L'aut'journal
Le jeudi 23 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Minoritaire !
N° 312 - septembre 2012
Un nouveau syndicat pancanadien de 300 000 membres
Les syndiqués québécois gardent leur statut particulier
Maude Messier
Les deux plus importants syndicats canadiens du secteur privé, le Syndicat national de l’automobile, de l’aérospatiale, du transport et des autres travailleurs et travailleuses du Canada (TCA) et le Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCEP), s’uniront pour créer une grande force syndicale.

« Ce n’est pas une fusion, explique Sylvain Martin, nouvellement élu au poste de directeur québécois des TCA. Il s’agit de la création d’un nouveau syndicat. C’est important. On veut trouver la meilleure façon de fonctionner pour nos membres. Tout est revu de A à Z. »

Structure plus démocratique, représentation équitable des femmes, des autochtones et des diversités culturelles, capacité de recrutement accrue, programme d’éducation syndicale et politique « sans précédent », tout est mis en œuvre pour organiser et renouveler le mouvement syndical canadien dans l’objectif avoué de contrer la montée du néolibéralisme et des attaques antisyndicales, particulièrement dans le contexte d’un gouvernement fédéral conservateur.

Ce nouveau syndicat, dont le nom et l’identité visuelle ne seront connus qu’au moment du congrès de fondation, représentera un peu plus de 300 000 travailleurs et travailleuses à travers le pays (52 090 au Québec) issus d’un large éventail de secteurs d’activité : manufacturier, communications, transports, ressources et services.

Selon Michel Ouimet, vice-président exécutif du SCEP, la crise du secteur du papier et de l’automobile a assurément contribué à l’accélération des pourparlers, des « discussions préliminaires » ayant déjà cours depuis quelques années entre les sections québécoises des deux organisations.

En quatre ans, et presque uniquement dans le secteur du papier, le SCEP a perdu près de 10 000 membres au Québec et 30 000 à l’échelle du Canada.

Les TCA sont passés de 265 000 membres à 193 000 au cours des dernières années. Au début des années 1990, le secteur automobile représentait 70 % de leurs activités. Il n’en représente plus que 20 % à ce jour.

En Ontario, Oshawa, ville phare de l’industrie automobile, comptait près de 30 000 syndiqués TCA à la même époque, il n’en reste plus qu’environ 9 000, dont 4 500 actifs, les autres étant sur la liste de rappel en raison des mises à pied.

La volonté de raviver le syndicalisme social motive l’union des deux syndicats. Parce qu’au-delà de la négociation de bonnes conventions collectives, il y a aussi l’engagement à améliorer les conditions de travail et de vie des travailleurs syndiqués, mais aussi celle de leurs familles, de leur communauté et de la société en général. La défense des politiques publiques progressistes et des programmes sociaux constitue une part importante du rôle syndical, selon les TCA et le SCEP.

Dans l’objectif de rallier le plus grand nombre de travailleurs possible, le nouveau syndicat aura « une structure inclusive, faite pour accueillir ceux qui veulent se joindre à nous. » Autre innovation qui témoigne de la volonté d’une plus grande cohésion sociale, l’adhésion sera notamment ouverte aux personnes sans emploi, aux jeunes, aux étudiants, aux salariés occupant des emplois précaires, aux contractuels, aux travailleurs autonomes, aux pigistes. Bref, à ceux qui n’ont actuellement pas accès à un ­syndicat.

« Il faut s’unir pour faire face aux multinationales. Dans le contexte actuel, il nous apparaît évident que c’est la chose à faire, la meilleure façon de s’organiser pour atteindre une masse critique et influencer au plan politique », affirme Sylvain Martin.

Si le défi organisationnel est grand, la force de ce nouveau syndicat réside justement dans sa portée territoriale et économique. La complémentarité des deux organisations assure une influence accrue « coast to coast », permettant des actions concertées à l’échelle ­canadienne.

Cette unité pancanadienne ne se fera pas au détriment du Québec, bien au contraire.

Sylvain Martin explique que, chez les TCA, « il y a longtemps que la question de la particularité du Québec est réglée et reconnue par l’organisation. Pour nous, c’était important que cette reconnaissance-là soit également présente dans le nouveau syndicat. »

Même son de cloche du côté de Michel Ouimet du SCEP où l’on reconnaît aussi « une certaine distinctivité » au Québec, « quoique plus timide. Mais pour nous, cette autonomie pour le Québec, tant pour Sylvain Martin que pour moi, c’était une rupture d’entente. »

La direction nationale du syndicat comptera trois dirigeants à temps plein, soit un président, un sécrétaire-trésorier et le directeur québécois, conférant au Québec un statut particulier au sein de la nouvelle organisation, un legs de l’organisation des TCA.

En janvier dernier, un comité bipartite ayant pour mandat de discuter et d’évaluer les enjeux liés à la création d’un nouveau syndicat et à élaborer des propositions en ce sens a été mis sur pied. Le rapport final du comité a été adopté à l’unanimité par les quelque 1 000 délégués des TCA réunis en congrès le 22 août dernier. Les délégués du SCEP se prononceront à leur tour le 14 octobre prochain à Québec.

Michel Ouimet est confiant quant à l’adoption du projet « Il n’y aura pas de problème majeur », déclare-t-il reconnaissant toutefois que ce ne sera probablement pas un vote unanime, comme chez les TCA. « La base a été consultée sur ce projet. Nous avons tenu des réunions consultatives et l’arrimage entre les dirigeants des deux syndicats s’est bien effectué. »

Sylvain Martin précise que tout le processus de discussion a été transparent, que des rapports ont été publiés et mis à la disposition des syndicats locaux, un site Internet informatif a été créé et les dirigeants ont eu la possibilité de s’exprimer et de remettre en question le projet. « En bout de ligne, ce sont eux qui auront le dernier mot au congrès », conclut M. Ouimet.

Si le projet est adopté par le SCEP, six comités de travail seront mis en branle pour voir aux aspects techniques et à l’implantation du nouveau syndicat. Le congrès de fondation devrait avoir lieu à la fin de l’année 2013.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.