L'aut'journal
Le samedi 31 octobre 2020
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Le Scandale Rio Tinto Alcan
N° 309 - mai 2012
La passion selon Gabriel, un film de Sylvie Groulx
Un vieux monsieur passionnément libre
Ginette Leroux
Du plus loin que je me souvienne, mon oncle Gabriel m’est toujours apparu comme un être mystérieux. Il partait et revenait, un temps ailleurs, un temps chez lui. Évanescent. Un homme qui semblait aller dans la vie comme sur la pointe des pieds. Discret, intérieur. »

On sent, dans les paroles comme dans les images de Sylvie Groulx, une grande tendresse, un amour immodéré pour l’homme et un émerveillement pour l’univers théâtral dans lequel il a évolué et continue à vivre.

Sylvie Groulx, qui avait livré en 2006 l’excellent film « La classe de madame Lise », esquisse, dans « La passion selon Gabriel », le portrait de Gabriel Gascon, un homme de cœur et d’esprit, de passion et de plaisir.

La première image du film montre un fil de fer sur lequel sont épinglées des photos souvenirs que le vieil homme déplace et replace au gré d’un ordre dont lui seul a le secret. Tel un funambule, Gabriel Gascon a su garder l’équilibre entre sa vie privée et sa vie publique. À 85 ans, droit comme un i, l’esprit vif et le souvenir éloquent, l’homme de théâtre avale, à grand goulot, la vie.

L’homme discret n’a jamais permis que sa vie personnelle s’étale au grand jour. Ce sont des photographies et quelques extraits de films, réalisés par son père, cinéaste amateur, qui montrent une famille de 14 enfants, une trâlée de petits et grands, qui s’enfournent dans une voiture, immense, de la fin des années 1930. L’image est saisissante. Chez lui, on était heureux.

Le chant était une activité familiale très prisée chez les Gascon, comme on le voyait souvent dans les grandes familles québécoises de l’époque. Avec ses frères et sœurs, le petit Gabriel allait chanter chez les carmélites. Déjà, il aimait projeter sa voix.

« Il n’y a pas plus grand bonheur que le théâtre », se plaît à dire Gabriel Gascon. Assise près de lui, l’enjouée et toujours aussi espiègle Janine Sutto, bavarde avec celui qu’elle appelle familièrement Gaby.

Camarades de longue date, – ils se donnaient déjà, en 1951, la réplique dans « L’Avare de Molière » sur les planches du TNM aux côtés de son frère Jean Gascon – les deux se souviennent de l’époque révolue où se retrouvaient sur scène une pléiade des plus grands noms du théâtre québécois, tels les Tania Fédor, François Rozet, Guy Hoffman, Jean Gascon et autres disparus. Plus loin, à son tour, Jean-Louis Roux rend hommage à son vieux camarade, « un jeune premier agréable ».

Les passages les plus exquis du film sont ceux où Gabriel Gascon donne « sa leçon » de théâtre. « Au personnage, il faut donner un corps, un regard, une voix, un sens, explique-t-il. Il y a une texture dans l’œuvre qu’il faut s’approprier. S’embarquer dans soi-même requiert du temps, impossible à prévoir, il faut attendre, procéder par essai, erreur. C’est le temps de la création. Tu n’existes plus, l’autre vit en toi. »

« C’est une recherche continuelle », fait-il remarquer. Surtout, ne jamais oublier qu’il est essentiel d’écouter l’autre, d’être à son service. « Gabriel Gascon accepte d’être interprète », un talent rare, selon Denis Marleau. Le metteur en scène reconnaît la justesse de son jeu et sa précision dans le détail.

De la leçon, le comédien passe à l’exercice. Devant le miroir, il se maquille. Après avoir attaché le dernier bouton de la chemise blanche, il revêt un veston qu’il boutonne avec précaution, ajuste son chapeau, l’incline un peu sur l’œil. Un petit grognement de plaisir en dit long sur sa satisfaction. Il entre en scène. Assis, les deux mains appuyées sur sa canne, il entonne : « Oh liberté, comme tu es belle ! ». Le personnage vient d’apparaître sous nos yeux.

Chez Gabriel Gascon, l’homme de théâtre, de télévision et de cinéma ne font qu’un.

Rappelons son rôle d’Alexis Labranche qui a marqué sa carrière télévisuelle dans « Les Belles Histoires des pays d’en haut », le téléroman mythique sur les ondes de Radio-Canada de 1956 à 1970. L’amoureux de la belle Donalda (Andrée Champagne) était un fanfaron à l’esprit libre qui lançait son « bouleau nouère » en guise de protestation à la conformité.

Passionnément libre, « le vieux monsieur » n’a rien perdu de son intensité ni de son élégance. Il est charmant, lumineux, inspirant et tellement vivant. « Je me suis faufilé dans l’Art pour échapper à la vie », résume-t-il. Pas si mal, la vieillesse, quand elle s’exprime avec autant de grâce !

La passion selon Gabriel, Réalisation de Sylvie Groulx, Une production de Vivavision, 2012

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.