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Une île, une ville et pas de syndicat !
N° 194 - novembre 2000

La démocratie en marche
Jacques Larue-Langlois
L’huile des riches, c’est la graisse des pauvres

16,4 % des familles du Québec et 47,4 % des personnes vivant seules ont des revenus situés sous le seuil de la pauvreté (Institut de la statistique du Québec, septembre 2000). Pendant ce temps, le ministre fédéral des Finances, Paul Martin (dont les navires battent pavillon étranger afin de ne pas payer d’impôt dans son propre pays), annonce fièrement un surplus budgétaire qui devrait atteindre plus de 63 milliards de dollars en six ans. Pour la seule année en cours, le gouvernement fédéral disposerait de 12,2 milliards qu’il prévoit utiliser afin de réduire les impôts et de rembourser la dette nationale.

Les citoyens vivant sous le seuil de la pauvreté, dont certains ne mangent pas à leur faim depuis des mois, voire des années, se joignent aux sans-emploi (1 098 800 Canadiens dont 306 900 Québécois, selon Statistique Canada) pour se foutre pas mal de la dette nationale. Pour eux, qui ne paient pas ou peu d’impôt, une réduction de cette taxe universelle constitue une nouvelle injustice. Elle permet en effet aux seuls nantis de profiter des surplus budgétaires et de se graisser encore davantage la patte pendant qu’un grand nombre de citoyens continuent de manquer parfois de l’essentiel.

Un gros dix cennes comme aux quêteux, il y a 40 ans

Et ce n’est pas sur le gouvernement québécois qu’il faut compter pour tenter de rectifier cette situation. Notre propre ministre des Finances, Bernard Landry, a fait preuve récemment d’une infinie générosité en acceptant d’augmenter de dix cents l’heure le salaire minimum exigé par la loi, le portant à sept dollars. Imaginez, les pauvres patrons devront verser dorénavant 3,50 $ de plus par semaine pour chaque employé à leur service pendant 35 heures. De quoi se ruiner ou songer à déménager leurs entreprises vers des régions plus raisonnables.

Tel est en effet la raisonnement du ministre Landry qui a déclaré, sans rire 0 « Il faut faire un choix. C’est une augmentation de dix cents l’heure ou une fuite de capitaux de la part des patrons; en d’autre mots 0 une petite augmentation de salaire ou pas de salaire du tout. » Les nantis sont, bien sûr, incapables de verser davantage à des employés qui n’ont qu’à se contenter de miettes. Et cette générosité répondait à une demande des femmes qui ont marché dans toutes les régions du Québec pour revendiquer une amélioration de leur condition. Pour ma part, je trouve très polie et nettement inadéquate la réponse de Mme Françoise David, présidente de la Fédération des femmes du Québec, qui a encaissé la gifle avec un sourire presque résigné.

L’alternative électorale n’est guère plus brillante, si l’on songe que le leader du Parti libéral, Jean Charest, estime pour sa part que le gouvernement n’aurait pas dû augmenter le salaire minimum mais le laisser à 6,90 $ l’heure, soit au même niveau qu’en Ontario. À têteux, têteux et demi.

Le coût de la cerise est déductible comme le gâteau

Et puisque nous parlions d’impôt et de ceux qui en paient le moins possible, saviez-vous que, selon la loi du plus fort – celle qui prédomine chez nous comme partout ailleurs en démocratie dite néolibérale – plusieurs des frais liés aux placements (lesquels sont réalisés en vue de se livrer à cette immondice pratique qui consiste à faire de l’argent avec de l’argent) sont déductibles d’impôt.

C’est ce qu’apprenait La Presse à ses lecteurs boursicoteurs, il y a une couple de semaines, sous la signature d’un dénommé Michel Lanteigne, qui est associé-directeur de la fiscalité pour le Canada chez Ernst & Young, courtiers en placements.

Ainsi donc, si vous disposez de suffisamment de dollars pour investir dans quelque entreprise que ce soit, la loi vous autorise à déduire les frais suivants 0

. frais de coffre-fort (il faut bien, je suppose, se protéger contre les maudits pauvres, qui ne songent qu’à voler);

. frais d’intérêt (tout intérêt permettant de s’enrichir est déductible d’impôt, cela va de soi);

. frais de gestion de placements (s’il fallait payer l’impôt là-dessus, on pourrait pas s’en sortis);

. honoraires des conseillers en placement (pour fourrer tout le monde comme ça, il faut recourir à des experts);

. frais de comptabilité (À partir d’un certain montant de profits, impossible de compter ça tout seul);

. frais de préparation de déclarations de revenus s’ils se rapportent à la comptabilité de divers placements déclarés dans la dite déclaration (la cerise sur le gâteau 0 on paye le maître crosseur dont les tours de passe-passe vont permettre d’éviter de payer raisonnablement).

Même s’ils visent à permettre à des déjà nantis de se faire encore plus riches au dépens de la loi de l’impôt et même s’ils forcent plus pauvres qu’eux à casquer pour leurs extorsions, ces propos ne sont évidemment en rien subversifs puisqu’ils sont publiés dans La Presse de Power Corporation et de Paul Desmarais.

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