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Minoritaire !
N° 312 - septembre 2012

Ouf ! Nous l’avons échappé belle !
Pierre Dubuc
L’intrusion du Canada anglais dans la dernière campagne électorale et les événements dramatiques des derniers jours illustrent l’ampleur des forces qui s’opposent à l’émancipation du Québec, et tous les dérapages possibles. Nous n’avons qu’une seule force comme recours : notre nombre et notre solidarité.

Au Métropolis, bien sûr, et politiquement – mais ne le disons pas trop fort – à cause de notre mode de scrutin.

Assez de déni ! Richard Henry Bain n’est pas descendu de Mont-Tremblant, armé de bidons d’essence, d’un revolver et d’une arme semi-automatique pour célébrer la victoire du Parti Québécois. Clairement, Pauline Marois était visée ! Et qui sait ce qui serait advenu des 2 000 personnes présentes, si le tireur avait réussi à pénétrer dans l’enceinte du Métropolis ou si le feu s’était rapidement propagé dans l’édifice.

Le traitement journalistique de cet événement a été pitoyable. Presque tous se sont donné le mot pour en ignorer la signification politique. Une seule explication est autorisée : il s’agit du geste d’un déséquilibré. Comme lors du massacre de Polytechnique. Mais la presse internationale ne s’y est pas trompée. Le New York Times, le Monde et d’autres grands médias, ont rapporté les propos de R. H. Bain – « Les anglais se réveillent » – et les ont présentés comme une réaction « à la victoire du parti séparatiste » !

Dans une lettre que nous avons publiée sur notre site Internet quelques jours avant le scrutin, Mario Beaulieu, le président du Mouvement Montréal français, dénonçait les dérapages haineux dans les médias anglophones.

Rarement a-t-on vu les médias du Canada anglais s’immiscer de la sorte dans une campagne québécoise et traiter avec autant de mépris, voire de racisme, les propositions linguistiques, identitaires et nationales légitimes du Parti Québécois. Avec la Gazette et les radios poubelles anglophones de Montréal, ils ont créé l’environnement propice au passage à l’acte d’un Richard Henry Bain.

Des « journalistes » comme Anne-Marie Dussault, et des politiciens frustrés comme l’ex-ministre défait Serge Simard, ont cherché à imputer la responsabilité de l’attentat au « ton » des débats à l’Assemblée nationale, ou à Mme Marois elle-même, dans le cas de M. Simard, comme si elle avait porté le carré rouge pour se désigner comme cible à un éventuel tireur.

La manœuvre est claire. Nier toute signification nationale et linguistique à l’événement. Pourtant, s’il est une conclusion qui s’est imposée dans cette campagne électorale, c’est la place centrale de la question nationale québécoise sur la scène politique canadienne.

Depuis un certain nombre d’années, les fédéralistes cherchent à camoufler cette réalité avec la promotion de l’opposition droite/gauche. Mais la campagne électorale a démontré la superposition de ces deux axes. La question nationale est une question sociale et vice-versa. Devant la droite fédéraliste anglophone se dresse le mouvement progressiste souverainiste québécois.

Dans ce combat, le rapport de force demeure largement favorable aux fédéralistes. Le Parti Libéral, fort du vote ethnique de la minorité anglophone, a montré sa résilience en faisant élire 50 députés. Créée de toutes pièces par les médias de Québecor, dont le propriétaire Pierre-Karl Péladeau a noué une solide alliance avec le gouvernement de Stephen Harper par le biais de sa filiale Sun Media au Canada anglais, et parrainée par Charles Sirois de la Banque Canadienne impériale de Commerce, la CAQ a ramassé le fonds de commerce de l’ADQ et effectué la majorité de ses gains aux dépens du Parti Québécois.

Avec moins de 32 % des suffrages, le Parti Québécois a fait moins bonne figure que lors de l’élection précédente (35 %). Il doit aux particularités de notre mode de scrutin de pouvoir former le prochain gouvernement.

La division du vote progressiste et souverainiste entre trois partis, le Parti Québécois (31,94 %), Québec solidaire (6,03 %) et Option nationale (1,90 %) a coûté 22 circonscriptions au Parti Québécois et une à Option nationale.

L’unité des trois partis aurait permis l’élection d’un gouvernement majoritaire avec 76 députés péquistes, deux de Québec solidaire et un d’Option nationale.

Le scrutin proportionnel, réclamé à grands cris par Québec solidaire et Option nationale, aurait peut-être permis au premier de faire élire 4 à 5 députés de plus et au second deux députés, mais il aurait donné, si on en avait respecté l’esprit, un gouvernement de coalition Libéral-Caquiste, les deux partis fédéralistes totalisant 58,27% des suffrages.

Que faire maintenant ? À moins d’un revirement aussi spectaculaire qu’imprévu, le prochain scrutin se déroulera selon le même mode de scrutin. Au soir de l’élection, François Legault n’a pas demandé de scrutin proportionnel et les Libéraux s’y opposent. Alors, même si le Parti Québécois répondait aux demandes de Québec solidaire, les deux partis n’ont pas la majorité requise pour l’imposer.

PQ, QS et ON ont donc intérêt à s’unir et à constituer le front uni indispensable à tout mouvement de libération nationale. D’autant plus que Thomas Mulcair a annoncé son intention de créer une section provinciale du NPD. À ses yeux, avec à peine 6% des suffrages, Québec solidaire, avec lequel le NPD Canada possède certaines affinités, mais qui a surtout le défaut de se proclamer souverainiste, n’est pas une alternative valable.

Plusieurs obstacles se dressent sur la route de l’unité des trois partis souverainistes. Il y a les inévitables illusions électorales (chacun pense faire des gains mirobolants la prochaine fois), les divergences idéologiques et politiques, mais également des aspects financiers, chaque vote représentant un montant d’argent dans les coffres des partis.

Les appels à l’unité et les efforts déployés avant cette élection-ci ont démontré la difficulté d’une entente lorsqu’on se limite à des pourparlers entre les directions des partis.

Cependant, il faut prendre acte de l’extraordinaire importance des enjeux.

Une élection de la CAQ de Legault aurait signifié, à toutes fins pratiques, la fin de la syndicalisation, avec l’imposition du scrutin obligatoire. Est-il également besoin de rappeler la suppression de 4 000 emplois à Hydro-Québec et sa possible privatisation? On pourrait multiplier les exemples.

Nous l’avons échappé belle! Cette fois-ci. Mais, c’est partie remise. La droite va revenir à la charge. Le contexte nord-américain et mondial l’y invite et nos médias néolibéraux vont se faire un devoir et un plaisir de lui mettre la table. Le ralentissement de l’économie québécoise, visible depuis quelques mois, et le surendettement légué par le gouvernement Charest, compliqueront la tâche.

Bref, la situation est trop grave pour être laissée entre les mains des directions des partis. D’autres joueurs doivent s’inviter sur la patinoire pour faire pression sur les partis politiques et imposer, s’il le faut, une entente. Des personnalités, les organisations syndicales et populaires, mais également les militantes et les militants de la base.

Dans cette perspective, les États généraux sur la souveraineté du Québec pourraient constituer un cadre approprié pour mener à bien ces débats et accoucher d’une entente portée par la base et que les directions des partis seraient obligées de considérer sérieusement.

L’intrusion du Canada anglais dans la dernière campagne électorale et les événements dramatiques des derniers jours illustrent l’ampleur des forces qui s’opposent à l’émancipation du Québec, et tous les dérapages possibles. Nous n’avons qu’une seule force comme recours : notre nombre et notre ­solidarité.

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