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Le fascisme au bout de la matraque
N° 310 - juin 2012
Une analyse méticuleuse de Stéphane Gobeil
Le Québec paie trop à Ottawa pour ce qu’il reçoit
Gabriel Ste-Marie
Stéphane Gobeil était conseiller de Gilles Duceppe et directeur de la recherche au Bloc Québécois. Il fait aujourd’hui partie du cabinet de Pauline Marois. Pendant l’intervalle entre ses deux emplois, il a réalisé une importante recherche sur les dépenses du gouvernement fédéral. Les résultats viennent d’être publiés chez VLB éditeur sous le titre Un gouvernement de trop.

Le livre débute par un vibrant plaidoyer en faveur de l’indépendance du Québec. Le cœur de l’ouvrage passe en revue les détails des dépenses de chaque ministère de l’administration fédérale.

L’auteur démontre comment le Québec ne reçoit pas sa juste part, alors que ces dépenses augmentent rapidement, et ce, malgré les compressions dans les services sociaux du gouvernement Harper.

En douze ans, les dépenses du gouvernement fédéral ont été multipliées par 2,13 fois, rien à voir avec celles du Québec, qui incluent pourtant la santé et l’éducation. Depuis l’arrivée de Harper, les dépenses augmentent encore plus vite que sous les Libéraux !

Avec une analyse méticuleuse, Stéphane Gobeil illustre comment un Québec souverain économiserait en supprimant les dédoublements administratifs, mais aussi grâce à une meilleure gestion, à un arrêt du financement des dépenses effectuées dans les autres provinces, sans oublier que les services publics, gérés à Québec plutôt qu’à Ottawa, répondraient mieux à nos besoins.

L’auteur déboulonne le mythe selon lequel le Québec reçoit de l’argent des autres provinces via la péréquation. Ces transferts servent en fait à compenser le fait qu’Ottawa dépense davantage dans les autres provinces, ce qui stimule leur économie au dépend de la nôtre.

Il y a, par exemple, 100 000 fonctionnaires fédéraux de plus qui travaillent en Ontario. Payés avec nos impôts, ces emplois dynamisent l’économie ontarienne de plusieurs dizaines de milliards de dollars à chaque année.

L’industrie automobile ontarienne a reçu récemment 13 milliards $ d’Ottawa, encore une fois payés en partie à même nos impôts. Les décisions du fédéral de contribuer à la concentration des secteurs clefs de l’industrie manufacturière et le secteur financier dans le sud de cette province ont grandement pénalisé notre économie.

L’auteur souligne que c’est encore Ottawa qui soutient et subventionne la filière nucléaire ontarienne. Enfin, en plus de tout ça, conséquence de la récente crise économique, l’Ontario reçoit désormais de la péréquation !

Les provinces de l’Ouest et des Maritimes qui extraient des hydrocarbures ne sont pas en reste, puisque Ottawa subventionne abondamment cette industrie, particulièrement lors des phases d’explorations.

De plus, l’importance des exportations de pétrole dope le dollar canadien, ce qui diminue d’autant la compétitivité de l’industrie manufacturière et des autres secteurs d’exportation de l’économie québécoise.

C’est pour compenser ces asymétries et désavantages que le Québec a reçu 7,6 milliards $ en péréquation en 2012. Gobeil prend le soin de souligner que les contribuables du Québec paient trois milliards de ce montant. Le transfert des autres provinces est donc de 4,6 milliards $, compensation largement insuffisante selon l’auteur.

Lorsque Stéphane Gobeil analyse les dépenses de chaque ministère, il démontre que le Québec ne reçoit pas en retour une proportion équivalente à ce qu’il paie. C’est notamment le cas avec le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international. Ses dépenses de 13,9 milliards $ en 2010 incluent un chèque de 6,6 milliards $ à General Motors, comme mesure de soutien à l’industrie automobile.

Même pour le reste du budget ministériel, la part dépensée au Québec est nettement inférieure à la part financée par les contribuables québécois

Un autre exemple frappant concerne le portefeuille des Affaires indiennes et du Nord canadien, qui s’élevait à 7,4 milliards $ en 2010. L’auteur s’inquiète du fait qu’en douze ans, les frais de bureaucratie du ministère se soient accrus de 140 %, alors que les transferts aux Autochtones ont connu une croissance de seulement 50 %.

Si les Québécois financent 19,5 % du portefeuille, ils reçoivent moins de la moitié de cette contribution. Gobeil rappelle que le Québec compte 9,2 % des Autochtones de l’ensemble du Canada, et que le Québec ne reçoit pas d’Ottawa les ressources nécessaires pour développer le Grand Nord.

Chaque ministère est ainsi passé en revue, et les différents dédoublements avec l’administration de Québec sont soulevés. À la fin, l’auteur évalue ce à quoi pourraient ressembler les finances d’un Québec indépendant qui intègrerait les rôles du fédéral. Cela donne un pays qui ressemble aux autres pays industrialisés et qui fait même mieux que la plupart d’entres eux, notamment parce que la crise économique nous a touchés moins fortement.

L’objectif du livre est d’enlever une dose d’inquiétude sur la question de la souveraineté, en montrant ce à quoi ressembleraient les finances d’un Québec indépendant. La démonstration est réussie. De plus, les travaux de Stéphane Gobeil nous persuadent que le Québec, qui n’arrête pas de comprimer ses dépenses sociales, paie beaucoup trop à Ottawa pour ce qu’il reçoit, et ce, malgré la péréquation.

Un gouvernement de trop, Stéphane Gobeil, VLB éditeur, 2012

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