évident que le Comité norvégien de sélection ne peut pas raisonnablement évaluer, comparer ou classer comme « candidats admissibles » au prix Nobel des « personnes » et l’Union européenne, qui n’est pas une « personne », mais plutôt une union de pays.

Il s’agit d’une considération importante : comment peut-on comparer la candidature de l’UE à celle des autres qui sont des « personnes » réelles ? On compare des pommes à des oranges ?

Selon la procédure, une courte liste de nommés « est évaluée par des conseillers permanents et des conseillers recrutés spécialement pour leur connaissance de candidats spécifiques ». Le choix du lauréat se fait ensuite sur la base de cette évaluation par un vote majoritaire des cinq membres du Comité norvégien.

Le prix comprend « une médaille, un diplôme personnalisé, ainsi qu’une prime en espèce ». C’est le théâtre de l’absurde : un « diplôme personnalisé » pour l’Union européenne et une « prime en espèce », pour qui et pourquoi ? Pour financer le déficit budgétaire de l’UE, ses plans de sauvetage bancaire ?

La décision du Comité Nobel norvégien est lamentable, illégale et en violation flagrante de son mandat.

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