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N° 312 - septembre 2012
La flexibilité, c’est de la main-d’œuvre jetable selon le taux d’achalandage
La protection des emplois demeure le nerf de la guerre
Maude Messier
Les 35 syndicats du secteur de l’hôtellerie à la CSN, représentant 5 500 travailleurs, sont actuellement en processus de négociation concertée.

Or, les négociations piétinent. « Normalement, par le passé, les règlements sont déjà tombés à ce stade-ci. Pour nous, c’est évident qu’il y a un retard volontaire aux tables de négos », explique Michel Valiquette, porte-parole du secteur de l’hôtellerie à la Fédération du commerce CSN.

Au moment d’écrire ces lignes, plusieurs actions de débrayages de courte durée ont déjà eu lieu à Montréal et à Québec et un débrayage massif de 24 heures est prévu pour le 9 septembre à travers le Québec.

Signe que le climat s’envenime, à la CSN on indique déjà que des votes de grève générale devraient se tenir sous peu dans un bon nombre d’établissements.

Quatre conflits de travail sont en cours à Montréal, notamment au Regency Hyatt, depuis le 25 juillet dernier, au Holiday Inn Select Sinomonde, en lock-out depuis le 5 août, à l’hôtel Espresso qui a déclenché un lock-out le 16 août et à l’hôtel Maritime qui a mis les travailleurs à la rue le 1er septembre.

À ce jour, près d’une cinquantaine d’infractions liées à la présence de briseurs de grèves (scabs) ont été constatées par les inspecteurs du ministère du Travail au Hyatt Regency de Montréal ainsi qu’à l’hôtel Holiday Inn Select Sinomonde du quartier chinois.

Rien de semblable ailleurs au Québec, quoique les hôteliers de la capitale nationale soient passablement nerveux quant à la possibilité d’une grève de 24 heures. Que se passe-t-il donc à Montréal ? « Les employeurs semblent s’être concertés, ils ont dû nous imiter, ironise Michel Valiquette. Ils veulent nous faire rentrer à rabais, mais ça n’arrivera pas. »

La partie patronale joue la carte du contexte économique difficile. Or, dans un article publié mardi dernier, La Presse révélait que le nombre de chambres louées dans la métropole a bondi de 11,6 % par rapport à juin 2011 et que les hausses combinées de l’occupation des hôtels et du prix de location « ont fait exploser les recettes des hôteliers de 21 % en juin. Ils se sont ainsi partagé près de 84 millions, comparativement à 69 millions de $ l’an dernier ».

Ces données colligées par Tourisme Québec sont toutefois contestées par l’association des hôtels du Grand Montréal (AHGM) qui prétend que la hausse se situe plutôt autour de 0,5 % pour cette même période.

Bien au-delà des augmentations salariales, la protection des emplois constitue le nerf de la guerre de cette négociation. « C’est vrai, avec les années, on convient du fait qu’on a de bonnes conventions collectives, le problème, c’est qu’il y a de moins en moins de personnes qui en bénéficient », soutient Michel Valiquette.

La partie syndicale revendique une protection accrue des emplois. La partie patronale réclame plus de flexibilité : augmentation du nombre d’heures pour accéder à un poste à temps plein, prolongation de la période de probation et diminution des garanties d’heures, les faisant passer de 8 à 4 pour une journée de travail. Ainsi, la semaine de travail d’un employé, et son salaire, pourrait être réduite de moitié, sans compensation financière.

« Ils nous demandent de la flexibilité. Nous, on comprend qu’ils veulent de la main-d’œuvre jetable selon le taux d’achalandage. »

De son côté, la partie syndicale demande plus de protection contre le travail effectué par les cadres, de même que l’obligation pour l’employeur d’afficher les postes vacants et de ne pas remplacer les postes à temps complet par du temps partiel.

La popularité grandissante des « plans verts » offerts à la clientèle pose aussi problème. En échange d’un coupon rabais ou encore d’une consommation au bar, par exemple, l’établissement vous propose de réduire au minimum l’entretien quotidien de votre chambre pendant votre séjour. Ce qui permet de diminuer le gaspillage, réduire les lavages de draps et de serviettes inutiles, ou l’utilisation de produits de nettoyage.

« Soyons clairs, nous n’avons rien contre les plans verts en soi. Par le passé, nous avons tenté d’initier des pratiques écologiques, mais les employeurs n’embarquaient pas », explique le leader syndical qui déplore cependant que ce « label écologique » permette surtout à l’employeur de couper des postes et de réduire ses coûts au détriment des travailleurs.

Malgré l’écart des demandes initiales respectives, une entente a pourtant été conclue en trois rencontres de négociations à l’hôtel Château Cartier de Gatineau, le 8 août dernier, soit un peu moins d’un mois avant l’échéance de la convention collective.

Les trois principales demandes sur la question de la protection des emplois ci-haut mentionnées ont été acceptées intégralement. Sur le plan salarial, l’entente prévoit 3 % d’augmentation annuellement pendant 4 ans (la demande syndicale initiale était de 5 % par année pour un contrat de 3 ans), assurant le maintien du pouvoir d’achat. L’ensemble des syndicats ont entériné cette entente, ce qui pourrait donc en faire une entente cadre pour le règlement des 34 autres négociations.

Michel Valiquette estime que cette entente est tout à fait exportable et que le contexte financier de cet établissement n’est pas différent des autres établissements au point d’empêcher un ­règlement.

Mais l’été n’est pas terminé et le mois de septembre constitue une vitrine de choix pour les syndicats. « L’industrie hôtelière se porte bien et les perspectives d’avenir sont positives. Même le Conference Board du Canada fait des pronostics favorables pour Montréal et Québec en matière de tourisme avec la venue de congrès cet automne. Septembre est un gros mois dans le secteur hôtelier. »

Au moment de mettre sous presse, on apprenait qu’une entente est finalement survenue entre le syndicat l’hôtel Marriott Château Champlain et la direction de l’établissement, le 4 septembre au soir. À l’instar de l’hôtel Château Cartier à Gatineau et de l’hôtel Quality à Sherbrooke, l’entente de principes répond en tous points aux objectifs de la plateforme de négociations coordonnées des 35 établissements syndiqués à la CSN.

Ce premier règlement dans un établissement hôtelier majeur de Montréal (250 travailleurs) fera monter la pression d’un cran et pourrait fort bien précipiter les ententes.

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