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Le Scandale Rio Tinto Alcan
N° 309 - mai 2012
Les avions F-35 sont des armes de destruction massive
Les guerres des États-Unis et de l’OTAN nous ruinent
Michel Chossudovsky
La controverse autour de l’achat des chasseurs F-35 du géant états-unien de la défense Lockheed Martin prend de l’ampleur. Le Pentagone a commandé 2 443 de ces avions « afin de fournir la majeure partie de la force tactique aérienne de la US Air Force, du Corps des Marines et de la Marine pour des décennies à venir ». Cette importante commande s’inscrit dans le cadre de la « guerre sans frontières » des États-Unis, visant surtout la Chine, la Russie, la Corée du Nord et l’Iran.

Le coût total du programme atteindrait un montant effarant de 1,51 billion de dollars au cours du supposé cycle de vie du programme, soit 661 millions $ par avion.

Plusieurs proches alliés des États-Unis, dont le Royaume-Uni, l’Australie, l’Italie, le Canada, les Pays-Bas, la Norvège, la Turquie, Israël et le Japon, ont prévu acheter ces avions d’attaque ­F-35.

Les implications économiques et sociales de ce programme sont potentiellement dévastatrices. Outre le fait que les avions de chasse furtifs seront employés dans les futures guerres des États-Unis et de l’OTAN, qui provoqueront inévitablement la mort de civils, leur acquisition, aux frais des contribuables, aura pour conséquence d’exacerber la crise fiscale en cours.

À moins d’être uniquement financées par une augmentation de la dette (ce qui est fort improbable), ces dépenses pour des systèmes d’armes perfectionnées nécessiteront l’adoption de mesures d’austérité concordantes pour une période allant jusqu’à trente ans, au détriment d’une génération entière.

Le coût d’approvisionnement militaire se fait toujours aux dépens des programmes sociaux, des investissements publics dans les infrastructures et de la création d’emplois dans l’économie ­civile.

En revanche, très peu d’emplois seront créés par les entrepreneurs du secteur de la défense. Le coût de la création d’un emploi dans l’industrie de l’armement aux États-Unis (2001) est évalué entre 25 et 66 millions de dollars.

À l’heure actuelle, les États-Unis et les pays membres de l’OTAN appliquent des mesures budgétaires draconiennes dans le but de financer « l’économie de guerre ». Adoptées en plein cœur d’une dépression économique mondiale, elles contribuent également à mener des économies nationales entières à la faillite.

Au Canada, le gouvernement conservateur s’était engagé initialement à payer un total de 9 milliards de dollars pour l’achat de 65 chasseurs F-35. C’était un camouflage politique.

Dans son rapport présenté à la Chambre des communes (2 avril), le vérificateur général Michael Ferguson a confirmé que le coût du programme « pourrait atteindre 30 milliards sur une période de trente ans », à savoir, 462 millions de dollars par avion.

En mars 2011, le directeur parlementaire du budget (DPB) a présenté un rapport au Parlement sur les coûts estimés d’acquisition et d’entretien associés aux avions de chasse F-35. Le ministère de la Défense nationale (DDN) a réagi au rapport du DPB en affirmant que le coût total associé au programme des F-35 serait d’environ 15 milliards.

Toutefois, le vérificateur général révèle dans son rapport de juin 2010 que le DDN évaluait le coût réel à environ 25 milliards. En tenant compte de ce surplus de 10 milliards, les coûts estimés par le DDN sont conformes à ceux du DPB.

Il convient de mentionner que le prix à l’unité prévu dans le programme d’achat des F-35 (462 millions $) est considérablement moins élevé que celui des États-Unis (661 millions $) et de la Norvège (769 millions $) pour la « durée opérationnelle » du même avion.

Le coût réel du programme était connu avant la présentation du budget. Toutefois, le rapport du vérificateur général (3 avril), a été rendu public cinq jours après le discours du budget du ministre des Finances, Jim Flaherty (29 mars).

Le budget fédéral contient des mesures d’austérité nécessitant des licenciements massifs dans la fonction publique fédérale, des réductions draconiennes dans les dépenses, y compris dans les caisses de retraite, et une diminution des transferts fédéraux aux provinces.

En revanche, on ne reconnaît pas la montée en flèche des dépenses résultant du programme d’achat de F-35, comme si cette question n’avait aucun rapport avec la structure des dépenses publiques. Des réductions modestes sont prévues au chapitre des dépenses militaires, mais elles ne tiennent pas compte du dépassement des coûts prévisibles relatifs à l’achat d’armement.

La question cruciale est la suivante : comment ce projet d’achat de F-35 de plusieurs milliards de dollars affecte-t-il le budget fédéral de 2012, lequel repose en grande partie sur la réduction considérable des dépenses « publiques » par rapport aux dépenses « militaires » ?

Cette question est d’une importance cruciale pour le peuple canadien, mais également pour celui des États-Unis et ceux des huit autres pays partenaires du programme d’achat des F-35.

L’État-Providence canadien s’écroule, les soins de santé sont sur le point d’être privatisés, l’enseignement primaire et secondaire est sous-financé et les universités sont dans un état de crise avec des droits de scolarité à la hausse. Pourtant, la question de l’économie de guerre n’a pas du tout été soulevée lors du débat sur le budget fédéral de 2012.

Il faut comprendre que les mesures d’austérité sont implantées en partie dans le but de financer l’économie de guerre. Quelles sont les répercussions de cette économie de guerre sur la population canadienne et québécoise ? Comment cette économie arrive-t-elle à miner et à déstabiliser l’économie civile ? Comment affecte-t-elle le financement des programmes sociaux ?

Le mouvement de protestation contre les mesures d’austérité économique doit s’intégrer au mouvement antiguerre. L’abolition de la guerre est une condition préalable à l’abandon du programme économique néolibéral. La guerre et la mondialisation sont intimement liées.

Le mouvement de protestation contre les mesures d’austérité gouvernementales appliquées aux États-Unis, au Canada et au sein de l’Union européenne se doit d’aborder aussi la question des guerres menées par les États-Unis et l’OTAN.

Les avions de chasse furtifs F-35 ne sont pas des armes pacifiques. Ce sont des « armes de destruction massive » qui serviront dans la « longue guerre » que prévoit le Pentagone contre la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord.

L’autre côté de la médaille concerne « le beurre ou les canons », à savoir la relation entre l’« économie civile » et l’« économie de guerre ». La guerre et la politique économique néolibérale font partie d’un processus intégré.

Les étudiants universitaires du Québec sont mobilisés dans une lutte contre la hausse des droits de scolarité imposée par le gouvernement Charest. Pourtant, au Québec, la question des dépenses militaires et de ses conséquences sur les programmes sociaux n’a pas été soulevée de manière explicite, même si on sait que l’achat de systèmes d’armes perfectionnées se fera inévitablement aux dépens des transferts du fédéral au provincial, lesquels contribuent au financement de la santé et de l’éducation.

Selon le gouvernement, la contribution des étudiants, qui représentait 12,7 % des revenus globaux des universités en 2008-2009, sera portée progressivement à 16,9 % en 2016-2017. Comme il y a 285 000 étudiants inscrits dans les universités au Québec – dont environ 180 000 à temps plein – le total maximum estimé des droits de scolarité au Québec est de l’ordre de 606 millions de dollars. C’est inférieur au coût associé à un seul F-35, selon les évaluations du Pentagone.

Le coût total du programme d’achat des F-35 permettrait d’assurer la gratuité de l’éducation post-secondaire, sur une base annuelle, au Québec, pendant des décennies.

La structure des dépenses du gouvernement fédéral doit nécessairement faire partie du débat. Les dépenses militaires au niveau fédéral ont une incidence directe sur le financement d’un projet de société au Québec.

Le gouvernement Charest est complice. Il accepte le gel des transferts pour les programmes sociaux. Il ne remet pas en cause les énormes sommes allouées par le gouvernement fédéral au financement d’une guerre meurtrière sans frontières, au profit des fabricants d’armes états-uniens et leurs partenaires canadiens.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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