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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

Voter ou non pour le Bloc ?
Pierre Dubuc
Jean Chrétien a déclenché prématurément des élections en disant que les Canadiennes et les Canadiens devaient faire un choix de société entre les valeurs représentées par son parti et celles défendues par l’Alliance canadienne.

Mais comment le croire lorsque, quelques jours auparavant, son ministre des Finances, Paul Martin, déposait un mini-budget dans lequel les surplus volés à la caisse de l’assurance-emploi servaient à financer d’importantes exemptions fiscales pour les corporations et les mieux nantis de la société. Des mesures concoctées à la dernière minute uniquement dans le but de ramener au bercail libéral les financiers de Bay Street qui venaient de dépenser 25 000 $ le couvert pour assister à un souper-bénéfice qui a rapporté la somme record de 1,7 million $ au parti... de Stockwell Day.

Au Québec, le choix est fait

Au Québec, nous avons déjà fait notre choix de société lors de l’échec du Lac Meech et du référendum de 1995, alors que les francophones ont voté à plus de 60 % en faveur d’un Québec indépendant. Sur la scène fédérale, cela s’est traduit par un appui massif des francophones au Bloc québécois.

Cet appui est cependant conditionnel à ce que le Bloc défende à Ottawa les idées qui ont prévalu à sa création, c’est-à-dire l’indépendance du Québec et les valeurs social-démocrates.

Mécontents du Bloc

Il y a trois ans et demi, l’appui au Bloc a sensiblement diminué par rapport à l’élection précédente et n’a même pas atteint les 40 %. Une partie importante de l’électorat souverainiste a fait l’élection buissonnière pour exprimer son mécontentement à l’égard du Bloc et, par parti interposé, au Parti québécois.

Au moment où ces lignes sont écrites, la campagne électorale ne fait que débuter et il est évidemment trop tôt pour se prononcer. Nous devrons appuyer notre décision sur la campagne que mènera le Bloc.

S’il cherche à reconquérir l’électorat qui lui a fait faux bond la dernière fois en faisant la promotion de l’indépendance et des valeurs de justice sociale – raisons pour lesquelles il a été créé – nous devrons voter pour le Bloc sans aucune réserve.

Non à une réédition du « beau risque »

Cependant, s’il met l’indépendance en sourdine dans le but de séduire l’électorat conservateur, cela n’augurerait rien de bon. Nous verrions alors poindre le danger d’une coalition avec l’Alliance canadienne dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire. Ce serait la réédition du « beau risque ». Cela ne nous surprendrait évidemment pas que Lucien Bouchard, ancien ministre conservateur du gouvernement Mulroney, cherche à pousser le Bloc dans cette direction.

Nous demandons donc à Gilles Duceppe, aux candidates et candidats du Bloc de s’affranchir de la tutelle de Lucien Bouchard et du Parti québécois. Nous leur demandons de profiter de la campagne électorale pour parler d’indépendance, de tenir un discours véritablement de gauche, ce qui est fort différent d’un discours « populiste » à la Elliott Ness.

Si le Bloc parle d’indépendance et de justice sociale, il faudra mettre notre X dans le cercle accolé au nom du candidat ou de la candidate du Bloc de notre circonscription. Sinon, il faudra suivre la recommandation que Michel Chartrand donnait à sa mère 0 « Maman, tous ces candidats vous veulent du bien, on met des croix partout. »

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