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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle centrale syndicale canadienne ?
Pierre Dubuc

Les TCA expulsés du CTC



Il y a quelques mois, le Congrès du Travail du Canada (CTC), qui représente deux millions de membres, a expulsé de ses rangs une de ses sections les plus combatives, le Syndicat canadien des travailleurs de l’Automobile (TCA) (250 000 membres), provoquant une crise majeure au sein du mouvement syndical canadien, une crise qui ne manquera pas d’avoir des répercussions sur la scène syndicale québécoise. Nous avons rencontré Luc Desnoyers, le président des TCA-Québec, qui nous donne le point de vue de son syndicat sur ce conflit. uelques rares articles ont paru sur le sujet dans la presse québécoise, sans doute parce que les TCA-Québec, qui représentent des syndicats aussi importants que ceux de Pratt & Whitney et de General Motors à Sainte-Thérèse, n’ont pas été expulsés de la FTQ, même si cette dernière fait partie du CTC canadien.

« Cela résulte, nous explique Luc Desnoyers, du statut particulier de la FTQ au sein du CTC et de relations qui pourraient être qualifiées de “ souveraineté association”. » Un statut négocié avant le référendum de 1995, sous la présidence de Bob White, l’ancien dirigeant canadien des TCA. Aujourd’hui, le CTC est dirigé par Ken Georgetti.

Maraudage ou démocratie ?

« C’est la décision de huit sections locales ontariennes, représentant 30 000 travailleuses et travailleurs, de se séparer de l’Union internationale des employés de services (UIES) et de s’affilier au TCA qui a mis le feu aux poudres », rappelle Desnoyers. Alors que le CTC parle de maraudage et accuse les TCA d’avoir enfreint le protocole quasi sacré régissant les relations entre ses syndicats membres, les TCA parlent de démocratie syndicale et d’affrontement entre deux visions du mouvement syndical.

Desnoyers nous souligne, documents à l’appui, que « les 120 membres de l’exécutif ont voté en faveur du changement, les 800 délégués l’ont appuyé unanimement et les 10 000 membres ayant participé aux assemblées générales ont entériné la décision à 98 % ! »

La désaméricanisation

Les syndicats en cause, représentant principalement des travailleuses et travailleurs d’hôpitaux, se plaignaient depuis longtemps de l’absence d’autonomie au sein de l’UIES, un syndicat qui compte vingt fois plus de membres américains que de membres canadiens.

« Le problème s’est aggravé au cours des dernières années, précise Desnoyers, alors que l’UIES a haussé ses cotisations, réorganisé ses structures et procédé à une nouvelle répartition de ses ressources pour se lancer dans une vaste campagne de syndicalisation dans le secteur de la santé aux États-Unis.»

Cette orientation était justifiée aux États-Unis où le taux de syndicalisation est tombé à 15 % au cours des dernières décennies et elle a mené John Sweeny, le président des UIES, à la tête de l’AFL-CIO, la grande centrale américaine, avec une équipe plus militante.

« Mais cette orientation ne tenait pas compte de la situation canadienne où plus de 90 % des travailleurs et travailleuses de la santé sont déjà syndiqués », de dire Luc Desnoyers. « Le ressentiment s’est alors exprimé, attisé par l’absence d’autonomie des syndicats canadiens, et les huit sections locales ontariennes ont choisi par le biais des TCA la canadianisation de leurs structures syndicales.» Cela reflète un mouvement de fond. Il y a trente ans, plus de 70 % des membres des affiliés au CTC appartenaient à un syndicat américain, contre à peine 30 % à l’heure actuelle.

Un affrontement idéologique et politique

Accusés de recruter des membres hors de leur champ de juridiction, les TCA affirment que les modifications du marché du travail ont fait sauter les juridictions traditionnelles. « Si jadis, la syndicalisation par secteur industriel a permis de surmonter les vieilles divisions entre les métiers, nous en sommes arrivés à une nouvelle époque où l’appartenance syndicale ne repose plus sur les métiers, ni sur l’industrie qui nous emploie, mais où elle est davantage le résultat d’un choix idéologique », nous dit Desnoyers en nous faisant part de l’analyse menée par son syndicat.

Sur cette base, les TCA font de leurs divergences avec le CTC un conflit qui va bien au-delà du non-respect du protocole de non-maraudage. Ce sont deux visions du mouvement syndical qui s’affrontent, selon les TCA. « Nous voulons bâtir un mouvement syndical qui lutte contre les concessions, qui prolonge les luttes au-delà du lieu de travail et rejette les demandes de partenariat du patronat », précisent les documents des TCA. Force est de reconnaître que les TCA ont été au cœur des grèves générales et des journées d’action contre le gouvernement Harris en Ontario.

La scission idéologique se transporte également au plan politique où les TCA, contrairement au CTC, refusent d’appuyer le NPD qu’ils accusent de vouloir s’orienter vers la droite et emprunter la voie des Tony Blair en Grande-Bretagne et Lionel Jospin en France. Buzz Hargrove, le président canadien des TCA, a déclaré que son syndicat n’appuierait pas le NPD au cours de la présente élection fédérale et qu’il souhaitait même une défaite cinglante du NPD, considérée comme une occasion de faire le ménage ou de créer un nouveau parti ouvrier. Desnoyers ajoute qu’il ne digère pas non plus « l’appui du NPD à la loi sur la clarté référendaire de Chrétien ».

La scission s’annonce inévitable

Les négociations se poursuivent toujours entre le CTC et les TCA pour trouver un terrain d’entente, mais la scission semble irrémédiable étant donné la profondeur des divergences idéologiques. Les TCA parlent de former une nouvelle centrale syndicale canadienne. Une telle éventualité ne manquerait évidemment pas de provoquer des tensions au sein de la FTQ entre les syndicats affiliés au CTC et les TCA et elle ne serait pas sans répercussions sur le paysage syndical québécois.

Membership des TCA

250 000 membres dont 67 % en Ontario et 40 000 au Québec

Grands constructeurs automobiles 0 50 000 membres

Fabricants indépendants de pièces automobiles 0 33 000

Aérospatiale 0 13 000

Électricité 0 8 000

Aliments et boissons 0 6 400

Hôtellerie et restauration 0 15 400

Véhicules spécialisés 0 10 900

Construction navale 0 3 000

Lignes aériennes 0 10 500

Chemins de fer 0 13 600

Camionnage et autres transports routiers 0 7 200

Mines, fonderies et traitement du minerai 0 4 600

Services 0 11 900

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