L'aut'journal
Le samedi 16 décembre 2017
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
La chorale de la désinformation
N° 195 - décembre 2000

Nouvelle ruée vers l’or pour les compagnies minières canadiennes !
André Maltais

Syndicalistes péruviens en tournée au Québec



Du 10 au 16 novembre, Montréal accueillait des représentants du Groupe de Vigilance sociale des Entreprises transnationales et de PLADES (Programme de Développement du Travail), deux organisations péruviennes de défense des droits sociaux, économiques et syndicaux. L’aut’journal a rencontré Giovanna Larco Drouilly (PLADES), Teresa Capunay Carillo (syndicat de Nabisco, alimentation), Julio Rivera Salvador (syndicat de SUTREL, électricité) et Pedro Fuentes Garcia (syndicat de Shougang Hierro, mines).

LAJ 0 Parlez-nous des entreprises canadiennes installées au Pérou ?

Pedro G. 0 En 1990, il n’y en avait pas. En 1999, elles étaient une centaine, presque toutes dans le secteur minier, et elles comptaient déjà pour 20 % du total de tout l’investissement étranger dans ce secteur. Il y a Cominco, Placer Dome, Guitennes Exploration, Sundust Resources, Oroperu Resources/Pan American Silver, Teck/Southwestern, Balaclava, Sulliden Exploration, Pacific Rim Mining, etc. C’est une nouvelle ruée vers l’or ! Mais aussi vers le cuivre, le zinc, l’argent, l’étain.

Barrick Gold détient la mine Pierina qui a produit le cinquième de tout l’or péruvien en 1999 et qui est l’une des mines les plus rentables du monde, vu le coût de production de l’once d’or très bas chez nous.

Deux importants projets très contestés impliquent actuellement des minières canadiennes 0 Tambogrande dont les droits appartiennent à Manhattan Minerals (la mine passe sous une ville de 70 000 habitants qu’on veut relocaliser !) et Antamina, le plus grand projet de mine de cuivre présentement en développement dans le monde (la mine est sous enquête de la Banque mondiale pour pratiques douteuses dans le rachat des titres de propriété aux paysans de la région).

Les mesures drastiques imposées par le FMI dans la première moitié des années 90 ont rendu le secteur minier péruvien extrêmement attirant pour l’investissement étranger 0 entreprises minières nationales privatisées, coût des impôts et des concessions minières réduit, contrats avec l’État avantageant les compagnies étrangères en termes de déductions fiscales et d’utilisation des profits, loi minière moins rigoureuse dû à la décroissance de l’État.

LAJ 0 Quels effets ont sur les travailleurs péruviens ces investisseurs/envahisseurs étrangers?

Pedro G. 0 En théorie, il n’y a pas d’obstacle à créer un syndicat, chez nous. Pas plus qu’à négocier une convention collective ou à militer dans un syndicat. Mais il s’agit là d’une norme écrite seulement. En réalité, ce sont les pressions et les tactiques des employeurs qui comptent.

Une loi récente a fait passer de cinq à 20 le nombre de raisons acceptables pour congédier un travailleur, augmentant d’autant les prétextes pour se débarrasser des syndicalistes. De plus, les entreprises s’échangent des renseignements entre elles et il devient impossible pour un militant syndical congédié d’être réembauché dans une autre multinationale étrangère.

Une autre loi récente refuse le statut de travailleur aux jeunes de 16 à 25 ans qui sont très nombreux au Pérou. Ces jeunes sont « stagiaires » et ils n’ont aucun droit à la syndicalisation, même dans les entreprises où il y a des syndicats.

Négocier une convention collective n’est possible que pour les syndicats dûment enregistrés. Pour les autres, les salaires sont payés selon la production et des systèmes d’échelons imposés par les propriétaires.

Teresa C. 0 Officiellement, pour les syndicats qui peuvent négocier, on règle les salaires en fonction du taux d’inflation. Mais l’Institut national de la statistique manipule continuellement ce taux. En 1999, par exemple, le gouvernement parlait d’un taux de 6,1 % alors qu’il était en réalité de 12 %!

Pedro G. 0 Il y a aussi les faux états financiers des entreprises ! Traditionnellement, celles-ci répartissaient entre leurs employés un montant annuel (les « utilidades ») variant selon les profits réalisés. Les compagnies s’arrangent maintenant pour présenter aux syndicats une comptabilité de façade déclarant de maigres profits voire des pertes, pendant qu’elles réservent leur vraie comptabilité à leurs actionnaires.

Teresa C. 0 Au plan de la syndicalisation, maintenant. Dans le secteur minier, les capitaux canadiens sont investis en ce moment dans de nouveaux projets. Il n’y a donc jamais de syndicat pour commencer.

C’est seulement au bout d’une période de « souffrances » qu’on va permettre le déclenchement du long processus judiciaire de syndicalisation. Entre-temps, sur le terrain, on va pratiquer intimidation, tactiques de division des travailleurs, recours à des sous-contractants encore moins protégés, etc. Enfin, bien des années plus tard, quand les travailleurs ne se sont pas découragés et qu’ils commencent à peine à récolter les fruits de la syndicalisation, on vend, on fusionne, on déménage et tout recommence... sans syndicat !

Mais je voudrais dire que, malgré tout ça, malgré les coups très durs portés aux syndicats sous l’ère Fujimori, on sent une volonté de lutte comme jamais dans la population. Une volonté de donner un second souffle au mouvement syndical par qui tout commence.

Aprés Fujimori, le syndicalisme doit repartir à zéro

LAJ 0 Qu'est-ce que le Groupe de Vigilance sociale ?

Julio S. 0 Nous existons depuis 1996 et sommes formés d'une quarantaine de syndicats d'ex-entreprises nationales récemment privatisées. Notre objectif est de s'appuyer mutuellement entre syndicats en dénonçant tous les abus des nouveaux propriétaires transnationaux (congédiements de masse, intimidations, négociations sélectives au lieu de collectives, etc.).

Nous visons aussi à doter le mouvement syndical de notre pays des mêmes moyens de communication technologiques (pages Web, bulletin d'information électronique, adresses de courrier électronique, etc.) que ceux des entreprises pour révéler à leurs actionnaires les souffrances que d'autres doivent endurer pour que, eux, retirent davantage de dividendes.

Nous espérons créer des liens permanents avec des organisations syndicales québécoises et canadiennes 0 coopérations diverses, programmes d'action conjoints, échanges de connaissances, d'informations et d'expériences sur les conditions de travail, sur les politiques, stratégies et pratiques des entreprises et des syndicats tant ici qu'au Pérou; tout nous intéresse.

Nous rencontrons des syndicats canadiens de multinationales opérant au Pérou, des ONG, des organismes de coopération internationale et des centrales syndicales comme la CSN, nous tenons des assemblées publiques, donnons des entrevues à des journaux comme le vôtre et à des radios communautaires.

LAJ 0 Quels premiers résultats attribuez-vous à votre action?

Giovanna D. 0 Il faut dire que les syndicats chez nous sont moribonds. Fujimori a utilisé le terrorisme pour les discréditer, arrêter leurs dirigeants et changer les lois. Il nous faut recommencer à la base, fournir les outils pour empêcher les syndicats restants de disparaître.

Julio S. 0 Par exemple, nous avons permis aux travailleurs de Telefonica del Peru (télécommunications) d'arracher une convention collective au nouvel acheteur espagnol. On a aussi empêché Edegel, autre transnationale espagnole qui a acheté la compagnie nationale d'électricité de notre pays, d'exécuter ses menaces de congédiement à l'endroit de trois dirigeants syndicaux.

LAJ 0 Êtes-vous impliqués dans la lutte contre la Zone de libre-échange des Amériques ?

Giovanna D. 0 Bien sûr. Nous contribuons aux efforts de l'Alliance sociale continentale qui, avec l'ORIT (Organisation Régionale Interaméricaine des Travailleurs, branche des Amériques de la Confédération Internationale des Syndicats Libres), s'occupe plus particulièrement des questions de commerce international.

Le chapitre « Pérou » de l'Alliance sociale continentale est composé de 67 associations féminines, paysannes, syndicales et communautaires. Des représentants de ces associations comptent bien venir ici, en avril prochain, lors des mobilisations contre la ZLEA.

PLADES (Programa Laboral de Desarrollo) 0 http0//www.plades.org.pe

Groupe de Vigilance sociale des Entreprises transnationales0 http0//www.plades.org.pe/vigilia

Alianza Social Continental0 http0//www.plades.org.pe/asc

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.