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N° 313 - octobre 2012
Connaissez-vous la Déclaration des droits de l’Homme de l’Islam ?
Bientôt une loi anti-blasphème inspirée de la Charia
Louise Mailloux
Voilà plus de dix ans que l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), regroupant 57 pays musulmans, présente chaque année des résolutions devant la Commission des Droits de l’homme de l’ONU pour faire reconnaître le concept de « diffamation des religions », dans le but exprès de criminaliser le blasphème et de l’inscrire dans le droit international.

Ce combat juridique attaque de front la liberté d’expression, reconnue partout en Occident comme étant un droit constitutionnel, un droit fondamental qui est au cœur de toute démocratie.

Les médias insistent beaucoup pour nous convaincre que les manifestations et les émeutes entourant la diffusion du film « L’Innocence des musulmans » sont le fait d’une minorité de musulmans tout en prenant bien soin de taire la vaste offensive politique qui se prépare à l’ONU pour internationaliser une loi anti-blasphème.

La Secrétaire générale de la Ligue arabe, Nabil al-Araby, a déclaré que la Ligue, ainsi que l’Organisation de la Coopération islamique, l’Union européenne et l’Union africaine sont sur le point d’élaborer une Convention internationale pénalisant le blasphème et les insultes aux figures religieuses.

Cette fois-ci, les planètes sont bien alignées. Le printemps arabe, ayant mis au pouvoir des islamistes, va donner à ce jihad juridique, mené par l’OCI depuis tant d’années, les leviers politiques qui lui manquaient pour faire pression sur les pays occidentaux dans le but d’imposer une loi anti-blasphème.

Considérant la Déclaration des droits de l’homme de 1948 comme impie, les États membres de l’OCI ont adopté, en 1990, une Déclaration des droits de l’homme en Islam qui ne reconnaît comme légitimes que les droits et libertés qui sont conformes à la Charia. Faisons un rapide survol de cette Déclaration.

Article 1a) « Tous les êtres humains constituent une même famille dont les membres sont unis par leur soumission à Dieu... »

Art.1b) « Les hommes sont tous sujets de Dieu.... »

Ce premier article fait de l’humanité entière des musulmans, proscrit la liberté de conscience et le droit à l’apostasie, en plus d’exclure l’athéisme.

L’article 22a) mentionne : « Tout homme a le droit d’exprimer librement son opinion, pourvu qu’elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la Charia ».

Autrement dit, vous n’avez pas la liberté de critiquer l’islam ou de ridiculiser le Prophète. Ce serait blasphémer.

L’article 22c) « L’information est un principe vital pour la société. Il est prohibé de l’utiliser ou de l’exploiter pour porter atteinte au sacré et à la dignité des prophètes, ou à des fins pouvant nuire aux valeurs morales et susceptibles d’exposer la société à la désunion, à la désintégration ou à l’affaiblissement de la foi ».

Limiter la liberté de presse en muselant les journalistes et les intellectuels qui seraient tentés de critiquer l’islam. En plus politiquement correct, cela veut dire « responsabiliser les médias ».

Et finalement, l’article 24, stipulant que « Tous les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration sont soumis aux dispositions de la Charia ».

Je vous rappelle que cette Déclaration a été signée par 57 pays musulmans.

Alors, à quoi pourrait servir d’internationaliser une loi anti-blasphème ?

Première étape : Contrer l’expansion du christianisme et faire fuir les minorités chrétiennes persécutées. Pour que, du Maroc à l’Indonésie soient éliminées toutes influences religieuses étrangères.

Seconde étape : Attaquer la liberté d’expression pour interdire toute critique de l’islam, y compris dans les pays occidentaux. Critiquer l’islam serait alors considéré comme une incitation à la haine des musulmans.

En imposant une telle rectitude aux journalistes et aux intellectuels, on inocule la peur et on contrôle à distance le message de ceux qui façonnent l’opinion publique. C’est connu qu’en politique, l’information est le nerf de la guerre.

Si la liberté d’expression est actuellement attaquée, ce n’est pas parce qu’un mauvais film a ridiculisé le Prophète, mais bien parce que le contrôle de l’information est, pour les islamistes, un enjeu politique d’une importance ­colossale.

Pour les occidentaux, ce film est un navet mais, pour les islamistes, c’est un cadeau tombé du ciel ! Avec cela, ils vont se rendre à l’ONU en jouant les victimes, pendant qu’en Occident, des têtes sont mises à prix et la liberté d’expression se déplace sous escorte ­policière.

Une loi anti-blasphème aurait une portée politique indéniable en ce qu’elle est une étape nécessaire pour les islamistes dans leur volonté d’imposer la charia partout dans le monde. Et ces objectifs sont en tous points conformes à ceux des Frères musulmans.

En mars 2008, la chaîne satellitaire Al-Jazira annonce qu’elle ouvre un grand Centre des droits de l’homme et des médias (DCMF) à Doha, au Qatar. Au même moment, un contrat de partenariat sera signé avec Reporters sans frontières pour éduquer à la « responsabilisation des médias ».

Le 19 juin 2008, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU annonce que la responsabilisation des médias contre la diffamation pour prévenir les crises liées aux représentations stéréotypées de l’islam fera partie du plan d’action pour l’année à venir.

Le point de vue du Centre des médias de Doha sur les évènements récents entourant le film « L’Innocence des musulmans » ? On condamne, disent-ils, la violence causée par le film, mais on demande aussi que les auteurs du film soient punis. « La liberté d’expression est un droit fondamental qui doit être protégé en tout temps. Cependant, avec le droit à l’expression viennent certaines responsabilités, et nous croyons qu’une expression ayant pour but d’inciter à la haine, pouvant conduire à des pertes de vie ou à des actes violents, doit être criminalisée. »

Le 7 septembre 2011, Montréal a été l’hôte de la deuxième conférence mondiale des religions, organisée par l’Université McGill et l’Université de Montréal. Parmi les invités les plus connus se trouvaient le Dalaï Lama, Tariq Ramadan et Gregory Baum.

Cette conférence avait pour but de discuter d’une Déclaration universelle des droits de la personne par les religions du monde qui accorderait aux religions le droit de ne pas être dénigrées par les médias et le milieu universitaire.

À l’article 12.4 de cette Déclaration, on peut y lire que : « Chacun a le droit que sa religion ne soit pas dénigrée dans les médias ou dans les maisons d’enseignement ». Puis en 12.5 : « Il est du devoir de l’adepte de chaque religion de s’assurer qu’aucune religion n’est dénigrée dans les médias ou dans les maisons d’enseignement ».

Des universitaires qui demandent de censurer les médias et le milieu académique. Incroyable !

À la fin de cette Déclaration, il est écrit : « Ce document vise à reformuler la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948...... C’est un fait connu, la Déclaration des Nations Unies a été largement critiquée, taxée d’occidentale, critique qui tire son origine de l’impression que, lorsque de tels efforts viennent de l’Occident, ils sont une prolongation de l’impérialisme, c’est-à-dire, un effort continu de la part de l’hémisphère occidental d’imposer ses propres valeurs au reste du monde en vue de déguiser l’universalisme... ».

Nier l’universalisme des droits et reformuler la Déclaration des droits de l’homme de 1948, jugée colonialiste et impérialiste.

Patrice Brodeur, professeur à l’Université de Montréal responsable de la Chaire de recherche du Canada sur l’Islam, le pluralisme et la globalisation, a même qualifié cette Déclaration « d’innovatrice en ce qu’elle montre comment on peut ajouter à la Déclaration universelle de 1948 des perspectives qui peuvent enrichir notre compréhension des droits de la personne aujourd’hui. C’est, précise-t-il, une déclaration qu’il faut lire en complémentarité et non en opposition de celle de 1948 ».

Innovatrice, vraiment ? Si l’article 12 de cette Déclaration était appliqué, cela ouvrirait la porte aux poursuites judiciaires pour blasphème, tout en mettant les religions à l’abri de toutes critiques, sans compter les médias et le milieu intellectuel qui seraient alors sous haute surveillance.

Cette Déclaration de protection des religions prohibe le droit à la liberté d’expression et contredit manifestement celle de 1948. De plus, elle s’inscrit parfaitement dans le prolongement de la Déclaration des droits de l’Homme de l’Islam et des pressions incessantes de l’OCI pour criminaliser le blasphème.

Deux semaines après la sortie du film L’Innocence des musulmans, les ministres des Affaires étrangères des 57 pays membres de l’OCI demandent aux Nations Unies d’adopter des lois afin de contrer la haine religieuse. L’objectif ultime de ce jihad juridique ? Remplacer les Droits de l’Homme par des droits qui sont conformes à la Charia.

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