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Charest dégage !
N° 311 - juillet 2012
Un pur produit de l’école de Pierre Elliott Trudeau
Le Canada anglais reconnaît Charest pour ce qu’il est
Robin Philpot
Jean Charest, à l’instar de Pierre Elliott Trudeau, est un politicien canadien avant d’être un politicien québécois. Son allégeance va avant tout au Canada et au gouvernement canadien.

En cela, il tranche nettement avec Robert Bourassa, un autre premier ministre québécois libéral. Robert Bourassa était avant tout un politicien québécois, fédéraliste bien sûr, mais dont l’allégeance allait aux « intérêts supérieurs » du Québec, comme il se plaisait à dire.

On peut dire la même chose de Gérald Tremblay, un politicien québécois. Même chose pour Lucien Bouchard, malgré son année et demie comme ministre au gouvernement fédéral et ses mamours avec les Desmarais.

Ceux qui doutent de cette différence n’ont qu’à humer l’air venant du Toronto Star, du Globe and Mail, de McLean’s et autre National Post. Alors que Robert Bourassa a très souvent été la bête noire de ces médias, justement parce qu’il était d’abord et avant tout un Québécois, Jean Charest n’a jamais été mal présenté par ces médias, n’a jamais été l’objet de caricatures désobligeantes, voire racistes, comme l’a été Robert Bourassa. Et surtout, dans la crise actuelle, Jean Charest ne reçoit que des applaudissements nourris des médias anglais du Canada.

On dirait même que, comme Pierre Elliott Trudeau l’a toujours fait, Jean Charest joue pour cette galerie canadienne – elle et bien sûr le 1 % qu’on a pu voir dans la vidéo de la fête à Jacquie à Sagard.

Par ailleurs, cette vidéo où Jean Charest fait le pas de deux dans la cour des Desmarais est passée quasi inaperçue dans les médias anglais du Canada.

L’heureuse sortie de cette vidéo permet de rappeler pourquoi et comment Jean Charest est venu au Québec en 1998. Même André Pratte dans sa biographie de Charest (L’Énigme Charest, Montréal, Boréal, 1998, p. 313) laisse entendre que Jean Charest a été réquisitionné par les puissants du milieu d’affaires, les Desmarais en tête, pour mettre le Québec à sa place, moyennant un joli et généreux « pont d’or » pour assurer le confort de son atterrissage dans la bourgade québécoise. (Le supplément de 75 000 $ que le Parti libéral du Québec lui versait venait d’où ?)

En cela aussi, Jean Charest ressemble à Pierre Elliott Trudeau, lui qui a lancé sa campagne à la direction du Parti libéral du Canada, et pour être premier ministre du Canada, dans les bureaux de Power Corporation.

Ceux qui ont réquisitionné Jean Charest en 1998 ne se satisferont de rien moins que la réduction du Québec. Le Québec doit rentrer dans le rang canadien pour de bon. Et Jean Charest le sait, comme Pierre Trudeau le savait.

Depuis son arrivée en 1998, il n’a pas eu trop de difficulté à répondre à cette commande. Le mouvement qui a insufflé tant d’espoir au Québec depuis les années 1960 n’était plus l’ombre de lui-même. Mais voilà qu’on commence à rêver de nouveau. Après une longue traversée du désert, tout redevient possible. La grève étudiante, et le formidable mouvement social qu’elle a engendré, constitue son premier vrai test.

Face à ce test, Jean Charest adopte un comportement qui ressemble de plus en plus à celui de Pierre Elliott Trudeau et aux autres qui sortent de la même école, dont Jean Chrétien.

Il provoque, il rit du monde, il joue pour la galerie canadienne, il fait des mises en scène qui n’ont rien à voir avec une résolution de la crise, il ment comme il respire au sujet du mouvement qui le conteste, il se cache derrière les matamores de la Police et il s’attache à tuer le rêve des centaines de milliers de Québécois et de Québécoises.

C’est ce que le Canada aimait tant chez Pierre Elliott Trudeau. Souvenons-nous du défilé de la Saint-Jean de 1968 – et surtout de la matraque et des arrestations ; souvenons-nous de son « Just Watch Me » avant d’imposer les mesures de guerre en octobre 1970, qui résonne encore au Canada anglais ; souvenons-nous du mensonge de « l’insurrection appréhendée » en 1970 et du « mensonge méticuleusement concocté » (selon Peter C. Newman) du gouvernement provisoire en octobre ; souvenons-nous de sa police criminelle (La GRC) qui posait des bombes, volait des listes de membres du PQ, incendiait des granges ; souvenons-nous de son « mange de la marde ! ».

Souvenons-nous de son émule Jean Chrétien, qui, dans son autobiographie Dans la fosse aux lions, s’est vanté d’être la personne qui a « détruit les rêves et brisé les espoirs de son peuple ».

Jean Charest a des croûtes à manger pour égaler ces autres politiciens canadiens, mais il est bien parti et il sait à quoi ses maîtres s’attendent de lui.

Sa boutade sur « un emploi, autant que possible dans le Nord » était une provocation à la Trudeau, comme la loi spéciale 78.

L’accusation voulant que la désobéissance civile soit l’équivalent du vandalisme, du pur Trudeau.

Ses mises en scène qui tenaient lieu de négociations où il faisait jouer le rôle de simples figurants aux dirigeants étudiants et syndicaux, du Trudeau.

Son entêtement à ne pas rencontrer les leaders étudiants pendant 15 semaines ; son refus de prendre au sérieux leurs revendications ; son refus de reconnaître la légitimité de la grève, notamment en la qualifiant de « boycott » ; son embauche d’un chef de cabinet qui a fait ses armes au Conseil privé, lieu privilégié des coups sales contre le Québec ; et surtout sa volonté de briser un mouvement porté enfin par des rêves d’un monde meilleur : tout ça est sorti du manuel de Pierre Elliott Trudeau et de ses émules.

Et comment y répondre ? L’histoire ne se répète pas nécessairement. Le Québec s’est aguerri au cours des 30 ou 40 ans. Nous saurons sûrement éviter de nous faire provoquer et de nous faire rouler dans la farine par Jean Charest.

Jusqu’ici, les étudiants et étudiantes ont mené ce mouvement avec brio. La population a répondu très favorablement. À titre d’exemple, les casseroles ont obligé les dirigeants politiques et la police à trouver une autre stratégie pour arriver à leurs fins.

La meilleure réponse à la provocation consiste toujours à étendre le mouvement de masse, à chercher de nouveaux appuis et à être créatifs. C’est grâce à ces éléments que le « printemps érable » n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis février dernier.

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