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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

L’Octobre noir de l’information
Paul Rose
Un bon matin d’octobre 70, se levant du mauvais pied, les felquistes se seraient dit 0 « Que faire aujourd’hui pour se dégourdir les jambes ? Tiens pourquoi pas un enlèvement ! Ou deux ! » Voilà bien l’impression qu’ont laissé la quasi-totalité des émissions et des articles sur le trentième anniversaire d’octobre 70 dans « nos » grands médias.

Et pas seulement par des représentants de la droite ! Deux ou trois « analystes » « paniquars » d’une certaine gauche caviar, pour ne point la nommer, s’en sont tenus eux aussi aux quelques éléments les plus sensationnels. Ils ont donné volontiers dans le « groupuscule »... curieusement une expression jamais utilisée pour désigner la poignée de milliardaires québécois avec lesquels ils s’affichent, partenariat oblige ! Et rapidement, ils ont sombré dans les raccourcis simplets du genre « mouvement spontanéiste autoproclamé de si et de ça », passant soigneusement sous silence l’étendue du climat contestataire révolutionnaire de l’époque et le blocage des voies démocratiques par les « autorités en place ». Bref, ce sans quoi Octobre perd tout son sens. Pas un traître mot sur le règlement anti-manifestation à la fin de 1969, les mandats d’arrêt contre les principaux leaders de la gauche contestataire. Rien non plus sur le « coup de la Brink’s », sur les descentes policières à répétition et la déstabilisation des organismes populaires socio-politiques au printemps 70...

Pas une ligne sur les appuis larges pendant et après les événements de 70 0 assemblée au Centre Paul Sauvé, manifs, sondage de l’université Laval montrant qu’en 1970 la population craignait plus l’armée que le FLQ. Aucune mention des spectacles de la Résistance, non plus que du lancement, par les présidents des centrales syndicales, des leaders de groupes populaires et quelque 500 personnalités du milieu culturel, d’une campagne pour la libération et l’amnistie des prisonniers politiques felquistes, pétition signée en quelques mois par plus de 70000 personnes et déposée devant l’Assemblée nationale au début des années 80, etc.

Chapeau pour Les chasseurs d’idées

Une heureuse exception dans la noirceur des grands médias 0 l’émission Les chasseurs d’idées de Télé-Québec, diffusée dans les derniers jours d’octobre. L’analyse, même si je ne la partage pas entièrement, dépassait de plusieurs têtes tout ce qui a été vu, lu et entendu pendant le mois. Y compris à Télé-Québec !

Pour le reste, à droite toute ! On nage en plein délire du déclamatoire, du pathos... et du patof ! Même pas d’analyse de droite... d’ordinaire pourtant pas si compliquée que ça à faire ! Non, le vide le plus total. Comme prévu, les passages des quelques témoignages felquistes retenus ont été, dans la presque totalité des cas, triturés, hachurés, re-ficelés, au mieux, réduits au niveau le plus simple du human interest (selon l’expression consacrée par Michel Chartrand), à savoir des questions sur l’état des « papillons qui vous flottaient dans le ventre ». Et je vous fais grâce de toutes les erreurs de noms, de faits, de dates, de lieux, de citations... Quant à l’essentiel, le pourquoi d’octobre, le grand silence noir.

PET et FLQ, même combat ?

À droite, sans contredit, le Black October de CBC bat tous les records de turpitude. On atteint le bas-fond de la noirceur médiatique d’octobre 2000. Il ne fallait pas s’attendre à grand-chose de l’auteur qui avait commis en 1992 le soi-disant documentaire sur les « Mémoires » de PET avec lequel on nous a pété les oreilles une semaine durant à RDI... Surtout pas à ce qu’il fasse référence au contexte populaire québécois de l’époque, sinon, à contrario, sous le mode du Beau Grand Canada brisé en deux.

Cela dit, on ne s’attendait pas à ce qu’il invente des phrases de toutes pièces ! Et qu’il les fasse dire par un comédien, en anglais, avec accent s.v.p. ! Puis, sans avertissement, qu’il procède comme si les paroles étaient prononcées de vive voix par un membre du FLQ 70, alors qu’au même moment, sous la photo figée à l’écran, apparaissaient sous-titré en grosses lettres, par exemple 0 « Mots de ... Paul Rose. »

En effet, il y a de quoi figer ! On flotte en pleine fiction, la pire, celle qui se cache ! Au point que certaines de mes connaissances, et pas des plus éloignées, étaient convaincues que j’avais effectivement donné une entrevue à CBC, au surplus en anglais, eux et elles qui savent pourtant bien que je ne suis pas bilingue pour cinq cennes ! Oh, force trompeuse de l’image ! Ce qui explique sans doute pourquoi le « documentaire » d’Octobre noir, tire une bonne partie de ses images québécoises de la filmographie de fiction.

Un beau cas pour le Conseil de presse d’aujourd’hui et la sociologie de demain que cet Octobre noir de l’information !

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