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Hydro-Québec doit redevenir le vaisseau amiral de l’économie
N° 313 - octobre 2012
L’assimilation de la quasi-totalité des allophones immigrés découle de la sélection
Les effets du « travail » de la Loi 101 sont limités
Charles Castonguay
Les données linguistiques du recensement de 2011 seront diffusées le 24 octobre prochain. Il y aura de mauvaises nouvelles. Le poids du français aura encore baissé au Canada, tout comme au Québec.

Comme d’habitude, Statistique Canada mettra l’accent sur les bonnes nouvelles. Au Québec, la part du français dans l’assimilation des allophones sera sans doute de nouveau à la hausse.

Depuis 1978, le Québec sélectionne une partie de ses immigrants et favorise ceux qui maîtrisent le français. Par conséquent, parmi les allophones qui parlent soit le français, soit l’anglais comme langue d’usage à la maison, la part des francisés augmente à chaque recensement.

Statistique Canada n’a jamais précisé que la sélection des immigrants est la principale cause de cette francisation accrue. Cela permet aux commentateurs peu scrupuleux de l’attribuer à la loi 101.

Au dévoilement des données de 2006, Statistique Canada avait monté en épingle le fait que, parmi les allophones qui avaient immigré au Québec entre 2001 et 2006 et qui déclaraient parler une nouvelle langue d’usage à la maison, 75 % – « un sommet » – avaient choisi le français plutôt que l’anglais. Sans souligner que ces choix ont, presque en totalité, lieu à l’étranger. Aux Christine St-Pierre de prétendre ensuite – ô prodige ! – que « la loi 101 fait son travail ».

Le recensement ne dit pas quand l’assimilation s’est produite. Mais on peut facilement l’estimer.

Dans mon étude Indicateurs généraux de vitalité des langues au Québec, publiée par l’Office québécois de la langue française (OQLF) en 2005, je relève qu’à chacun des recensements de 1991, 1996 et 2001, le taux d’assimilation des immigrants allophones les plus récemment arrivés s’élève déjà à environ 20 %. Je souligne aussi que l’assimilation n’augmente ensuite que lentement et culmine, après plusieurs décennies de séjour, à quelque 40 %.

Ce lent passage de 20 à 40 % confirme que, de façon générale, l’individu qui change de langue d’usage à la maison met une bonne partie de sa vie à le faire. J’en déduis que les allophones qui, au premier recensement après leur descente d’avion, déclarent parler le plus souvent le français ou l’anglais au foyer, ont quasiment tous adopté ce comportement avant de mettre pied au Québec.

Fondée sur pas moins de trois recensements, cette conclusion ramène sur terre quant à l’efficacité de la Charte de la langue française. La part de 75 % dévolue au français dans l’assimilation de la cohorte d’allophones immigrés en 2001-2006 n’est pas attribuable à la loi 101. Elle découle en quasi-totalité de la sélection d’allophones qui avaient adopté beaucoup plus souvent le français que l’anglais comme langue d’usage, avant même d’immigrer.

Ce point est d’une telle importance qu’il vaut la peine d’en refaire la démonstration. Notre graphique présente, au moyen des données de 2006, le taux d’assimilation au français ou à l’anglais des immigrés allophones, selon la durée de leur séjour au Québec.

Les deux derniers points du graphique indiquent que l’assimilation avait atteint quelque 45 % parmi les cohortes immigrées en 1961-1965 et 1966-1971. Ces points se situent au-dessus de 32,5 et 37,5 ans, soit le nombre moyen d’années de séjour de ces cohortes au moment du recensement de 2006.

À l’autre extrémité du graphique, le deuxième point correspond à un séjour moyen de 2,5 ans. Il nous apprend que l’assimilation de la cohorte d’allophones arrivés au cours des cinq années précédant le recensement de 2006, c’est-à-dire en 2001-2005, atteint déjà 26 %.

On voit aussi qu’entre 2,5 et 32,5 années de séjour, l’assimilation progresse à peu près en ligne droite. Après, elle plafonne. Normal. Les membres les plus jeunes de la cohorte la plus ancienne approchent les 40 ans. À cet âge, on ne change plus guère de langue d’usage.

Le premier point du graphique est particulièrement instructif. C’est en 2006, l’année même du recensement, que les allophones en question ont immigré. Ils sont arrivés avant le 16 mai, jour du recensement.

Or, l’immigration se fait rare en plein hiver mais reprend au printemps. En moyenne, les allophones arrivés avant la mi-mai se trouvent donc au Québec depuis quelques semaines seulement.

Pourtant, ce premier point indique que leur taux d’assimilation s’élève déjà à 25 %. Un taux quasiment identique aux 26 % de la cohorte 2001-2005 qui compte 2,5 années de séjour.

Normal aussi. Notre graphique montre qu’à mesure que s’allonge le séjour, l’assimilation ne croît que très lentement. Elle met une trentaine d’années à gagner une vingtaine de points de pourcentage, soit une croissance de moins d’un point par année de séjour.

Qu’on n’essaie donc pas de nous faire accroire que les allophones arrivés en 2006 parlaient tous leur langue maternelle à la maison avant d’immigrer au Québec mais que, en l’espace d’à peine quelques semaines de séjour, le quart d’entre eux se sont soudainement mis à parler, comme langue d’usage au foyer, le français ou l’anglais !

Ce n’est là que la pointe de l’iceberg. Car à moins d’être adepte de la pensée magique, il est tout aussi évident que ce qui vaut pour les allophones immigrés en 2006 vaut également, à un degré légèrement moindre, pour l’assimilation de la cohorte 2001-2005, francisés comme anglicisés.

L’on ne saurait en effet soutenir que, de zéro à l’arrivée, l’assimilation bondit à 26 % dès deux ou trois ans de séjour, en moyenne, pour ensuite mettre 30 ans, c’est-à-dire dix fois plus de temps, pour atteindre 45 %. Les 75 % de francisation agités par Statistique Canada et St-Pierre – en chiffres réels, il s’agit d’environ 30 000 francisés contre près de 10 000 anglicisés – s’est donc réalisé presque en totalité dans d’autres pays et non au Québec.

Il subsiste en outre une part importante d’assimilation réalisée à l’étranger parmi les cohortes plus anciennes. Que les immigrants allophones soient plus souvent francisés d’avance qu’anglicisés remonte par ailleurs aux années 1970. Il s’ensuit que, si la part du français dans l’assimilation des allophones, immigrés et natifs du Québec réunis, a globalement atteint 51 % en 2006, comme certains se plaisent aussi à le claironner, c’est en grande partie en raison de l’assimilation réalisée à l’étranger.

Nos données pour les quatre recensements de 1991 à 2006 permettent d’estimer combien d’allophones ayant immigré au Québec durant les cinq années précédant chacun de ces recensements, soit au total entre 1986 et 2006, et toujours présents au Québec en 2006, parlaient déjà le français ou l’anglais comme langue d’usage avant d’immigrer. En tout, cela représente au moins 60 000 allophones qui sont arrivés au Québec francisés d’avance, à l’étranger, contre quelque 20 000 anglicisés.

Ce n’est toujours là qu’une partie de l’assimilation réalisée à l’étranger. Néanmoins, en rabattant en conséquence l’assimilation globale au français et à l’anglais en 2006, on obtient 43 % comme estimation – maximale – de la part du français dans l’assimilation des allophones qui a effectivement été réalisée au Québec. C’est bien inférieur aux 51 % que Statistique Canada, voire l’OQLF, préfère mettre de l’avant. Et encore plus éloigné des 90 % qui représenterait la « juste part » de la majorité francophone.

S’en tenir à la population allophone née au Québec constitue un autre mode de vérification, puisque l’essentiel de son assimilation se déroule en milieu de vie québécois. En 2006, la part du français dans cette assimilation n’est que de 34 %. Elle était de 32 % en 1971.

Lors du dévoilement des données de 2011, Statistique Canada attribuera sans doute au français une part supérieure à 51 % dans l’assimilation des allophones. La loi 101 aura beau avoir exercé un effet non négligeable, il est certain que, sur le terrain, au Québec, la part du français aura été nettement moins belle.

Il sera impossible cette fois d’en effectuer la moindre vérification. Harper, avec l’acquiescement tacite de Charest, a supprimé du recensement de 2011 toute question sur le lieu de naissance et la période d’immigration.

Qu’importe. Les recensements précédents nous ont fourni d’excellentes raisons de nous méfier. Ne nous laissons pas berner par les prophètes de bonheur quant à l’effet de la loi 101 sur l’assimilation en milieu de vie québécois.

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