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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

Dion contre Turp
François Parenteau
Le vendredi 20 octobre, à Maisonneuve à l’écoute, un débat opposait le bloquiste Daniel Turp au capitaine Plan B lui-même, Stéphane Dion. Pierre Maisonneuve avait beau décorer son visage de G.I Joe d’un large sourire le plus souvent possible pour détendre l’atmosphère, on était clairement là en présence de deux gars à ne pas inviter au même party. Le problème ne doit pas se poser souvent puisque, de toute façon, voilà deux gars qu’on n’a pas tellement envie d’inviter à un party.

L’occasion de ce Hilton-Ouellet constitutionnel était la publication récente par Turp de son livre La nation baillonnée et par Dion du sien Le parti de la franchise. J’avoue que j’ai manqué le début mais j’ai trouvé l’échange frustrant. Maisonneuve a trop souvent dû intervenir pour démêler des corps à corps où les deux parlaient en même temps et s’interrompaient tout le temps, de sorte que les arguments n’étaient jamais déployés jusqu’à leur punch. Beaucoup de jabs mais aucun knock-out.

Turp avait délaissé son fameux nœud papillon qui lui donne un air de waiter mais il avait toujours son ton prêcheur et ses formules compliquées. Tout au long de l’affrontement, il n’a jamais daigné nommer son adversaire, préférant le désigner comme « le ministre ». Ça sonnait comme le chanteur Prince qui se fait appeler « The artist ». À certains moments, je me demandais même de quel ministre il parlait.

Stéphane Dion, lui, avait toujours cette étrange voix où un calme apparent dans l’intonation n’arrive pas à effacer la fébrilité de l’élocution. J’ai toujours l’impression qu’il va dire 0 « Sinon, je devrai le dire à ma mère... »

Je dois avouer que ce ministre aux allures de mulot hautain me fascine de plus en plus. Il démontre un inébranlable entêtement dogmatique fédéraliste et centralisateur et un féroce négationnisme de l’idée d’un peuple québécois. Il ne laisse rien à l’adversaire. Pour lui, la révolution tranquille fut largement le fait du fédéral et la nuit des longs couteaux n’a été que le résultat de la mauvaise volonté de René Lévesque. En fait, charisme en moins, remarquez à quel point il ressemble à Trudeau...

C’est ce côté « incorruptible » et tout d’un bloc qui fait la force de Dion. Turp, en face de lui, avait souvent l’air de vasouiller. Les politiciens souverainistes ont tellement dilué, reformulé et déguisé leur option que leurs discours ne peuvent plus être sincères. En plus de s’attaquer minutieusement à tous leurs arguments, Stéphane Dion, en bon sophiste, a le don de renvoyer les souverainistes à leurs contradictions.

J’aimerais aussi lui souligner les siennes. Par exemple, à propos de la partition, son slogan « Si le Canada est divisible, le Québec l’est aussi » est très habile. Mais le Canada est une confédération dont les provinces sont les corps composants. On a souvent comparé le débat Québec-Canada a une chicane de couple. Transposé dans cette image, son slogan se traduirait par0 « Si notre mariage peut se briser, ta jambe aussi... » À ce genre de déclaration, on envoie la police...

Monsieur Dion dit avoir la responsabilité de protéger le droit des citoyens canadiens du Québec de rester canadiens. Il mentionne souvent à ce titre les peuples autochtones qui ont répondu largement non aux référendums et il accuse les souverainistes d’un nationalisme ethnique qui refuse de reconnaître la diversité des peuples de son territoires. Mais j’aimerais bien savoir ce que ce grand démocrate pense des Mohawks qui foutent à la porte de leur réserve tous les non-Indiens ? Ce n’est pas du nationalisme ethnique, ça ?

Stéphane Dion est aussi très prompt à dire que la séparation du Québec entraînerait le chaos. Encore à Maisonneuve à l’écoute, il a fini avec ça. Mais de quel chaos parle-t-il ? Le seul véritable « chaos », avec toute la connotation terrible que porte ce mot, qui pourrait résulter d’un vote majoritaire pour la souveraineté du Québec, c’est si le fédéral répliquait à la décision en envoyant l’armée. Si c’est à ça qu’il pense, qu’il le dise avec franchise, puisqu’il en a pris le parti...

Et en bon émule de la manière Trudeau qu’est le ministre Dion, il va falloir le « watcher » pour ce qui est de l’armée...

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