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N° 313 - octobre 2012
La Polyclinique Médicale Populaire dans la mire du Collège des médecins
Un corporatisme abusif, harceleur et antitravailleur
Maude Messier
Depuis le 1er mai 1967, la Polyclinique Médicale Populaire vient en aide aux travailleurs accidentés du travail. Unique en son genre, la Polyclinique offre des services de santé adaptés aux besoins des travailleurs victimes d’une lésion professionnelle, dispensés par une équipe multidisciplinaire assurant le traitement, le suivi et la défense des droits des travailleurs en ce qui concerne la santé et la sécurité du travail.

« Ici, le travailleur est pris en charge de A à Z. Pas question de retourner un travailleur qui n’est pas remis à 100 % de ses blessures, explique Lise-Anne Deshaies, directrice administrative de l’établissement. On a une expertise en médecine du travail, mais certains disent qu’on surprotège les travailleurs. C’est faux. Avec moins de traitements, les travailleurs guérissent plus rapidement que dans le réseau public conventionnel et dans le privé. »

Malgré les horaires fixes, les fins de semaines libres, le soutien administratif complet et une rémunération attirante, le recrutement de nouveaux médecins et spécialistes relève du défi, pour la Polyclinique Médicale Populaire.

« De toute évidence, la mission fondamentale de la Poly, centrée sur la santé du travailleur, dérange », explique le docteur Benoit Deshaies.

L’aut’journal a rencontré la direction de la clinique, accompagnée d’un petit groupe de syndicalistes. Ils sont formels : Non seulement le manque de relève menace l’existence de la mission de la Polyclinique, mais soulève aussi la question de la défense des travailleurs accidentés au sens large.

Les syndicats connaissent bien les casse-tête et les maux de tête générés par les dédales administratifs de la CSST, le stress des contestations de réclamations et la démesure de l’appareil juridique et médical déployé contre les travailleurs.

Le docteur Deshaies est d’avis que l’aspect médico-légal et la responsabilité des suivis rebutent les médecins. Il déplore le fait qu’aucune formation adéquate ne soit offerte dans les cursus universitaires pour outiller les futurs ­médecins.

L’équipe de la Poly tient le Collège des médecins pour principal responsable de ses difficultés de recrutement. Une attitude, « à la limite du harcèlement », qui décourage, selon eux, les médecins à s’intéresser davantage à la médecine du travail, spécialité qui n’est d’ailleurs pas reconnue comme telle au Québec.

Le docteur Deshaies précise que, sur 200 appels, seuls 3 médecins ont accepté de pratiquer à la Poly. Ils ont tous quitté après quelques mois. « Un pour des raisons personnelles, les deux autres parce qu’ils se sentaient surveillés par le Collège. »

C’est la polémique autour de la suspension du docteur Raymond Guévin par le Collège en 2008 qui a mené à la création du mouvement « Sauvons la Poly ». Estimant la suspension abusive, différents syndicats et groupes populaires se sont rassemblés pour appuyer la Polyclinique.

« Se battre contre les compagnies d’assurances, c’est une chose, mais se battre contre le Collège des médecins, c’en est une autre », explique Sylvain Charron, représentant le Syndicat des débardeurs (SCFP, section locale 375) au sein du mouvement. « L’objectif est aussi de créer un rempart contre la toute puissance du Collège qui, semble-t-il, fait peur. Nous pensons qu’il faut soutenir les médecins qui choisissent d’œuvrer dans l’intérêt des travailleurs. »

Pour Lise-Anne Deshaies, la surveillance accrue du Collège dans les dossiers de la Polyclinique est bien réelle. « Le Collège fait des vérification de dossiers partout, c’est normal, mais ici, ils peuvent venir trois fois par année, ce qui l’est moins. »

Le Collège des médecins vient de suspendre pour une période de quatre mois le docteur Allen Payne, généraliste à la Polyclinique, notamment pour des prescriptions et des notes manuscrites illisibles. « C’est inacceptable, mais ce n’est pas un motif de suspension. C’est démesuré », dénonce le docteur Deshaies.

« C’est un secret de polichinelle dans le milieu que le docteur Payne n’est pas apprécié des employeurs. Une rumeur circule, selon laquelle sa suspension en aurait réjoui plus d’un », confie Mme Deshaies.

Chose certaine, cette suspension n’aide en rien le recrutement de nouveaux médecins et spécialistes. « Ici, c’est la santé du travailleur qui compte, d’abord et avant tout, au-delà des pressions exercées par les compagnies d’assurance, les employeurs et les médecins d’employeurs. Et ça, ça se fait rare », indique Sylvain Charron.

En 2008, dans le cadre de la campagne « Sauvons la Poly », une série d’actions politiques avaient été entreprises. Le député Amir Khadir, lui-même médecin, avait alors parrainé une pétition de 10 000 noms réclamant que cesse le harcèlement du Collège des médecins à l’endroit des médecins pratiquant à la Polyclinique.

La suspension du docteur Payne ravive l’ardeur du mouvement qui prépare une nouvelle campagne. Vidéo, réseaux sociaux, pression politique, rencontres avec les facultés de médecine : rien n’est négligé pour protéger les droits des travailleurs.

Mais, au jour le jour, la Polyclinique doit se battre pour assurer son fonctionnement et son avenir. « Le plus jeune médecin chez-nous a 51 ans, c’est tout vous dire. Notre horizon est là. Si je perds tous mes spécialistes, je n’ai plus de raison d’être », s’inquiète Lise-Anne Deshaies.

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